Les habits neufs de lEmpereur

Il a des sujets qui fâchent les réchauffistes carbocentriques : le plateau thermique que nous connaissons actuellement depuis environ quinze ans est de ceux-là.

Pause dites-vous ? Le courageux Stéphane Foucart, pourfendeur d'idées climato-sceptiques, l'homme qui osa s'attaquer au dégraisseur de mamouth Claude Allègre, le chasseur d'impostures scientifiques journaliste au Monde nous le démontre dans un article en cinq points que j'examine ici. Voici ses arguments et mes remarques :

1) Stéphane Foucart : La plus grande partie (93 %) de l'énergie excédentaire reçue par la Terre sert à réchauffer les océans. C'est ce phénomène qui constitue l'essentiel du réchauffement climatique

"Seulement 1 % de cette énergie sert à réchauffer la basse atmosphère, c'est ce réchauffement que l'on mesure dans la moyenne des températures de surface, 6 % servent à faire fondre les glaces terrestres et à réchauffer les sols.
Cette énergie excédentaire est, d'après le GIEC, égale à 271 zettajoules, soit la puissance de trois bombes d'Hiroshima par seconde pendant les quarante dernières années.
C'est l'énergie qui réchauffe les océans qui constitue l'essentiel du réchauffement climatique". 
Ma réponse :Tout cela est joliement écrit, bien qu'approximatif. Notons par exemple que les trois bombes d'Hiroshima1 sont devenue treize dans la préface du livre "Climat : la catastrophe annoncée", préface écrite par Stéphane Foucart. (Quelle est la bonne valeur ?).

L'important serait donc dans la mer. Voyons donc un peu les conséquences de cet important.

La masse totale des océans qui reçoivent cette énergie (et qui doivent donc se réchauffer) est estimée à 1,4 x 1021 kilogrammes et leur surface à 361 millions de km².Sachant que la capacité thermique de l'eau est de 4185 joules par kelvin, il est facile de calculer que la mer va se réchauffer de 0,0463 °C sous l'effet de cet "important" apport de chaleur. Et si l'on considère que cet apport de chaleur s'est réparti sur une période de 40 années, il est aussi facile de calculer que cela correspond à une augmentation d'environ un millième de degré par an et que pour augmenter cette température de 1 degré Celsius, il faudrait... plus de 800 ans...2

Bigre, me direz-vous, mais alors cet "important" apport de chaleur est absolument sans conséquence ?

- Exact. Comme je l'ai déjà de nombreuses fois écrit sur ce site, il faut toujours avoir des ordres de grandeur à l'esprit, pour éviter d'énoncer de grosses bêtises...

2) Stéphane Foucart : le ralentissement du réchauffement de l’atmosphère dépend essentiellement du choix des années de début et de fin de la période considérée.

"la tendance au réchauffement de la basse atmosphère entre 1951 et 2012 à été d’environ 0,12°C par décennie tandis qu’entre 1998 et 2012, elle n’a été que de 0,05°C. Soit plus de deux fois inférieure à la tendance depuis le milieu du XXe siècle. Attention cependant. Prendre 1998 comme année de départ introduit un biais important : cette année a été marquée par un phénomène El Niño d’une intensité exceptionnelle. Une régression linéaire à partir des données de la NASA donne une tendance au réchauffement de 0,10°C par décennie (deux fois les 0,05°C de 1998-2012 !), 1993-2012 ? 0,15°C par décennie ! 1999-2010 ? 0,15°C par décennie ! 1996-2010 ? 0,15°C par décennie ! Ainsi, on observe qu’en ajustant, simplement à quelques années près, les dates de début et de fin de la période choisie, la tendance varie du simple au triple…"

Hadcrut4 global mean

Ma réponse : Voici à gauche la courbe concernant ces températures (mensuelles), fournies par le mondialement célèbre Hadley Centre de l'Université d'East Anglia (hadcrut4). L'observation de cette figure indique clairement qu'il existe 2 zones distinctes sur la courbe des anomalies de températures :

♦  La zone 1970 - 2002 où la température croît de façon indiscutable à la vitesse d'environ 0,017 °C par an.

