C Bleu

’est l’annonce d’une catastrophe qui tourne en boucle (l’annonce) sur les chaines d’informations et les radios, information reprise par les magazines pendant une semaine avant d’être recouverte par d’autres informations portant sur les dernières aventures d’un ancien employé de l’Elysée, ou encore sur les dégâts hebdomadaires d’un groupe de personnes vêtues de jaune…

 

Le Français moyen reçoit ces nouvelles avec un flegme désespérant : peut-être par paresse intellectuelle, ou par ignorance, ou encore par méfiance, il absorbe ces annonces et les oublie aussi rapidement qu’il les reçoit.

Les média propagateurs de ce type d’information, après avoir fait montre de leur capacité à créer des titres accrocheurs, sinon creux, en jouant avec les mots comme Libération ou encore à profiter de l’événement annoncé pour dérouler leur catéchisme écolo comme Le Monde ou l’Humanité, ou encore France-Inter  retournent à leurs marronniers habituels solidement attachés au calendrier national en attendant fébrilement l’arrivée d’un nouvel incendie ecclésiastique.

Un million, c’est tout de même un gros chiffre. Et même un très gros chiffre. Si gros, que cela vaut la peine de le vérifier un peu en se demandant :

  • Qui l’affirme ?
  • D’où vient le chiffre de un million d’espèces ?
  • Combien cela représente-t-il par rapport à la totalité des espèces vivantes ?
  • A supposer que ce soit vrai, est-ce important ?

Il y a évidemment encore d’autres questions sur le sujet, mais je vais déjà essayer de répondre à celle-là.

Qui l’affirme ?

Selon leur désespérante habitude, nos media occultent la référence à l’origine de cette nouvelle. La source est réduite à « l’ONU » ou encore « les experts de l’ONU », si bien qu’il est difficile de remonter aux véritables auteurs du rapport, car il s’agit d’un rapport remis au gouvernement français par un organisme intergouvernemental (notez bien ce qualificatif), l’IPBES ou Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services ( Plate-forme Intergouvernementale de Science et de Politique sur la Biodiversité et les Services des Ecosystèmes). C’est donc un organisme créé entre les différents gouvernements adhérents, qui s’occupe de science et de politique concernant 1) la biodiversité et 2) les services1 procurés par les écosystèmes. Un « machin » onusien qui n’est pas sans rappeler le GIEC, organisme intergouvernemental qui s’occupe de politique du climat. D’ailleurs, figurez-vous que le Président actuel de l’IPBES n’est autre que Robert Watson, ancien Président du GIEC ! (C’était l’homme de la courbe en forme de crosse de hockey).

Le rapport dont il est question est un « résumé pour décideurs » (tiens, ça ne vous rappelle rien ?), et non pas un rapport de 1 500 pages comme annoncé à tort par certains media. Ce dernier volumineux document viendra plus tard.

Les « experts » de l’IPBES qui ne sont pas forcément des experts de la biodiversité (voir par exemple Watson) mais qui sont surtout aux ordres de leur gouvernement, fonctionnent d’une façon très similaire à ceux du GIEC : comme pour les COP du GIEC, ils se réunissent périodiquement en choisissant de préférence des lieux de rendez-vous agréables de par le monde.

A propos du GIEC, son mode de fonctionnement consiste essentiellement à publier périodiquement un volumineux rapport que personne ne lit, mais qui est pratiquement remplacé par le « résumé pour décideurs » lequel est complètement fabriqué par des politiques et qui se permet de s’éloigner quelquefois beaucoup du rapport lui-même. Il a largement prouvé son efficacité : en quelques années, les populations et les politiques ont été convaincus de l’urgence de l’action dans le domaine du climat. Il n’est que de voir les nombreuses manifestations de populations qui n’ont probablement que des notions lointaines des problèmes climatiques, et qui confondent allègrement émissions de CO2, particules fines et pollution, pour se rendre compte que ce mode d’action a finalement beaucoup de succès. Ces populations ne se rendent évidemment pas compte qu’elles sont complètement manipulées par quelques gourous. D’ailleurs, le simple fait que l’émissions de quelques idées qui remettent en cause le catéchisme écolo expose aujourd’hui son émetteur à des sanctions et mêmes à des voies de fait (votre serviteur en sait quelque chose) prouve qu’on est passé subrepticement à des procédés et des attitudes qui ressemblent étrangement aux méthodes fascistes.

