Les habits neufs de lEmpereur

Où l'on constate que Madame Royal possède les deux caractéristiques qui faisaient un bon ministre sous la Troisième République : un grand talent verbal et de faibles connaissances techniques.

La nouvelle Ministre de l'Ecologie su Développement Durable et de l'Energie (ouf !) 1 a été interwievée sur BFMTV ce mardi 15 avril 2014 et nous a donné quelques échantillons de son talent verbal qui est grand et de ses connaissances techniques qui sont faibles. Selon les critères en vigueur depuis la Troisième République, elle présente donc les deux caractéristiques nécessaires pour faire un ministre. Mais aussi un danger certain pour le devenir des Français.

Interrogée sur l'augmentation de la facture d'électricité des Français, suite à l'avis du Conseil d'Etat concernant l'invalidation de la modération de prix imposée en août 2012 par le Gouvernement, elle a déclaré "la volonté politique doit l'emporter" ce qui sous-entend qu'elle compte bien fixer elle-même le prix de l'énergie, ce qui est assez inquiétant.  Autre citation, à ressortir : "Gouverner, c'est choisir", variation sémantique opportune du célèbre "Gouverner c'est prévoir". A mettre aussi de coté pour le ressortir éventuellement un jour.

 

Encore plus inquiétant : "Le prix de l'énergie va augmenter : c'est un dogme,... c'est absurde... si on économise l'énergie, si on fait monter en puissance les énergies renouvelables, si on fait la transparence sur le coût de l'énergie, si on fait du dialogue démocratique, je suis convaincue qu'on peut maitriser le coût de l'énergie". Ici, on sent que Mme Royal a été renseignée par un écolo (ils sont nombreux dans son ministère). Oui, c'est un dogme de dire que le prix de l'énergie va augmenter - c'est un dogme entretenu par les promoteurs des énergies renouvelables, car ils ne pourront jamais être compétitifs en face de l'énergie nucléaire. Mais, là où Mme Royal a été induite en erreur, c'est sur le coût comparé des énergies renouvelables et du nucléaire. Si on remplace l'énergie nucléaire actuelle par des énergies renouvelables, on augmentera considérablement le coût de l'énergie. Et cela, apparemment, Mme Royal ne le sait pas. Il faut dire pour sa défense, que le prix réel des énergies renouvelables est soigneusement dissimulé en particulier aux yeux des décideurs.

 

Mme Royal a encore des choses fondamentales à apprendre sur le nucléaire : "Le nucléaire n'est pas une énergie fossile" dit-elle. Ce qui est surprenant et demande des explications complémentaires. Mais Mme Royal ajoute "C'est à dire une énergie extraite du sous-sol" et là c'est tout faux. D'où provient donc l'uranium 235 si ce n'est du sous-sol ? 

 

"Je ne veux pas que l'écologie soit punitive" - Ici, Mme Royal se fait sans doute de belles illusions. En effet, la machine écolo et le folklore vert sont fortement construits sur le bien et le mal et sur la punition et la récompense. Le système a été très bien décrit dans un livre récent  dont le titre à lui tout seul est un vrai programme 2.  Les racines du mouvement écologique  et son évolution, très bien analysées par Luc Ferry 3 montrent, à l'évidence, que la pensée écologique a, depuis longtemps dépassé largement le stade de la recommandation pour arriver à celui du commandement typique d'une religion avec, à la clef, la récompense suprême (le paradis écologique) et la punition définitive (la mort de la civilisation).

