Les habits neufs de lEmpereur

Ou comment faire du sensationnel avec le quotidien

 La plupart des gens n’ont aucun problème avec la température, parce qu’ils s’en servent tous les jours, soit pour régler le thermostat dans leur maison ou la température de leur four, soit en regardant une émission météo à la télévision. D’un autre côté, pratiquement personne ne sait reconnaître une anomalie de température, c’est-à-dire l’étalon qui sert à mesurer le réchauffement climatique anthropique. La raison en est qu’en dehors des études climatiques, personne n’utilise cet étalon.

Figure 1 : Evolution de la température moyenne de la surface du globe depuis 1880

Une anomalie de température, c’est la différence obtenue en soustrayant une température moyenne de la température réelle. Les études climatiques utilisent les anomalies à la place des températures réelles, parce que les anomalies sont supposées être plus précises pour des zones géographiques étendues (voir note 1). Les graphiques montrant une augmentation rapide des anomalies de température sont des éléments très utiles pour dramatiser le catastrophique réchauffement climatique.

Il est donc facile de comprendre pourquoi quelques journalistes se sont livrés à un énorme tapage à propos d’une courbe très plate parue dans un tweet de la National Review à propos du réchauffement climatique. Le graphique de la figure 1 ci-dessous (voir note 2 et 3) est similaire à celui paru dans le tweet en question.

Ce graphique est accusé de dissimuler le réchauffement climatique parce que les petits accroissements de température ne sont pas évidents à déceler. Un article en ligne du Huffington Post a indiqué que ce graphique était une visualisation inadéquate qui ne faisait “juste qu’à montrer que tout semble stagner” tandis que The Fix du Washington Post se plaignait que ce graphique “était fallacieux” parce qu’il “masquait le changement réel des températures”. Le Business Insider en ligne a déclaré de son côté que le graphique faisait un tel “ zoom arrière que tout se passait comme si les températures moyennes mondiales n’avaient pas changé du tout”.

Évidemment, les journalistes ont décidé que ce graphique de température n’était pas bon du tout, et ils ont répliqué avec les graphiques de l’évolution du taux de chômage ou encore du CAC 40. C’était graphique contre graphique ad vitam aeternam…

En faisant un petit effort, il est facile de découvrir que les changements de température sont identiques que ce soit pour les anomalies de température mondiales ou pour les températures mondiales (voir note 4). Ce qui fait la différence, c’est que le graphique des anomalies est une vue grossie, pas une vue normale. Le grossissement ne change pas les dimensions de l’objet que l’on voit ; il permet simplement de distinguer plus de détails. Une cellule sanguine ou un microbe ne deviennent pas plus gros quand leur image est grossie ; ils paraissent simplement plus gros.

Figure 2 :  Vitre ordinaire Figure 3 : Surface de la vitre vue au microscope électronique

Une vitre en verre telle qu’elle apparaît sur la figure 2 semble très lisse. Cependant, comme le montre la figure 3, une vue grossie de sa surface montre que celle-ci possède en fait de nombreuses montagnes et vallées ce qui fait qu’elle apparaît maintenant comme une surface rugueuse et non plus lisse. Bien que les imperfections de cette surface apparaissent plus grandes sous une vue grossie, elles n’ont en fait pas changé de dimensions par rapport à une vue normale. La même chose se produit avec les températures reconstruites et les anomalies de température. Quand on grossit les moyennes de températures mondiales de la figure 4, les petits changements de température deviennent visibles comme la figure 4 l’indique clairement.

 

Figure 3 : Vue normale du réchauffement climatique Figure 4 : Vue fortement grossie du réchauffement climatique

 

Heureusement, les gens n’utilisent pas une vue grossie du monde qui les entoure pour vivre leur vie de tous les jours. Et c’est pour cette raison que personne ne conduit sur une autoroute, guidé par un microscope montrant une vue grossie de la surface de la route. Et c’est aussi pour cette raison que les prévisions météorologiques sont données avec des températures réelles, et pas avec des anomalies de températures grossies. 

Figure 5 : une pile électrique type AA

C’est parce qu’il est si difficile d’observer le réchauffement anthropique global, que certains experts de la NASA pensent que la précision des modèles climatiques doit être améliorée de deux puissances de dix pour pouvoir observer des petites augmentations de réchauffement.

Un doublement du taux atmosphérique de CO2, prédit pour les prochaines 50 ou 100 prochaines années changera, d’après les calculs, le bilan radiatif à la surface de la terre d’environ 2 pour cent. Si ces 2 pour cent sont aussi importants, alors, les modèles climatiques, pour être utiles, doivent être précis à quelque chose comme 0,25 %. En conséquence, les modèles d’aujourd’hui devront être améliorés d’environ cent fois en précision, ce qui représente une tâche très difficile.

 Un papier de Graeme Stephens et al dans Nature Geoscience montre aussi combien il est difficile d’estimer le réchauffement climatique. Il parle de l’incertitude concernant le bilan thermique de la terre dont la valeur est estimée à 0,6 watts par m² ± 15 watts par m². L’énorme marge d’incertitude concernant ce petit nombre signifie que celui-ci est difficile sinon impossible à cerner. C’est juste ce que disait la NASA !

