Les habits neufs de lEmpereur

Un concept classique et évident que l'on retrouve dans la bouche de tous nos politiques. Evident ? Vraiment ?

Il va probablement sembler à un certain nombre de personnes ayant quelques notions d'économie que cet article est une succession de portes ouvertes enfoncées. En effet, la "croissance verte" est, pour ces gens-là, une chimère tellement évidente que cela ne vaut pas la peine de le démontrer. Cependant, pour un certain nombre d'autres personnes, La "croissance verte" est l'un des cadeaux que doit faire aux nations qui en prendront le chemin, l'écologie responsable.

La "croissance" faut-il le préciser, est une croissance économique c'est à dire l'augmentation du Produit Intérieur Brut (PIB) d'une nation. Précisons aussi que le "produit intérieur" est la somme des valeurs ajoutées facturées pendant une période de temps donnée (1 an). La "croissance verte" est celle qui est apportée par les activités qui concernent l'environnement en général et le développement dit "durable" en particulier.

La mesure exacte de l'accroissement du PIB d'un pays donné afin d'établir la valeur de la croissance verte bute sur deux problèmes assez fondamentaux :

Le premier problème vient du choix et de l'évaluation des richesses produites. Un calcul purement comptable du PIB, comme il est fait en France possède l'inconvénient majeur d'additionner, en même temps que la valeur des récoltes vendues ou celle des cannes à pêche qui sont des "richesses" incontestables,  la valeur des factures de réparation à la suite d'un accident routier ou d'une catastrophe civile par exemple, sans tenir compte de la valeur des objets détruits ou perdus au cours de cet accident ou de cette catastrophe. Ainsi, l'ouragan Katrina a donné un coup de pouce sérieux au PIB de la Louisiane, ce qui est manifestement une anomalie.

 L'ouragan Katrina a donné un coup de pouce sérieux au PIB de la Louisiane, ce qui est manifestement une anomalie.

Les valeurs de certains objets comme les objets d'art sont exclues du PIB. C'est le résultat de la prudence comptable bien connue ; les valeurs sont trop fluctuantes... Il est pourtant certain que les oeuvres d'art sont achetées avec le même argent que celui qui constitue un salaire. Leur exclusion est donc bien une anomalie.

Certaines activités fort lucratives comme celles liées à la drogue ou à la prostitution sont également exclues du calcul du PIB en France. La raison en est qu'on ne connaît pas la valeur exacte des échanges dans ce domaine. Elles sont au contraire estimées aussi précisément que possible au Royaume Uni ou aux Pays Bas et prises en compte dans le calcul du PIB au motif que ce sont des créations bien réelles de richesses qui utilisent de l'argent librement (?) échangé contre des services.

De même, les défenseurs de l'environnement et du développement durable critiquent, à mon avis avec raison, le produit intérieur brut comme mesure de la "production de richesse". Leur motif principal d'opposition est, en réalité, que les politiques ont tendance à considérer l'accroissement du PIB comme une bonne chose dans la mesure où celle-ci reflète à peu près la croissance de la richesse nationale. Certains vont jusqu'à considérer cet accroissement comme celui du bonheur des peuples alors que manifestement cela n'est pas le cas.

On pourra toujours considérer que la croissance "verte" échappe à ces problèmes dans la mesure où les activités concernant l'environnement ou le développement durable ne concernent pas directement les produits cités. Directement, certainement pas. Cependant, l'argent engendré par ces activités se retrouve en partie dans des dépenses concernant directement l'environnement. Et ces dépenses n'auraient pas eu lieu sans cette source de financement pour un parrain de la drogue par exemple. Limiter le décompte de certaines activités pour des raisons morales introduit donc un biais dans le calcul.

L'autre problème est lié au financement réel de la "croissance verte".  L'argument universellement employé pour justifier la "croissance verte", c'est que celle-ci crée des emplois. Et il est vrai que l'installation de panneaux solaires sur toutes les surfaces qui voient plus ou moins le ciel emploie au moins temporairement une main d'oeuvre qui , autrement, resterait au chômage. Mais il faut aller un peu plus loin dans le raisonnement : cette main d'œuvre doit être payée, et elle l'est, indirectement mais réellement, par le consommateur d'électricité qui constate que sa facture d'énergie comporte un poste spécifique supplémentaire. Elle l'est aussi plus généralement par le contribuable par l'intermédiaire des subventions généreuses accordées aux installations  nouvelles de production d'énergie renouvelable. Et globalement, on peut observer que la "croissance verte" n'est qu'une façon de nommer des dépenses nouvelles. Ainsi, la "croissance verte" résultant de l'obligation, pour les investisseurs immobiliers, de respecter des règles d'isolation draconiennes (RT2012) qui conduisent à un surcoût important si elle conduit à terme à des économies de chauffage, montre clairement son caractère non rentable par l'existence de nombreuses subventions incitatives : si le futur propriétaire n'était pas obligé par la contrainte de respecter les normes d'isolation, il ne le ferait sans doute pas et cette "croissance verte" n'existerait pas, preuve de son caractère purement artificiel.