L’IPBES reprend les méthodes du GIEC en les améliorant : le GIEC se prétend scientifique, mais tout le monde sait qu’il est essentiellement politique, rien qu’en regardant le pedigree de ses membres. L’IPBES a compris le problème et a "embauché" beaucoup plus de réels scientifiques, même si certains n’ont pas grand-chose à voir avec la biodiversité. Seulement en réalité, ces scientifiques sont, pour la plupart, des activistes dans leur domaine, et agissent donc comme des politiques. Pour se faire une idée de ce type de comportement sciençactiviste, il suffit d’observer celui, devant des caméras, d’un scientifique comme Aurélien Barrau, brillant astrophysicien, mais qui profère d’étranges choses lorsqu’il parle de fin du monde proche, qui ne sont pas sans rappeler le discours des khmers rouges du vingtième siècle.

Pour résumer, le million d’espèces provient du « résumé pour décideurs » (RPD) publié par l’IPBES.

D’où vient le chiffre de 1 million d’espèces ?

Le RPD est finalement assez peu loquace sur l’origine de ce chiffre. Il est cité tout d’abord page 3 sans explication. Il est repris ensuite page 13 et là, il fait l’objet de la curieuse "démonstration" que voici :

Le nombre des espèces vivantes est d’environ 8 millions. Par ailleurs, on estime à 10 % la proportion d’insectes menacés d’extinction. Comme les insectes représentent environ 75 % de l’ensemble des espèces vivantes, on arrive bien à environ 1 million d’espèces menacées d’extinction, CQFD.

Curieux non ? Et cela conduit au corollaire que ce sont seulement chez les insectes que l’on trouve les espèces en voie de disparition…

Mais ce n’est pas tout. Le million d’espèces en voie de disparition proviendrait plutôt, à mon avis, d’une affirmation datant de 1979 par le biologiste Norman Myers (40 ans, c’est vraiment du réchauffé). A l’époque, on parlait plutôt de 40 000 disparitions par an, ça paraissait plus tragique. La "démonstration"  de N. Myers2, citée par Bjǿrn Lomborg dans son livre « l’Ecologiste Sceptique » est, elle aussi, assez curieuse :

Pourtant, même ce chiffre parait faible… Supposons que suite ,à l’intervention de l’homme(déforestation tropicale), le dernier quart de ce siècle soit témoin de l’élimination de 1 million d’espèces, ce qui est loin d’être invraisemblable, cela se traduirait, sur 25 ans, par une extinction de 40 000 espèces par an, soit plus de 100 par jour.

C’est tout, et c’est l’exemple même du raisonnement tautologique : 40 000 par an = 1 million en 25 ans…

Ce chiffre (1 million d’espèces menacées d’extinction) a pourtant été diffusé dans le monde entier, et accepté tel quel par les populations sidérées et les média ravis de cette "nouvelle" information.

Combien cela représente-t-il par rapport à la totalité des espèces vivantes ?

Tout d’abord, il faut noter que par "espèces vivantes" on entend non seulement les mammifères, les oiseaux, les poissons et les insectes mais aussi les microorganismes comme les microbes.

L’estimation du nombre total des espèces vivantes sur terre par nos incorruptibles « scientifiques » varie de 3 millions à … 1000 milliards. On a découvert, décrit et recensé seulement 1,23 million d’espèces jusqu’à présent. L’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) surveille 59 508 espèces dont 19 625 sont menacées d'extinction (tiens, l’UICN n’a pas lu le rapport ?).

Les mille milliards proviennent d’une étude américaine (Jay Lennon et Kenneth Locey, Université de Bloomington dans l'Indiana). Ce nombre est le résultat d’un calcul qui présuppose que le nombre de microbes est beaucoup plus important qu’on ne le pensait jusqu’à cette étude.

D’autres chercheurs ont trouvé un nombre se situant entre 7,4 et 10 millions d’espèces ( Dalhousie University in Halifax) en 2011.

Schéma du calcul du nombre d’espèces d’après Camilo Mora de l'Université de Hawaii (anciennement Dalhousie University)

Cependant, l’étude a été quelque peu contestée par certains chercheurs qui l’ont trouvée « plutôt décevante ».

Pour résumer, un million d’espèces par rapport à la totalité des espèces, c’est, selon les études, une fraction qui varie de un tiers à un millionième. Devant une telle précision, la logique pousserait plutôt à oublier l’affirmation et à passer à la question suivante…

A supposer que ce soit vrai, est-ce important ?