♦   La zone 2002 - 2013 où la température décroît légèrement (0,004 °C par an).

Notons qu'après traitement des données par le Hadley Centre, le caractère perturbateur de l'anomalie de 1998 n'apparaît pratiquement plus. Cela dit, l'argument qui consiste à vouloir supprimer un point ou une période dans une série de mesures est assez curieux pour ne pas dire antiscientifique : soit on s'intéresse aux mesures de températures, auquel cas on prend toutes les valeurs des mesures, soit on désire faire passer un message quelconque, et alors on prévient du caractère non scientifique de l'affirmation.

L'étonnement de SF devant le fait que "en ajustant, simplement à quelques années près, les dates de début et de fin de la période choisie, la tendance varie du simple au triple" est lui-même étonnant. En effet, la question est bien cette observation même : le changement dans la tendance climatique !

Pour être mathématiquement plus pertinent, on peut d'ailleurs calculer mois par mois cette tendance, en utilisant par exemple les données de températures Hadcrut4 sur des périodes de temps égales entre elles. Il n'est en effet pas très correct de comparer entre elles des tendances portant sur des périodes de temps de longueurs inégales.

Le graphe ci-dessous donne cette représentation des tendances climatiques entre les années 1992 et 2009 pour des périodes de temps glissantes de 10 ans. Pour construire cette courbe, il faut calculer, pour un mois donné, la pente de la droite de régression linéaire concernant les points situés à gauche sur cinq ans et à droite sur cinq ans également, ce qui donne finalement une régression pour une période de 10 ans. Par exemple pour le point "juillet 2005", la courbe comporte 60 points à droite et 59 points à gauche, ce qui correspond à la période juillet 1997 à juin 2007.tendance clim

Examinons maintenant la courbe : en partant (par exemple) de 1992, la courbe montre une augmentation de la pente (le climat se réchauffe de plus en plus vite). Puis, brusquement au milieu de l'année 2007, l'augmentation s'arrête, et la courbe redescend (la température augmente moins vite) jusqu'à atteindre puis dépasser l'axe zéro, ce qui correspond, cette fois à une diminution de la température.

Remarquons cependant que ce genre de calcul n'a strictement aucune chance de représenter la réalité. il est là simplement pour montrer que l'on peut faire dire ce que l'on veut au chiffres, et il est à mettre en parallèle avec le graphique proposé par Stéphane qui indique à son propos : "Mais si on calcule la température moyenne de chacune des quatre dernières décennies (1970s, 1980s, 1990s, 2000s), on constate une progression d’une remarquable régularité". 

Il est important de garder à l'esprit que les événements climatiques sont à ranger dans la catégorie des phénomènes chaotiques, et que cette "remarquable régularité" appartient à la catégorie des alignements dûs au hasard. On peu admirer cette configuration, mais pas lui faire dire quelque chose, même si cette chose est celle qu'on a envie d'entendre...

3) Stéphane Foucart : Une fois pris en compte les trois principaux facteurs de variabilité naturelle, la "pause du réchauffement de l’atmosphère"… disparaît.

Ma réponse : J'ai déjà analysé la publication de MM. Foster et Rahmstorf concernant l'influence de ces trois facteurs de variabilité naturelle.Pour faire court, l'idée de ces deux membres du GIEC, (réchauffistes acharnés soit dit en passant) consiste à choisir trois phénomènes susceptibles d'influencer l'évolution de la température, de trouver un système qui les quantifie (leur attache une valeur qui mesure leur importance) et de les affecter d'un coefficient multiplicateur de signe et de valeur convenable afin que cette influence compense précisément la variation de température qu'il s'agit de masquer. D'après Stéphane Foucart,c'est l'ENSO (El Niño Southern Oscillation) qui est le facteur déterminant. Mais, l'ENSO est un phénomène, et vouloir le réduire à un chiffre conduit, d'après d'autres spécialistes de l'océanographie, à des conclusions tout à fait opposées à l'observation. En effet, comme l'expliquent Trenberth et al. (2002), la régression linéaire qui tente de lier température et indice ENSO laisse un résidu (une partie non associable à la température) qui conduit à des conclusions erronées. D'autre part, l'observation des températures rentre en ligne de compte pour le calcul des indices ENSO, et il apparaît inopportun de corriger des températures en se servant d'un indice calculé précisément à partir de celles-ci.