Mais quelle est la valeur du déséquilibre de ce bilan ? Elle est de seulement 0,06 pour cent des 1 000 watts par m² que reçoit la surface de la terre venant du soleil à midi. Une autre comparaison intéressante, c’est que 0,6 watts par m², cela représente l’énergie fournie par une pile modèle AA se déchargeant dans un circuit pendant quelques heures. Considérons ceci : les petites piles qui alimentent les télécommandes de téléviseurs ne gouvernent pas les ouragans. Des petits nombres avec des grandes marges d’erreur combinés à des moyennes trop nombreuses sont la recette des résultats ambigus. La réaction au graphique de températures constitue l’exemple parfait de ce que des motivations politiques peuvent transformer des ambiguïtés en désagréments. La confusion naît d’utiliser les températures comme si c’était la même chose que des anomalies, mais étrangement le graphique des températures est considéré comme trompeur et celui des anomalies non. En fait, ce qui est masqué, c’est que ni l’un ni l’autre des deux graphiques ne montre de donnée réelle de température.

Par bonheur, les données non ambigües constituent la pierre angulaire de la recherche scientifique. Si des chercheurs indépendants ne peuvent pas obtenir une réponse identique, alors, c’est qu’il y a un problème avec les données, l’expérience, ou les deux. Les spéculations, les théories et les hypothèses vont et viennent en science, seules les bonnes données restent pour toujours. C’est pourquoi le réchauffement anthropique catastrophique, comme toutes les sciences de “consensus” rejoindront peut-être un jour le phlogistique, la génération spontanée et l’éther luminifère.


NOTES :

  1. Hansen et al. discutent de l’usage des anomalies à la place des températures mais il y a peu d’informations sur les erreurs. Hansen se plaint des débats télévisés, des politiques, de la perception du public et des nouveaux médias en pages 20 à 23. Real Climate parle de températures et d’anomalies. Vous trouverez des discussions additionnelles ici ou encore .

  2. Le graphique du tweet est repris dans un commentaire de WUWT  ici. D’autres commentaires pointent vers ce site. Les graphiques de l’article original sont en degrés Fahrenheit comme ce qu’a utilisé la National Review. J’ai transformé ces valeurs en degrés Celsius (ndlt).

  3. Les valeurs existant dans la table du GISS NASA ont été mises à jour pour l’élaboration des graphiques ci-dessus. Un grand nombre de valeurs historiques sont changées en permanence sans explication, ce qui fait des valeurs de la table une cible mouvante.

  4. Pour créer les anomalies de température, le GISS NASA prend les températures réelles et leur soustrait une valeur subjective qualifiée de “meilleure estimation pour la moyenne de la période 1951 à 1980” dont le calcul donne 14 °Celsius soit 52,7 degrés Fahrenheit. Les variations de température (Δt) sont les mêmes pour les deux graphiques car un graphique se déduit de l’autre par un décalage de 14°. 

  5. L’irradiance solaire est donnée ici à 13h30 pour une hauteur du soleil de 48,2 degrés. Une valeur de 3,9 watt.heure (14 kilojoules) est celle d’une pile AA de 1,5 volts qui se décharge dans un circuit sous une intensité de 50 mA (0,6 watt/m²) x (6,5 heures) = 3,9 watt.heure / m²

L’auteur de l’article d’origine

C.R. Dickson est un chimiste physicien à la retraite ayant acquis un Ph.D. à l’Université de Columbia. Il a travaillé chez Polaroid, Allied Chemical, RCA ainsi que dans la division couche mince de Solarex, une entreprise de cellules solaire essaimée de la technologie de RCA. Il a aussi travaillé comme conseiller scientifique de l’Organisation pour le  Développement Industriel des Nations Unies à Vienne en Autriche.

Commentaires   

# Orwell 08-05-2017 16:55
En général, et sauf bonne raison de faire différemment, lorsqu'on veut montrer graphiquement les variations d'une grandeur sur un intervalle donné, on s'arrange plutôt pour "cadrer" les échelles de manières à ce que la valeur minimale de la grandeur mesurée soit proche du bas de la zone d'affichage qu'on s'est donné, et que la valeur maximale soit proche du haut de la zone d'affichage qu'on s'est donné. Comme ça, on se donne la possibilité de bien voir les variations. En tout cas, moi, si on m'avait donné le tableau de chiffre de la température globale de surface depuis 1880 et qu'on m'avait demandé de faire un graphique, j'aurais plutôt fait un cadrage comme celui de la figure 4 plutôt que celui de la figure 3. Ceci indépendamment de toute considération climatique et de toute volonté de faire passer un message ou un autre.
Il y a bien un cas particulier qui m'aurait poussé à plutôt retenir une représentation comme les figures 3 ou 1 : si les intervalles de confiance associés aux mesures étaient supérieurs à la variation elle-même, rendant l'évolution sur la période non significative. Dans ce cas, j'aurais peut-être choisi de faire comme la figure 1 ou 3, pour ne pas laisser croire à une variation significative compte tenu des incertitudes de mesure (ou bien, j'aurais fait figurer l'intervalle de confiance à 95% sur la figure 4, ce qui serait encore mieux, mais peut-être pas adapté à un public novice).
Mais, à part ce cas particulier de variation non significative, je ne vois pas de raison à priori de retenir plutôt la figure 1 ou 3. Le cadrage de la figure 4 me semble "normal". Il me semble que c'est celui à privilégier pour juste montrer la variation de la grandeur mesurée. Tant qu'on indique bien les échelles (et éventuellement les intervalles de confiance pour bien faire), la figure 4 est celle qui donne le plus d'information, indépendamment de toute polémique.
Répondre | Répondre en citant | Citer