Les habits neufs de lEmpereur

Et les médias applaudissent !

En novembre dernier (2014) les médias nationaux ont particulièrement applaudi à propos d'un accord entre les USA et la Chine portant sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Cet accord a été même qualifiée d'accord historique par Barack Obama ou encore de très important par le Ministre des affaires étrangères français. Voici le résumé de cet accord :

"La Chine, pays qui produit le plus de gaz polluants, s'est fixée l'objectif d'un pic de ses émissions de gaz à effet de serre « autour de 2030 », avec l'intention « d'essayer d'y arriver plus tôt », a annoncé la Maison Blanche. C'est la première fois que Pékin s'engage sur l'année à partir de laquelle la courbe s'inversera. De leur côté, les Etats-Unis promettent une réduction de 26 à 28 % de leurs émissions d'ici à 2025 par rapport à 2005".

Ce que ces médias se sont efforcés de faire prendre pour une grande avancée climatique n'est au contraire que l'affirmation :

  • que les Chinois ne croient pas à l'influence dangereuse du CO2 atmosphérique sur la température de surface du Globe. En réalité, leur position consiste à confirmer qu'ils se donnent seize années pour changer éventuellement d'avis, mais que pour le moment, ils ne sont pas convaincus... 
  • que les Américains, qui prévoient le remplacement progressif du charbon par le gaz de schiste ce qui leur permettra de dégager moins de CO2 tout en continuant à utiliser autant d'énergie, ont réussi à faire passer leur évolution énergétique prévue pour une décision résultant d'une longue et difficile négociation. 

Il semble en effet évident que si les dirigeants chinois étaient convaincus de l'urgence climatique, ils arrêteraient aussitôt leur course à l'émission de CO2. En effet, contrairement à la plupart des pays de l'Ouest, il leur suffit d'une décision centrale pour que les actions se mettent en place avec l'ampleur désirée. Les Occidentaux, au contraire, doivent faire face en permanence à une opposition avec laquelle il faut composer et trouver des solutions de compromis.

Pour ce qui concerne le coté américain, voici ce que disait Wikipedia bien avant l'annonce de l'accord entre la Chine et les USA à propos des émissions de gaz à effet de serre par les USA : "The United States' greenhouse gas (GHG) emissions 2012 projections for 2030 by the Department of Energy have dropped 28 percent from its 2007 projections regarding the U.S. energy industry, due to the recession and the hydraulic fracturing boom (natural gas) that has reduced the release of carbon dioxide into the Earth's atmosphere". Les projections 2012 des émissions de gaz à effet de serre par les Etats -Unis pour 2030 ont baissé de 28 % par rapport aux projections de 2007 concernant l'industrie américaine de l'énergie à cause de la récession, et du boom de la fracturation hydraulique (gaz naturel) qui a réduit les émissions de CO2 dans l'atmosphère.

Il n'y a donc rien de nouveau du coté d'Obama : l'effort prétendu résultant d'une négociation avec les Chinois était déjà prévu dans le plan. Barack Obama croit-il que les Chinois ne lisent pas Wikipedia ? Estimons plutôt que le prétendu "accord" n'est qu'un communiqué de presse commun destiné à satisfaire la curiosité des médias, émis dans le cadre de la farce climatique qui se perpétue après les conférences aussi historiques qu'inutiles de Copenhague, Lima, etc...

La Chine et les USA représentent actuellement les deux plus grands émetteurs de CO2 ou de gaz à effet de serre en général de la planète. Mais, essayons de nous placer en 2030 ou 2035. A cette date, les pays émergeants auront certainement accompli une partie significative de leur chemin vers le développement, et si les émissions de CO2 par habitants n'atteignent pas encore à ces dates le niveau des pays développés, n'oublions pas que la quantité totale de CO2 émise dans l'atmosphère est égale au produit  :

Niveau d'émission par habitant  x  nombre d'habitants

Cette évidence semble avoir échappé à la plupart des commentateurs qui font preuve d'une myopie excessive en se concentrant sur le chiffre total des émissions mais en oubliant la croissance du niveau d'émission par habitant qui sera évidemment déterminante dans un futur proche, et qui changera complètement la donne internationale avant 2030.  En effet, les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) et pas seulement la seule Chine se développeront fortement et leurs émissions de CO2 augmenteront parallèlement, ce qui fera qu'ils représenteront de loin les premiers émetteurs, l'importance de la Chine, de l'Europe et des USA diminuant relativement.

