Porosimètre
Porosimètre automatique à mercure Quantachrome

Un "nouveau" terme fait fureur aujourd'hui dans les médias, dans la bouche des commentateurs et des politiques : c'est le terme "porosité".

La porosité, pour ces personnes généralement ravies d'utiliser ce mot "nouveau" signifie, en gros : "faculté, pour une organisation ou une personne de se laisser pénétrer par les personnes (pour une organisation) ou par les idées d'une organisation voisine". Et de gloser à l'envi sur la porosité de tel ou tel homme politique aux idées de tel ou tel parti.

Certains, d'ailleurs, n'hésitant pas à élargir le concept, parlent de la porosité existant entre l'ex parti socialiste, par exemple, et les émules de Mélenchon. Comme si la porosité était devenue une sorte de matière plus ou moins spongieuse située entre deux entités, et favorisant le contact et l'interpénétration entre les deux éléments... 

En réalité, la porosité a un sens très précis en physique. Et ce sens n'est pas du tout celui que nos commentateurs ont inventé. 

On parle de porosité, pour un objet solide, lorsque celui-ci comporte des pores (nom masculin), c'est à dire des poches vides plus ou moins grandes. La porosité d'un objet s'exprime, en général, par le rapport entre le volume des pores et le volume total de l'objet. La porosité d'un milieu (mousse, terrain, solide en général) s'exprime par le même rapport, mais pour un volume unitaire du milieu. C'est donc une grandeur sans dimension. (Pour une explication de ce terme, ne cherchez pas "grandeur sans dimension" sur Wikipédia : vous risqueriez une bonne migraine. Lisez plutôt la note (1).

Mais nous voici au cœur du sujet : en effet, les pores peuvent être ouverts, ou fermés

S'ils sont ouverts, c'est à dire s'ils communiquent entre eux, un liquide peut pénétrer le solide poreux, l'imprégner et le traverser. Dans ce cas, l'analogie physique est acceptable, et la porosité de ce corps particulier rejoint le sens donné au mot par nos commentateurs. Mais si les pores sont fermés, le solide poreux est complètement imperméable et l'analogie n'est évidemment plus acceptable. 

Exemples de solide à pores ouverts : une éponge. Un terrain sableux. Un morceau de sucre. Du papier.

Exemple de solide à pores fermés : un matelas en mousse. 

Comment donc exprimer la propriété d'un corps qui peut se laisser imprégner comme une éponge ? La science a un mot très précis pour cela : c'est la perméabilité qui exprime, très exactement, la faculté d'un corps (poreux) à se laisser traverser par un liquide.2. Malheureusement, nos commentateurs ignoraient cette propriété et ils utilisent à tort par mimétisme et souci de paraître à la mode le nom d'une propriété qui désigne autre chose...

Pourtant, ces mêmes personnes parlent facilement de l'imperméabilité de certains aux idées de certains autres. Et de l'imperméabilité à la perméabilité, il n'y a qu'un pas...3

 

(1) Les grandeurs physiques se mesurent au moyen d'une unité : le mètre, l'ampère, la seconde ou le kilogramme sont des unités. Ces unités mesurent des dimensions (par extension de la notion de dimension à toutes les propriétés mesurables).  Certaines unités sont une combinaison de plusieurs unités de base. Par exemple, la vitesse peut se mesurer en mètres par seconde. L'accélération peut se mesurer en mètre/seconde par seconde. La puissance électrique peut se mesurer en kilowattheure. On peut définir ce qu'on appelle l'équation aux dimensions d'une grandeur physique en factorisant son unité. Par exemple, l'unité d'accélération peut s'écrire : 
(m/s)/s {(mètre par seconde) par seconde} ou encore m/s => L.T-2 (L =  Longueur,  T = Temps)
 L.T-2 s'appelle l'équation aux dimensions de l'accélération. 
Parfois, l'équation aux dimensions d'une grandeur se réduit à 1. On dit que la grandeur mesurée est adimensionnelle ou sans dimension. C'est le cas de la grandeur représentant le nombre d'éléments d'un ensemble (count en anglais). C'est le cas d'une grandeur comme la pente d'une route par exemple qui peut se mesurer en mètres verticaux parcourus par mètre parcourus (m/m = 1). C'est aussi le cas de la densité d'un corps qui se mesure en masse volumique (kg par mètre cube) par rapport à la masse volumique de l'eau par exemple :
(kg/m3)/(kg/m3 = 1
(2) Pour ceux qui ont lu la note (2) : la dimension de la perméabilité est celle d'une surface (L2).
(3) Car l'imperméabilité n'est pas la perméabilité. (cqfd)

Commentaires   

# Pierre Moulliet 02-11-2017 19:38
Pierre-Ernest
Le rappel des notions des Equations aux dimensions me fait poser une question qui me laisse perplexe depuis de nombreuses années: qu'en est-il de l'indice de masse corporel, dont on nous rebat les oreilles, mais qui me semble une aberration:
Comment peut-on prétendre comparer deux humains par l'IMC, dont l'équation aux dimensions est Poids/ Carré de la taille, alors que le poids est une notion de volume (L au cube) fois densité.... que l'on divise ensuite par L au carré.
Le résultat est donc une densité fois une longueur....
Deux personnes parfaitement homothétiques n'ont pas le même IMC......Curieux !!!
Amicalement
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