 

"On peut, avec des innovations technologiques créatrices d'emplois régler à la fois les problèmes d'environnement, les problèmes de santé publique et les problèmes d'activité et d'emploi" - Belle profession de foi malheureusement fondée sur un malentendu terrible. En effet, l'observation des innovations technologiques du type écologique brillent par leur absence criante de véritable nouveauté. Le système du "greenwashing" a complètement dévoyé l'idée même d'innovation dans ce domaine. Notre époque est caractérisée par une pluie de fausses innovations qui, dans le meilleur des cas, sont allées chercher des idées dans les nouveautés oubliées pour les faire passer pour nouvelles. Mais plus couramment, l"'inventeur" de l'innovation ne va même pas chercher dans la littérature et se contente de repeindre grossièrement en vert la description de son procédé ou objet nouveau pour attirer à lui de généreuses subventions attribuées par des personnes incompétentes. Et puis, Madame Royal n'a sans doute pas lu le petit livre de Frédéric Bastiat Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas, ou L'économie politique en une leçon. Elle y aurait appris que les "emplois" créés par le remplacement de moyens actuels par des moyens plus coûteux sont des faux emplois car ils contribuent à l'appauvrissement global. En URSS, il n'y avait pas de chômeurs. Mais il y avait des millions de faux emplois créés en utilisant la main d'oeuvre au détriment du niveau économique général pour des tâches qui auraient pu être assurées beaucoup plus économiquement par des machines. Veut-elle aller vers un système de plus en plus soviétique

 

Une autre erreur contenue dans l'affirmation de Ségolène Royal, c'est d'assimiler la recherche à un distributeur de Coca : on met de l'argent, et la canette coca l'innovation tombe : en réalité, ce n'est pas tout à fait comme ça que ça se passe. Il y a des recherches qui n'aboutissent jamais, et c'est même le lot de la plupart des sujets de recherche lancés. Les politiques font preuve d'une grande naïveté de croire autre chose, et Mme Royal ne fait pas exception à la règle. Il est vrai qu'elle a peut-être été là aussi mal documentée par des conseillers un peu trop verts... En tous cas, son attitude vis à vis de la voiture électrique est assez caricaturale pour l'affirmer (l'autre hypothèse serait qu'elle est définitivement sotte, ce qui n'apparait pas être le cas). Après avoir dilapidé l'argent de la région dont elle était la présidente pour le financement à fonds perdus d'une entreprise de construction de voiture électrique qui n'en finit pas de faire faillite, la voici qui montre qu'elle n'a pas encore compris qu'il ne fallait pas prendre ses désirs pour des réalités et qu'elle cite toujours la voiture électrique comme la solution - jusqu'où la conviction la mènera-t-elle ?

 

royal 960 320La connaissance du domaine de l'exploration pétrolière, technique qui est menée depuis plus d'un siècle dans tous les pays du monde et qu'on n'a jamais accusée d'être spécialement polluante si elle est menée par des entreprises compétentes et sérieuses n'est pas le fort de Madame Royal. Heureusement qu'elle n'occupe pas ses fonctions depuis longtemps sinon il aurait fallu dire adieu aux combustibles fossiles : "Non à toute exploration pour le gaz de schiste parce que c'est polluant..." Est-ce que c'est l'exploration qui est polluante ou alors peut-être est-ce l'objet de la recherche qui l'est si c'est le gaz de schiste ?

 

Toujours à propos de l'exploitation du gaz de schiste "Ça consiste à faire des explosions souterraines avec des fuites de méthane". Madame Royal n'a manifestement pas été renseignée correctement sur la technique utilisée pour l'exploitation du gaz et du pétrole de schiste. En effet, si on utilise des matières explosives, c'est en toute petit quantité pour perforer le tubing au droit des chemins producteurs futurs. Comme le schéma l'indique, les explosifs sont des charges creuses de quelques dizaines de grammes dites perforantes disposés en coquille afin de transformer l'explosion en poinçon de perforation. Dire que ces explosions peuvent avoir une conséquence quelconque vers la surface située à plusieurs kilomètres plus haut avec une protection constituée par autant d'épaisseur de roches, est un non-sens. Dire que çà peut provoquer des fuites de méthane relève de la légende, mais ce qu'il y a de beaucoup plus grave c'est que Madame Royal avait l'air absolument convaincue de ce "danger". Même en prenant en compte comme je l'ai mentionné plus haut la possible grande crédulité des politiques en général associée à leur manque de connaissances scientifiques, on demeure inquiet du fait que le ministère de l'Ecologie (etc.) comporte des sois-disant "experts" capables d'inculquer de telles absurdités à leur ministre. Il faut avoir non seulement un culot certain, mais encore une foi profonde dans les dogmes écologiques aussi divers que variés pour être assez convaincant. Et il faut aussi probablement être nombreux... Cela met au jour l'existence d'un danger imminent au sein du dit ministère. Dieu seul sait quelles convictions incongrues imprègnent l'intellect de ces "experts" et les "innovations" qu'ils nous préparent.

