J'entendais récemment une présentatrice à la radio (charmante, bien sûr) s'offusquer de ce qu'elle avait entendu à la radio au cours d'un voyage au Texas : « Savez-vous ce que les compagnies pétrolières osent dire à la radio là-bas ? » interrogeait-elle. «Que le CO2 n'est pas l'affreux gaz polluant que nous connaissons, mais un produit nécessaire ! »

Et la présentatrice de s'indigner : « vous vous rendez compte jusqu'où peut aller la perversion commerciale ! ».

Et pourtant, Madame la présentatrice, je vous le confirme, le CO2 est un produit absolument indispensable à la vie sur Terre. S'il n'y en avait pas, aucune vie n'y serait possible. Mieux : votre corps charmant, les fleurs qui vous entourent, le chien qui vous attend à la maison, les plastiques qui vous aident à vivre, tout, ou presque (ce qui n'est pas strictement minéral ou métallique) contient du carbone, et ce carbone provient presque directement du CO2 de l'air. 

Je sens que vous êtes au mieux interloquée, peut-être sceptique, peut-être encore offusquée. Laissez-moi donc vous expliquer :

la carbophobie, dont je sens que vous souffrez, est un sentiment totalement artificiel qui vous a été inculqué par des gens peu scrupuleux dans une intention bien précise : récupérer, autant que faire se peut, une partie de votre liberté, afin de conforter leur pouvoir.

Vous allez dire que j'exagère. Je vais donc vous le prouver scientifiquement.

Le cycle du carbone, dont on nous rebat les oreilles est déterminé par le taux de CO2 dans l'atmosphère. On nous explique que ce taux a enfin atteint, après des milliards d'années, une valeur vraiment optimale qu'il ne faut absolument pas changer, sous peine de catastrophe climatique sans précédent associant le froid et le chaud, l'humide et le sec, les vents violents et le calme plat, et enfin, cerise sur le gâteau, une inexorable montée de la mer qui va submerger le monde habité sous des milliards de mètres cubes d'eau saumâtre et acide. L'enfer, quoi.

En tous cas, si vous avez vu le chef-d'oeuvre d'Albert Gore (un metteur en scène américain spécialisé dans les films catastrophes qu'il a intitulé « Une vérité qui dérange » doux euphémisme pour désigner la fin du monde), c'est ce que vous avez dû en retenir, comme que des millions d'autres personnes d'aussi bonne foi que vous , et pas plus cultivées que vous sur le plan scientifique. Ce film a eu un retentissement important de par le monde, et a rapporté à son auteur un paquet confortable de millions de dollars, aussitôt réinvestis dans le lucratif business vert.

Le problème, c'est que ce que vous raconte ce film est inexact, et même franchement faux. Ce que n'a pas manqué de relever un tribunal anglais, saisi par un parent d'élève un peu plus regardant que les autres. Ce tribunal a relevé 9 erreurs scientifiques dans ce film, et a déclaré que sa projection auprès des élèves devait être accompagnée d'une mise en garde spécifiant que le film ne reflétait que l'opinion d'une personne, mais pas nécessairement la vérité scientifique. Si vous avez vu ce film en France, je me demande si vous avez remarqué une semblable mise en garde.

Pour en revenir au cycle du carbone, il est inexact de faire croire que le taux de CO2 de l'air doit être gardé constant sous peine de catastrophes incontrôlables.

En réalité, dans l'histoire de la Terre, ce taux n'a pas cessé de varier dans des proportions considérables. Les scientifiques ont établi une courbe indiquant la variation de ce taux de CO2 au cours de l'histoire de la Terre

La courbe en question est appelée GEOCARB III. Elle est représentée ci-après :

webphanerozoic

Pour être précis, remarquons tout d'abord que le CO2 a pratiquement été toujours plus abondant qu'aujourd'hui, sauf à l'époque du Carbonifère et du Permien (il y a 250 à 350 millions d'années, où il était identique au taux actuel.

Remarquons aussi que l'échelle de droite représente non pas le taux de CO2, mais le rapport [taux de CO2] / [taux actuel], ce qui signifie qu'au jurassique (l'époque des dinosaures) il y a 150 à 200 millions d'années, le taux de CO2 atmosphérique était compris entre 5 et 8 fois le taux actuel (de 2 000 à 3 000 ppm, alors qu'il est d'environ 390 ppm aujourd'hui). Et au Cambrien, il était 25 fois plus élevé : près de 10 000 ppm ! Et tout cela, sans les catastrophes que nos alarmistes nous promettent si nous dépassons 500 ppm !

Évidemment, ces chiffres sont déduits d'observations et de considérations géologiques, et ne doivent être considérés que comme des hypothèses. Mais les catastrophes envisagées aujourd'hui par certains si ce taux de CO2 venait à remonter trop, doivent évidemment aussi être envisagées comme des hypothèses (hasardeuses) qui ne sont d'ailleurs pas du tout en accord avec les premières.

Le CO2 présent aujourd'hui dans l'atmosphère provient initialement de l'activité volcanique de la Terre. Schématiquement, ce CO2 a été entraîné par l'érosion vers la mer où il s'est déposé sous forme de carbonate de calcium en provenance de la réaction chimique entre les ions calcium Ca2+ et les ions carbonate CO22-, ou encore, plus tard, par la sédimentation des carcasses d'animaux marins comme les coquillages pour former des couches géologiques parfois très épaisses de calcaire. A cette époque, l'accumulation des restes de plantes marines, a formé des couches abondantes qui se sont trouvées ensuite enfouies sous d'épaisses couches d'alluvions. Sous l'effet de la pression et de la chaleur, ces déchets se sont petit à petit transformés en hydrocarbures qu'on appelle aujourd'hui « pétrole ».

Lorsque la vie terrestre est apparu, une nouvelle branche du cycle du carbone a fait son apparition : dans cette boucle s'est introduit une nouvelle étape fort importante qu'on appelle la biosphère. La biosphère, c'est la somme de tout ce qui est vivant, du virus à l'homme, en passant par les platanes, les tomates, les crevettes et les kangourous.

Tous les éléments de la biosphère ont besoin de carbone pour construire leur corps, et ce carbone, devinez où ils le trouvent ? Dans le CO2 de l'atmosphère...

Sans CO2, pas de possibilité de construire des corps, ni celui des animaux, ni celui des plantes...

Etes-vous toujours convaincue que le CO2 de l'atmosphère est un affreux polluant dont il faut se débarrasser Madame la présentatrice ?

Et, question subsidiaire en relation avec le graphique ci-dessus : pensez-vous vraiment qu'il est important de conserver absolument le taux de CO2 atmosphérique à la valeur qu'il avait au 19ème siècle ?

C'est pourtant ce que nos amis les écolos revendiquent...

Note du 25 mars 2011

Un internaute particulièrement pinailleur m'a fait remarquer que la courbe de Berner de GEOCARB III était calculée avec une valeur présente en CO2 de 300 ppm, et non pas 390, ce qui le fait me traîter de menteur, désinformateur, etc..

  • Je n'ai pas utilisé la courbe tirée du document de Berner (2001) mais un graphique qu'il a envoyé en 2007 à l'Université de Sheffield.
  • J'ai tracé ci-dessous les courbes des valeurs de la pression de CO2 correspondant au rapport (RCO2) en utilisant comme base 300 ppm (points noirs) et 390 ppm (points rouges).

Berner

Comme cela saute aux yeux, il y a une hénaurme différence....  

Heu.. Non. Vraiment, étant donné l'imprécision des estimations, il n'y a pas réellement de différence...

25 mars 2011