Ce manque de vision à moyen et long terme caractérise d'ailleurs les productions des prévisionistes. Voici un autre exemple de la myopie caractéristique de ces productions. Le Club de Rome, organisation respectable unanimement citée et admirée, spécialement par les personnes à tendance écolo, a produit, dans son étude iconique des années 1970 le graphique ci-contre :

(J'ai coloré les différentes zones pour rendre le graphique plus lisible,

Prévisions Club de Rome

 mais la partie noire du dessin  est une photocopie de la page 141 du 2e rapport au Club de Rome). En abscisse figurent les années de 1970 à 2025. En ordonnées, le Club a figuré les différentes formes d'énergies telles qu'il les imaginait en 1970 pour les (nombreuses) années à venir. L'unité d'énergie est la tonne métrique équivalente de charbon. Le résultat est un graphique qui représente l'évolution de la consommation des différentes énergies aux USA sous la forme de zones dont la hauteur pour une certaine date représente la consommation annuelle de cette énergie. La verticale AJ se décompose ainsi en segments AB, BC, CD etc. dont la longueur représente la consommation du type d'énergie mentionnée pour l'année 2015 (ou 2014 lorsque les statistiques 2015 n'étaient pas encore disponibles).

Il faut tout de suite noter le coté surréaliste de ce graphique. En effet, si l'on compare ces prévisions avec la réalité, on constate que le Club de Rome s'est totalement trompé sur toute la ligne en ce qui concerne le futur de l'énergie tel qu'on pouvait l'imaginer en 1970. Observons plutôt : (L'unité d'énergie est le million de tonnes d'équivalent charbon).

Consommation d'énergie par les USA en 2015

(prévisions de la EIA)

Prévu Réel erreur (%)
 Nucléaire 4,86 0,292 1 564 %
 Pétrole 0,92 1,30 -29 %
 Hydraulique 0,22 0,092 139 %
 Geothermie 0,24 0,02 1 100 %
 Charbon 1,84 0,65 183 %
 Gaz 0 0,98 na

Le seul poste où le Club de Rome ne se trompe que de 29 % est le poste "consommation de pétrole". Le Club de Rome s'est spécialement trompé dans ses prévisions en ce qui concerne l'exploitation du gaz aux USA. Il "prévoyait en effet sa totale disparition vers 2010. C'est, au contraire aujourd'hui la première source d'énergie américaine. Comme disait Pierre Dac, la prévision est un art difficile, surtout quand elle concerne l'avenir !

Pour en revenir à l"accord historique sino-américain", j'ai eu la curiosité d'aller voir les dernières prévisions de l'EIA 1 sur leur nouveau site (béta) pour ce qui concerne les émissions de CO2.

Je suis tombé sur le graphique suivant, que je me permet de faire figurer en grand, car il vaut son pesant de gaz carbonique : CO2 USA 2005 2025

Ce graphique (http://www.eia.gov/forecasts/aeo/section_carbon.cfm) montre l'évolution des émissions de CO2 prévue par les USA. (courbe noire). Remarquons que celles-ci sont passées par deux maxima, l'un en 2005 et l'autre en 2007 (courbe noire). Cette courbe noire se prolonge jusqu'en 2040. Elle représente les émissions de CO2 par les USA auxquelles il faut s'attendre s'il n'y a pas d'évènement significativement modifiants :

  • Pas de croissance économique excessive (sinon : courbe rouge)
  • Pas de croissance économique faible (sinon : courbe verte)
  • Pas de nouvelle grande découverte d'hydrocarbures fossiles (sinon : courbe violette)
  • Pas de chute des cours du pétrole (sinon : courbe bleue)
  • Pas d'envolée des cours du pétrole (sinon : courbe orange)

Reprenant l'engagement d'Obama, j'ai eu la surprise de constater que la production de CO2 en 2005 était de 5 999,14 millions de tonnes et qu'elle était prévue de passer à 5 511,22 millions de tonnes en 2025 ce qui constitue une diminution de seulement  8,13 % !