4) Stéphane Foucart : les principales questions posées par cette vraie-fausse pause concernent surtout la manière dont le système climatique – notamment par le truchement de la circulation atmosphérique, des courants marins – ventile et répartit l’excédent d’énergie qu’il reçoit.

Ma réponse : Stéphane Foucart a ici une révélation : (je mets à part cet inconvenant "vrai-faux", qualificatif fortement journalistique qui remplace simplement la plupart du temps le qualificatif "faux" rejeté parce que trop simple), il vient de découvrir que le système climatique possède un énorme thermostat, tellement gros qu'on ne le voyait pas, qui s'appelle la mer. Si, pour une raison quelconque, le système climatique reçoit une énergie plus grande que celle qu'il émet, ce thermostat sert de réservoir quasi infini pour accumuler celle-ci. Cette constatation ouvre des perspectives intéressantes concernant ce fameux "réchauffement climatique" : si le thermostat fonctionne bien, cela détruira définitivement les prédictions catastrophiques et apporterait enfin la clé du mystère concernant la stabilité étonnante de la température de surface terrestre malgré les variations très importante de la teneur en CO2 de l'atmosphère au cours des temps géologiques.

5) Stéphane Foucart : le GIEC n’a jamais rien prévu pour la décennie en cours

"Si vous avez entendu parler de ce fantasmatique "arrêt du réchauffement", il est très probable que vous ayez également entendu dire que le GIEC "n’avait pas prévu la pause actuelle". La réalité est que, jusqu’à présent, le GIEC n’a jamais rien prévu pour la décennie en cours".
Ma réponse : Pourtant, dans son premier projet d'AR5, le GIEC a bel et bien prévu la courbe reprise ici où l'on voit bien les observations réelles sortir de l'écheveau des prévisions. Cette constatation a bel et bien disparu de la courbe présentée par Stéphane Foucart un peu plus loin. Il est un peu choquant de le nier.
En outre, le GIEC écrit dans son rapport AR4 de 2007 : "For the next two decades a warming of about 0.2°C per decade is projected for a range of SRES emissions scenarios. Even if the concentrations of all GHGs and aerosols had been kept constant at year 2000 levels, a further warming of about 0.1°C per decade would be expected. Afterwards, temperature projections increasingly depend on specific emissions scenarios".  On ne saurait être plus explicite...
 

Stéphane Foucart  : "La fonte des glaces est plus rapide que jamais"

sea ice extent antarctic
Ma réponse : Cette affirmation est accompagnée d'un graphique montrant la diminution inquiétante de l’extension (extent) des glaces arctiques. Rien, naturellement, sur les glaces antarctiques. C'est dommage, car on aurait aimé voir aussi souligné que l'extension des glaces antarctiques croît de 1 % par décade et ne cesse de battre des records.
Le graphique ci-contre est explicite sur ce point.
Les réchauffistes insistent souvent sur le fait que bien que la glace antarctique de mer montre une tendance nette à l'accroissement, chose qui n'est d'ailleurs pas très bien expliquée, il n'en va pas de même pour la glace de terre qui, elle, aurait tendance à fondre. Cependant, si les mesures de surface de la glace sont relativement accessibles aux satellites, il n'en va pas de même pour les mesures concernant la glace de terre qui sont, elles, des tentatives d'estimation de l'épaisseur du manteau de glace Antarctique.
Compte tenu de la surface de celui-ci (la surface de l'Antarctique est de 14 millions de km²), et de l'épaisseur de la glace (1,7 km en moyenne) il est extrêmement difficile de mesurer avec une précision suffisante les variations de cette épaisseur et donc d'estimer la quantité de glace qui s'écoule dans la mer par vêlage
Ce dernier phénomène ainsi que le fait que des morceaux de banquise se détachent périodiquement, phénomène qui fait l'objet d'un grand tapage médiatique, sont les processus normaux qui compensent les apports d'eau par précipitation.

