Les habits neufs de lEmpereur

Plus vous prendrez au sérieux la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre, plus cette COP21 vous mettra en colère

Venus de tous les pays du monde, des négociateurs sont réunis à Paris cette semaine afin de finaliser un accord international sur le changement climatique espérant aboutir à une action mondiale pour limiter les émissions de gaz à effet de serre et couronnant un processus entamé depuis de nombreuses années.

Ce dont parlent ceux qui exigent des américains qu’ils agissent et insistent sur la nécessité d’un "leadership" pour favoriser le progrès international, c’est du projet « construire la dynamique de Paris » de Barack Obama.

Laurent et François

Tiré de l’opinion

"Cette année, à Paris, doit être l’année où le monde a finalement réussi à atteindre un accord pour protéger cette planète pendant que nous pouvions encore le faire" a déclaré le Président Barack Obama au cours de son récent voyage en Alaska.

Miguel Cañete, le négociateur en chef pour les États Unis, a prévenu : "Il n’y a pas de plan B — rien de prévu. Il ne s’agit pas de discussions préalables onusiennes. Il n’y aura rien après la COP21."

Mais, plus vous prendrez au sérieux la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre, plus les plans de cette COP21 vous mettrons en colère. Avec autant de politique, et autant de délégations déterminées à atteindre un « accord » - n’importe quel accord – les négociateurs ont opté pour moins que… certainement moins que le coût de deux semaines à passer dans une capitale prestigieuse.

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Les discussions climatiques sont complexes et opaques, utilisant leur propres langages et processus, et il est donc important de dépasser toute cette terminologie et de comprendre ce qui est réellement discuté. Le bon peuple pense que les négociateurs discutent de la façon de répartir des larges coupes dans les émissions de carbone entre tous les pays, afin de limiter le réchauffement. Mais cette image n’a pas grand-chose à voir avec la réalité.

En fait, la réduction des émissions est à peine sur la table. A la place, les discussions sont totalement orientées sur le fait d’aboutir à un accord sans se préoccuper des actions à entreprendre pour chaque pays. Le monde développé, qui sera, d’après les projections, responsable des quatre cinquièmes des émissions pour ce siècle, récoltera des applaudissements en échange de la promesse de rester dans la trajectoire préexistante de l’augmentation de ses émissions.

Voici comment ça marche : Le schéma des négociations établi à la conférence de 2014 à Lima (Pérou) demande à chaque pays de soumettre un plan de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre appelé "Contribution Nationale" (INDC). Les contributions restent à la discrétion de chaque pays ; il n’y a pas d’objectif standard à atteindre, ni de réduction d’émission à respecter.

En conséquence, il est pratiquement impossible d’évaluer et donc de comparer ces contributions. Les pays développés ont empêché que les plans d’action utilisent des formats et des métriques communs, et les plans présentés ne sont même pas obligés de donner des niveaux d’émissions. Un pays peut très bien décider de réduire ses émissions à partir d’une trajectoire définie comme " business as usual " en décidant combien il veut émettre et en déclarant ensuite cette nouvelle trajectoire comme une "amélioration". Pour éviter que ce genre de plan soit contesté, un groupe de pays en développement conduit par la Chine et l’Inde a rejeté par avance tout " mécanisme destiné à accroitre les efforts individuels des pays en développement ". Et afin d’éviter toutes les pressions qui auraient pu s’exercer contre eux, aucun pays en développement à l’exception du Mexique n’a soumis son INDC avant la date limite initiale du 31 mars, et la plupart d’entre eux, soit n’ont soumis aucun plan, soit l’ont fourni alors que la date finale du 30 septembre approchait.

Après tout, le fait de fournir son INDC n’avaient pas force exécutoire et n’avait aucune conséquence à part la "honte" pour le non-respect de la règle, un fait bizarrement tenu pour acquis par tous les pays.

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Peut être sans surprise, les plans soumis sont moins impressionnants que le processus qui les a engendrés. Agrégés entre eux, les réductions d’émissions promises n’affecteront que très peu le réchauffement prévu. Un certain nombre de comparaisons inappropriées du type pommes contre oranges ont réussi à montrer un certain progrès. Mais en fait, le "Programme d’association Science et Politique sur les Changement Mondiaux" du MIT [i] a calculé que l’amélioration apportée est de seulement 0,2 degrés Celsius. La comparaison des émissions projetées sur la base de l’année 2000 des calculs du GIEC ne montre pas du tout d’amélioration.

L’absence de progrès devient encore plus apparente au niveau de chaque pays. La Chine, pour sa part, offre d’atteindre un pic d’émission de dioxyde de carbone "autour de 2030" ainsi que de réduire son niveau d’émission par unité de PNB de 60 à 65 % à cette époque par rapport à son niveau de 2005. Mais, le Laboratoire Gouvernemental National Lawrence Berkeley a déjà calculé que les émissions chinoises atteindront un pic en 2030 même sans leur plan climat. Et une analyse Bloomberg a trouvé que la cible des 60 à 65 % était moins ambitieuse que le niveau qui serait atteint en continuant le "business as usual".  Tout ceci avant que ce pays n’avoue qu’il brûlait 17 % plus de charbon que les estimations précédentes – soit un écart équivalent à la quantité totale de charbon brûlée annuellement par l’Allemagne.


[i]  MIT : Massachussets Institute of Technology

 Remarque d'humeur

Que l’on croie à l’origine exclusivement anthropique du réchauffement ou non, on ne peut être que scandalisé par cette débauche de moyens mis en œuvre à Paris comparée aux résultats ou plutôt l’absence de résultats attendue. Mais pour ceux qui estiment que ce réchauffement est essentiellement d’origine naturelle (et j’en fais partie) c’est vraiment l’exaspération qui domine. Je prends le risque calculé de publier ce papier avant la fin du spectacle parce que je sais que celui-ci va se terminer par une déclaration unanime des politiques expliquant "que ce jour est unique parce qu’un accord a enfin été trouvé etc". Que nos politiques français puissent participer à faire se rassembler toutes ces personnes et à provoquer ce barouf incroyable uniquement dans le but éventuel de bénéficier politiquement des retombées internationales de l’évènement me dépasse totalement. Je savais que les politiques avait tous du culot, mais je ne l’imaginais pas – naïf que je suis - à ce point.