Les habits neufs de lEmpereur

Vous croyez que j'exagère ? lisez cet article.

Qui n'a pas frémi au récit des évènements qui secouèrent Salem Village aux USA à la fin du 17ème siècle ? Toutes les horreurs humaines sont dans ce récit. Quelques exemples : la mise en accusation d'une fillette de 4 ans, la condamnation à une peine forte et dure d'un fermier, Gilles Corey, et la mise à mort par pendaison d'une vingtaine de personnes.  Toutes étaient accusées de pratiquer la sorcellerie par des personnes soumises à une forte inquiétude. Et d'après les analyses modernes, c'est cette inquiétude qui a provoqué ce comportement irrationnel autant qu'horrible.

L'histoire a été racontée aux USA par Artur Miller dans la pièce "Les Sorcières de Salem" et chez nous dans un film éponyme dont le scénario a été écrit par Jean-Paul Sartre et qui a été immortalisé par le talent du couple Simone Signoret -Yves Montand.

Il est connu que la peur est mauvaise conseillère. Les décisions prises sous le coup de ce genre d'émotion sont souvent désastreuses parce que leurs conséquences ne sont pas analysées comme elles devraient l'être. Par ailleurs, le pouvoir mis entre les mains de personnes susceptibles de succomber à la peur risque de conduire à des excès qui peuvent être très graves. Ainsi, sous l'emprise probable d'une inquiétude provoquée par des conseillers malhonnêtes ou exaltés , plusieurs personnages américains apparemment respectables à qui on a confié des pouvoirs importants aux USA envisagent de poursuivre en justice une certain groupe de personnes, au motif de leurs convictions... L'affaire apparaît surprenante dans un pays de vieille tradition judiciaire britannique. L'article suivant, écrit par Hans von Spakovskyune autorité dans le domaine du Droit et de la Justice replace l'affaire dans son contexte national avec le respect inébranlable qu'ont un certain nombre d'américains dans le fait que la force doit rester à la loi et que tous les gouvernements sont dangereux si on les laisse faire... 

La Procureur Général des Etats Unis Loretta Lynch envisage de poursuivre en justice les "négationnistes du changement climatique"

par Hans von Spakovsky - 11 mars 2016

Voici une nouvelle qui pourrait choquer et mettre en colère les Américains : la Procureur Général des Etats-Unis  (l'équivalent de la Ministre de la Justice en France ndlt) Loretta Lynch a déclaré

La Procureur Général des Etats Unis Loretta Lynch

mercredi dernier au Comité Judiciaire du Sénat (Commission Sénatoriale de la Justice) qu'elle avait avait non seulement discuté en interne de la possibilité d'engager des actions en justice contre les dénommés "négationnistes du changement climatique" mais aussi "demandé au FBI de considérer si le cas rassemblait les critères permettant d'acter en justice".

Lynch répondait à une question du Sénateur Démocrate Sheldon Whitehouse qui lui avait demandé avec insistance de poursuivre ceux qui "prétendent que la science du danger des émissions de carbone n'est pas entièrement établie", et particulièrement les représentants de "l'industrie des énergies fossiles" qui avaient apparemment construit un "appareil de négationnisme climatique". Lynch suit apparemment la démarche du Procureur Général de Californie Kamala Harris ainsi que celle du Procureur Général de l'Etat de New-York Eric Schneiderman. Ces deux derniers Procureurs Généraux ont en effet entamé des investigations au sujet d'ExxonMobil pour avoir présumément menti au public et à ses actionnaires en ce qui concerne le changement climatique.

Aucun des hauts fonctionnaires impliqués dans cet abus de pouvoir judiciaire du gouvernement ne reconnaît le coté scandaleux de ce qu'ils sont en train de faire ou qu'ils demandent de faire au FBI ou au Département (Ministère) de la Justice. Ils veulent en effet lancer des investigations et poursuivre des sociétés ou des personnes pour leurs opinions concernant une théorie scientifique non prouvée pour laquelle il n'y a pas de consensus en dépit des allégations du contraire.

Cette attitude représente un coup sérieux contre la libre circulation des idées et le vigoureux débat sur des questions scientifiques qui constitue la marque des sociétés technologiques avancées comme la nôtre. C'est aussi une violation du Premier Amendement. Est-ce que les investigations du FBI inclueront de pourchasser les scientifiques dissidents qui publient des articles ou donnent des conférences remettant en question l'hypothèse du changement climatique mondial ?

Est-ce que les législateurs qui instaurent le blasphème consistant à refuser de reconnaître une théorie scientifique comme un fait et qui font passer une loi pour réduire les émissions de carbone seront eux aussi soumis à investigation ?


Hans von Spakovsky
Hans von Spakovsky

L'absurdité de la chose ferait rire si ce n'était pas aussi sérieux et aussi dangereux. L'idée même que le FBI, l'agence américaine la plus puissante pour faire respecter la loi a reçu l'instruction du Procureur Général des Etats Unis de lancer des investigations pour savoir si les gens qui ne sont pas d'accord avec la théorie du changement climatique réunissent les "critères légaux pour lesquels" le Département de la Justice "pourrait poursuivre en justice" fait penser à la nouvelle effrayante de Franz Kafka "Le Procès".

Comme je l'ai noté auparavant, c'est aussi une réminiscence de la vieille Union Soviétique dans laquelle Joseph Staline a persécuté ceux dont il pensait qu'ils avaient des vues scientifiques "inexactes"


dans des domaines variés tels la linguistique ou la physique. Lynch et Whitehouse devraient relire le roman d'Alexandre Soljenitsyne "Le Premier Cercle" dans lequel il décrit l'élimination par le gouvernement soviétique des scientifiques et ingénieurs dissidents.

Ou peut-être encore la Procureur Général Lynch pourrait revoir la persécution par l'Inquisition de Galileo Galilée pour avoir mis en question le consensus de son temps et avoir défendu la théorie copernicienne de l'univers.

Les Procureurs réfléchis et objectifs ne devraient pas s'interesser à lancer des investigations ou des poursuites au sujet d'une théorie scientifique qui fait l'objet d'un grand débat. Ce que Lynch aurait dû dire à Whitehouse, c'est que le rôle du Département de la Justice américain (et du FBI) est de faire impartialement respecter la loi aux Etats-Unis de façon dépassionnée et non idéologique fondée sur les faits et pas de lancer des investigations sur ceux qui soutiennent des points de vues divergents concernant des controverses scientifiques. 

Le fait qu'elle ne l'ait pas fait, mais qu'au contraire elle ait lancé le FBI sur cette affaire devrait interpeller tous ceux qui croient en la force de la loi et qui craignent le pouvoir débridé du gouvernement.

Article paru dans The Daily Signal.