Où sont donc passés les 18 à 20 % manquant pour arriver à la promesse de Barack Obama sachant que les Présidents des Etats-Unis ne mentent jamais sous peine de destitution ?

La réponse, je l'ai trouvée dans d'autres statistiques américaines,  le Census qui est un peu en Amérique ce qu'est l'INSEE en France (sauf la gratuité du Census) :

Les prévisions démographiques américaines peuvent se résumer sur le graphique ci-contre : on y constate que la croissance de la population américaine est à peu près exactement linéaire entre deux années séparées de 10 ans ou moins. On peut donc en déduire une valeur approximative de ce nombre d'habitants pour une année donnée.

On obtient :

  • 2005 : 305 millions d'habitants
  • 2025 : 357 millions d'habitants

La voila l'explication de la promesse d'Obama ! en effet :

  • émissions de CO2 en 2005 = 5 999 /305 = 19,7 tonnes de CO2 par habitant
  • émissions de CO2 en 2025 = 5 511/357 = 15,4 tonnes de CO2 par habitant

19,7-15,4 = 4,3     4,3/15.4 = 27.8 %

Nous sommes bien dans la fourchette indiquée par Barack Obama (26 à 28 %) qui n'a donc pas menti...

Si quelque personne de bonne volonté avait des doutes sur ce que d'aucuns appellent la farce climatique, j'ose espérer que ces doutes se sont transformés en certitude après avoir lu le présent article.

Lorsque l'on a constaté que les deux plus grands émetteurs de CO2 de la planète ont décidé de faire comme d'habitude et en fin de compte de ne rien changer à leurs plans en ce qui concerne leurs émissions de CO2, il apparaît beaucoup plus productif de travailler à une adaptation éventuelle de notre économie au changement de température de la planète (tout à fait hypothétique par ailleurs) plutôt que de poursuivre un objectif de réduction des émissions de CO2 objectivement inatteignable.

Cette attitude a l'avantage du pragmatisme : s'il faut dépenser, plutôt que de le faire dans une action hypothétique et dans laquelle notre contribution ne peut être que négligeable (la France produit environ 1 % de tout le CO2 produit dans le monde) voyons d'abord quelles sont les adaptations possibles à un réchauffement (d'ailleurs hypothétique) et mettons les en œuvre chez nous.

Les personnes, et en particulier les politiques qui vous engagent à réduire vos émissions de CO2 sont des menteurs. Vos efforts éventuels ne serviront strictement à rien en raison du fait que les pays émetteurs qui pourraient éventuellement faire changer l'évolution du taux de CO2 atmosphérique ont annoncé publiquement qu'ils ne le feraient pas.

La France est, au titre des émissions de CO2 par tête d'habitant exemplaire puisque le taux français d'émission par tête d'habitant est d'environ 6 tonnes, soit trois fois moins que celui des USA. Cette situation est obtenue par le fait qu'environ 75 % de l'électricité produite chez nous l'est par le nucléaire qui ne produit pas de CO2. La France n'a pas à dépenser des sommes faramineuses pour atteindre un objectif qu'elle a déjà largement dépassé avant toutes les autres nations développées. Les politiques qui voudraient nous engager dans cette voie ruineuse n'ont qu'un objectif : il espèrent en tirer un avantage personnel. N'entrons pas dans leur jeu.


(1) EIA : Energy Information Administration (USA)