Il faut bien comprendre, d'ailleurs, que toutes les activités "vertes" qui sont créées artificiellement, c'est à dire sur la base de subventions sont finalement payées avec l'argent du contribuable qui, de ce fait, ne peut plus dépenser dans d'autres domaines. Et la diminution de l'activité de ces autres domaines conduit mathématiquement à créer du chômage. 

 L'abaissement des coûts d'accès aux biens et aux services crée de la croissance. Leur augmentation crée du chômage.

Il n'en irait pas de même bien sûr si un inventeur génial découvrait un moyen de produirepar exemple de l'électricité à un coût inférieur aux meilleurs coûts actuels : dans ce cas, le consommateur verrait son pouvoir d'achat augmenter et pourrait s'offrir des biens et services supplémentaires, ce qui créerait véritablement du PIB et des emplois.

Nous n'en sommes malheureusement pas là, et malgré les promesses cent fois répétées des responsables politiques, la fabrication de l'électricité par des moyens "renouvelables" solaires ou éoliens revient toujours bien plus cher que par des moyens conventionnels. Il s'ensuit que le consommateur consacre une fraction de son pouvoir d'achat à l'achat, imposé, d'électricité "verte", fraction qu'il doit retrancher de ses dépenses habituelles. Ces non-dépenses sont autant de salaires qui ne sont pas versés.

D'une façon générale, l'abaissement des coûts d'accès aux biens et aux services crée de l'activité et donc de la croissance. tandis que leur augmentation crée du chômage. Si ce simple principe facile à démontrer était appliqué, on verrait disparaître instantanément ou presque toute une série d'"innovations vertes" généreusement subventionnées avec l'argent du contribuable, dont la principale caractéristique est qu'elles enrichissent leur astucieux inventeur au détriment de l'ensemble des autres citoyens.

L'évidence n'a pas empêché L'Espagne, Le Danemark et l'Allemagne de se précipiter vers ces investissements "verts" avec, pour chacun, un retour complètement négatif, en ce qui concerne, en particulier , le prix de l'électricité. L'augmentation du prix de l'énergie dans ces pays représente une perte importante de pouvoir d'achat de leurs citoyens. Le résultat final est, par contre, qu'aucun de ces trois pays n'a vu sa production de gaz à effet de serre baisser significativement, alors que c'était l'objectif clairement affiché au départ, mais probablement oublié en cours de route...,  

Note 1 du 19 septembre 2014

Plusieurs internautes m'ayant fait remarqué que l'image terminant cet article provenait du journal "La décroissance", numéro 81 de juillet-août 2011, je me vois dans l'obligation de la retirer, et je la remplace par le complément ci-dessous :

La croissance verte a été et reste encore une occasion, pour certains entrepreneurs et certains politiques de gagner de l'argent et/ou de jouer, dans l'affaire du coche le rôle de la mouche. (Que ne feraient pas certains politiques connu(e)s pour que l'on parle d'eux !). En fait, un raisonnement simple consistant à examiner le circuit complet de l'argent, montre que les chiffres d'affaires engendrés par les activités supplémentaires vertes, sont, en réalité constituées de dépenses contraintes et donc artificielles. Ainsi, si l'on compare d'une part la situation résultant par exemple de la production d'électricité éolienne, ayant entraîné un chiffre d'affaires global (fabrication, installation, entretien et exploitation sur 20 ans) A, et d'autre part la même production d'électricité par une méthode conventionnelle au gaz naturel ayant entraîné un chiffre d'affaires global B, on sait que A est nettement plus grand que B. On pourrait être tenté de considérer que la différence C (= A - B) constitue un supplément de PIB intéressant. Or, en réalité, c'est le consommateur qui a intégralement payé cette différence, soit par le prix d'achat de l'électricité soit par les impôts correspondant aux subventions attribuées au projet éolien. Si ce supplément lui avait été laissé, on est en droit de supposer qu'il l'aurait utilisé ailleurs, engendrant ainsi exactement le même supplément de PIB, mais, cette fois, non contraint. Il y a donc une différence fondamentale entre les deux façons d'employer l'argent du citoyen : dans le premier cas, le citoyen a obtenu de l'électricité à utiliser à sa convenance, et le PIB a été augmenté. Dans le deuxième, il a obtenu la même quantité d'électricité, plus un supplément d'argent à dépenser également à sa convenance, et le PIB a été augmenté exactement du même montant. Le supplément d'argent, ou pouvoir d'achat supplémentaire est bien un plus pour le citoyen. (Je n'irai pas jusqu'à prétendre que le citoyen est plus heureux. Je laisse à chacun le choix de cette conclusion).