Stéphane Foucart : les océans continuent à monter

Niveau mer 1900Ma réponse : La montée des océans est un phénomène normal qui a commencé à la dernière déglaciation, et qui se poursuit normalement. Les chiffres donnés par les marégraphes puis par les satellites pour les 30 dernières années montrent une accélération apparente et inexpliquée vers 1930 d'après un auteur (Church et al.), non confirmée par un autre auteur (Jevrejeva et al.). Il ne semble pas y avoir d'accelération (ni de déccelération) vraiment significative contrairement à ce qu'on lit dans certains journaux.
Le phénomène d'élévation du niveau de la mer peut être plus ou moins masqué en partie sur les marégraphes par le phénomène de rebond continental qui se poursuit encore aujourd'hui. Après avoir été couverts de glace pendant la dernière glaciation (Würm, qui s'est terminée il y a 12 000 ans), les continents reprennent leur équilibre avec les couches inférieures. en remontant lentement, ce qui annule partiellement l'augmentation du niveau apparent de la mer.

Stéphane Foucart : Le réchauffement va se poursuivre

"Ainsi, en l’état des connaissances, il faut plutôt s’attendre, dans les prochaines années, à une reprise à la hausse des températures de l’atmosphère, lorsque la variabilité naturelle du climat aura cessé d’amortir le phénomène".

Ma réponse : La candeur de cette dernière remarque a quelque chose de touchant : comme les choses ne se passent pas comme tous les réchauffistes s'y attendaient, ceux-ci appelle de leurs voeux une sorte de retour à la normale, une température qui recommence à monter comme l'ont décidé unanimement tous les climatologues bienpensants... 
Voire... comme toujours, la Nature aura le dernier mot, et nul ne sait ce qu'elle décidera, car Il n'y a pas plus de raisons de voir la température recommencer à monter que de la voir se stabiliser comme c'est le cas actuellement. Ce que Stéphane Foucart appelle la variabilité naturelle du climat n'avait pas plus de raison de s'exprimer depuis dix ou quinze ans qu'avant ou qu'après cette époque. Si nous connaissons une période de stabilisation des températures, c'est que celle-ci est le résultat d'un certain nombre de facteurs que nous ne connaissons pas tous. Ayons l'intelligence de l'admettre, et cessons de proclamer que "the science is settled". Ce genre de proclamation dénote un manque d'humilité peu compatible avec une attitude scientifique raisonnable : En fait, ce que nous devons surtout admettre, c'est que notre ignorance des choses du climat est quasiment complète. 

Note du 8 octobre 2014

La NASA vient de publier un article qui est un démenti assez catégorique de l'hypothèse de la "chaleur cachée au fond des océans" émise par Kevin Trenberth. Ironiquement, les défenseurs de la foi réchauffistes, "Skeptical Science" s'étaient servis de l'hypothèse de Trenberth pour en rajouter sur le "réchauffement qui s'accélérait malgré les apparences".


(1) Notons au passage le message subliminal : l'évocation de la bombe d'Hiroshima introduit une note d'épouvante savamment instillée dans le discours...

(2) En réalité, les choses sont un peu différentes. Il existe en effet un puissant régulateur au réchauffement constitué par la loi de Stefan appliquée à la surface de l'océan. En effet, si celui-ci se réchauffe, sa surface se met à rayonner d'avantage vers l'espace, ce qui a pour effet de refroidir celle-ci. Pour évacuer toute l'énergie excédentaire dont il est question, le ,calcul montre qu' il suffit que la température de surface de l'océan passe de la valeur moyenne de 15 °C à 15,1 °C. On peut donc considérer qu'un réchauffement excessif de l'océan n'est pas vraiment à l'ordre du jour, et que la "chaleur manquante"  dissimulée dans les profondeurs de l'océan n'influencera jamais la température de la surface térrestre, et donc n'entraînera pas toutes les conséquences pieusement évoquées du "réchauffement climatique". 

 8 octobre 2014