C’est la question (innocente) qui fâche : évidemment que c’est important ! D’ailleurs, la disparition des insectes pollinisateurs, et en particulier des abeilles a fait dramatiquement baisser le rendement des cultures vivrières…(ben non, si cela était, on en aurait sans doute entendu parler…)

Cependant, d’après le RPD, la situation actuelle n'est guère florissante, en effet :

  • Plus de 75 % de "type de récoltes vivrières"dépendent de la pollinisation animale. (Voir la note 3)
  • C’est l’action de l’Homme qui se révèle être la cause de la pression de plus en plus grande sur la survie des espèces vivantes. (Celà va sans dire, mais cela va encore mieux en le disant).
  • La vitesse d’extinction de certaines espèces au cours des 50 années écoulées a été multipliée par 10 ou par cent par rapport à ce qu’elle était durant les 10 derniers millions d’années. 
  • Le changement d’utilisation des sols est le facteur d’extinction des espèces le plus important. Le second facteur est l’utilisation de la mer et des régions côtières. Le troisième est le changement climatique qui a déjà4 un impact sur les écosystèmes. (Le tintamarre actuel autour du changement climatique provoqué par les gaz à effet de serre aurait plutôt laissé penser que c'était sans conteste le premier facteur...)
  • La montée des eaux (1 mètre) créera 40 millions de réfugiés climatiques dans le Pacifique Est. (Pour le moment, avec 1 degré de réchauffement, il n'y en a eu aucun, ce qui paraît étrange. On peut aussi s'étonner du fait que les membres de la plate-forme onusienne consacrée à la biodiversité s'intéresse aussi à la montée des eaux. C'est sans doute un effet de voisinage avec le GIEC). 

Il n'y a pas cependant que des nouvelles alarmantes dans ce RPD. En effet :

  • Les actions déjà menées, concernant la création d'espaces protégés, la lutte contre la traite illégale des espèces protégées, ainsi que l'éradication des espèces invasives a déjà permis le sauvetage de certaines espèces menacées.
  • Un management raisonnable des ressources terrestres accompagné par les actions bien définies amenant la trajectoire des températures bien au-dessous des 2 degrés peut éviter l’extinction des espèces.

Tout n’est donc pas perdu, et l’alarmisme généralisé des media au sujet de la publication du RPD montre que les commentateurs et les faiseurs d’opinion n’ont généralement pas lu en détail ce document.

Notons aussi que nos experts n’ont pas remarqué que l’augmentation du taux de COde l’atmosphère a eu pour effet, au cours de ces dernières 30 années, un reverdissement très net de la planète. Ce reverdissement a certainement eu des conséquences bénéfiques pour certaines espèces, mais celles-ci sont, étrangement ignorées par ces experts. Au point qu’on peut se demander si leurs observations ne sont pas quelque peu orientées…

Enfin, pour essayer de replacer l’église au milieu du village, notons que dans le passé, même les espèces d’hommes ont disparu. Citons : Les australopithèques, l’Homo habilis, l’Homo ergaster, l’Homo erectus, l’Homo antecessor, l’Homo neanderthalensis, et l’Homo floresiensis. La disparition des espèces est un phénomène normal. C'est la vitesse avec laquelle celle-ci se produit qui doit être considérée.


1 Les "services" ce sont les bienfaits apportés par les écosystèmes.
2 Norman Myers The Sinking Ark : A New Look at the Problem of Disappearing Species. Oxford : Pergamon Press.
3 "type de récoltes vivrières" est la traduction littérale de "food crop type". A la lecture du « résumé », on serait tenté de croire que plus de 75 % de la nourriture produite dépend de la pollinisation animale. En fait, il n’en est rien. C’est "plus de 75 % des "type de récoltes vivrières", c’est-à-dire des différents produits récoltés pour en faire de la nourriture ce qui n’est pas du tout la même chose. En réalité, lorsqu’on a éliminé le maïs, le blé, le riz, le soja, le sorgho et l’ensemble des hybrides qui n’ont pas besoin d’insectes pollinisateurs, il ne reste pas grand-chose dans les grandes masses des produits récoltés comme nourriture, sauf si on compte les produits au lieu de compter les tonnages, ce que fait l’IPBES dans son document, procédé quelque peu orienté.
4 "déjà" (already) est le terme employé dans le texte. On peut s'étonner qu'avec 1 degré de réchauffement, c'est à dire plus de 50 % du chemin jusqu'aux 2 degrés fatidiques il n'y ait pas plus de conséquences négatives.