 

Les convictions anti-gaz de schiste de Madame Royal s'expriment encore lorsqu'elle parle de "cette pseudo-énergie fossile soi-disant bon marché". Il faut croire que la force de sa conviction l'empêche de voir la révolution en cours aux USA. Pourtant, les chiffres sont là : en 4 ans, la production de gas de schiste aux USA a augmenté la production totale américaine de gaz naturel de plus de 25 milliards de pieds cubiques (71 millions de m3)  par jour. Dans le même temps, le prix du gas naturel a pratiquement été divisé par deux. Décidément, Madame Royal ferait bien de se renseigner à partir de sources fiables pour éviter de sortir des énormités... Au moment de l'avant dernière campagne présidentielle, son conseiller scientifique s'appellait Bruno Rebelle, et c'était l'ancien responsable de Greenpeace France. Il est à craindre qu'elle ait fouillé dans le même panier pour trouver un conseiller du même acabit...

 

Dans le domaine automobile, Madame Royal essaye de faire preuve de bon sens : "Il faut en terminer avec les voitures Diesel : on continue à en fabriquer, et on parle de les taxer..." Eh oui Madame Royal : les voitures Diesel ont toujours un avantage majeur : elles consomment moins que les autres. Quant au problème des particules émises, il suffit tout simplement de les équiper de filtres convenables pour que la plupart des particules soit retenue et que le problème des particules soit éliminé. L'unique raison pour laquelle ces filtres ne sont pas obligatoires, c'est que les véhicules qui n'en sont pas équipés sont les véhicules anciens. Ainsi, s'il est effectivement avéré que les particules carbonées émises par les voitures Diesel non équipées de filtre conduisent à réduire l'espérance de vie de ceux qui les respirent, le fait de ne pas forcer immédiatement tous les possesseurs de ces voitures à s'équiper de filtres à particules efficaces  revient à ce qu'au nom de la justice sociale, les pauvres sont autorisés à abréger la vie de leurs concitoyens.

 

J'ai gardé la perle pour la fin : "Pourquoi il n'y aurait pas une petite voiture électrique bon marché franco-allemande qui pourrait conquérir le monde ? ". Ici, Madame Royal nous fait un condensé de toutes ses croyances électro-écolo-commerciales. La voiture électrique ne marche pas parce que la batterie qui permet une autonomie suffisante n'existe pas. Parce que les voitures électriques, c'est cher. Parce que le marché mondial des voitures s'est déplacé du coté de l'Asie. Et que tant que ces trois faits ne sont pas changés tous les trois, le projet est complètement utopique. 

 

(1) Les intitulés ronflants donnés aux ministères actuels m'interpellent. Pourquoi, d'ailleurs un Ministère de l'Ecologie ? Pourquoi pas un Ministère de la Géographie ou encore de la Minéralogie ? Ministère de la Protection de l'Environnement aurait été moins dithyrambique, mais plus adapté. Pourquoi également associer l'Energie et l'Ecologie ? L'Energie est un domaine très technique où les politiques n'ont rien à faire (Sinon des erreurs). On a d'ailleurs vu le résultat avec Madame Batho qui n'avait pour tout bagage scientifique que son bref séjour à SOS Racisme ce qui est un peu maigre pour pouvoir discuter avec le PDG de Total par exemple....

(2) Alex Hesz et Bambos Neophytou - Ecologie Culpabilisez et payez ! www.musicbooks.fr