Les habits neufs de lEmpereur

Ou l'on voit le couple infernal Laurent - Ségolène exécuter leur stupéfiant numéro de comédiens dans la pièce "le bal des cocus". 

Reconnaissons-le : l'enjeu était de taille. Convaincre les représentants de 195 pays de limiter leurs émissions de CO2 assez pour que l'élévation de la température mondiale depuis 1850 ne dépasse pas deux degrés (alors qu'on en est déjà à un, mais ne l'ébruitons pas trop), il fallait le faire. 

Et, bien sûr, ça n'a pas marché, mais alors pas du tout. Et pourtant, nos comédiens ont proclamé, les larmes aux yeux, et tellement convaincants qu'on les aurait presque crus, la naissance spectaculaire autant qu'inattendue d'un accord historique exceptionnel : Tous les pays étaient d'accord pour limiter (comment ?) le réchauffement du monde à 2 degrés. Certains, plus royalistes que le roi, ont même proposé 1,5 degré...

Comme chacun le sait, l'augmentation du taux de CO2 dans l'atmosphère provoque l'augmentation de la température moyenne du globe par suite de l'effet de serre. C'est du moins ce qu'affirme le GIEC, et avec lui la grande majorité des chefs d'États et des médias occidentaux. Pour ce qui est des scientifiques, le consensus n'est peut-être pas aussi évident que l'on veut bien le dire... Dans la suite de cet article nous supposerons que la théorie du GIEC est et sera vérifiée par les faits. (Il est important de préciser notre point de départ).

L’opération devait se dérouler en deux temps :

  • Dans un premier temps, chacun des 195 pays a donc été invité à fournir l'estimation de ses émissions futures de CO2, étant supposé, mais supposé seulement, que les pays prendraient des mesures pour réduire autant que faire se peut, leurs émissions de CO2 (et des autres gaz à effet de serre), et celle du détail des mesures envisagées. À ce stade, aucun des pays n’était soumis à une contrainte quelconque autre que de fournir des chiffres. Aucune condition n'était demandée à ces pays autre que l'exposé de leur plan. La contribution de chaque pays est appelée la 'INDC' (Intended Nationally Determined Contribution), acronyme stupide qui aurait pu être remplacé par le mot bien plus simple "contribution". Mais tout le monde aurait alors compris, ce qui n'est pas forcément le but recherché par les fonctionnaires de l'ONU.
  • Dans un deuxième temps, il était prévu de faire la somme des contributions de chaque pays, année après année, ce qui devait permettre de déterminer, en mettant à l’œuvre les modèles climatiques, l’impact en 2100 de l’ensemble des contributions, sous la forme d’un réchauffement global avec, de nouveau, deux cas de figure :
  • Soit les contributions de chacun des pays auraient été telles que l’objectif des deux degrés était atteint : c’aurait été une grande victoire, et Laurent aurait pu y aller avec raison de sa petite larme.
  • Soit les deux degrés n’étaient pas atteints : il revenait alors aux autorités de la COP21 de demander à chacun des pays de revoir sa copie afin d’atteindre l’objectif fixé (deux degrés)

Malheureusement, il est apparu, et ce dès le mois d’octobre, que l’objectif ne serait pas atteint. En fait, les calculs effectués par plusieurs laboratoires du climat dans le monde ont donné une valeur du réchauffement de 2,7 degrés, bien loin des 1,5 ou 2,0 degrés recherchés.

Et c’est là qu’on voit appliquée, dans toute sa légèreté insupportable, la manœuvre politique. “Puisque l’objectif n’est pas atteint, changeons l’objectif ” se disent en chœur et en loucedé Ségolène et Laurent. “Et trouvons un objectif qui pourra être atteint à coup sûr. Trouvons un objectif consensuel, quelque-chose que tout le monde acceptera”.

Aussitôt dit, aussitôt fait :  “Demandons à tous et chacun s’il est d’accord sur un objectif de deux degrés. Chinois êtes-vous d’accord qu’il faut limiter le réchauffement climatique à deux degrés ?”

- Oui bien sûr.

- Représentants du Vanuatu, deux degrés ?

- Oui, mais il faudrait aussi ajouter… question niveau de la mer… etc.

-  Représentants de Russie, deux degrés ?

- Da, da

- etc.

Tout le monde est donc d’accord. On aurait pu demander aussi si les représentants des différents pays aimaient mieux le beau temps que la pluie, encore que certains représentants pouvaient avoir une opinion spéciale empêchant le consensus. Mais avec ce nouvel objectif, pas de problème. On est sûr que tout le monde sera d’accord pour accepter un objectif de deux degrés. Chacun pourra en effet se dire : on ne me demande pas de limiter mes émissions de CO2, mais seulement de déclarer que je suis pour la limitation à deux degrés. Je suis sûr(e) que les autres se limiteront pour atteindre l’objectif…

“C’est un accord historique…” dit Laurent, son marteau à la main. “C’est un petit marteau, mais c’est mon marteau je pense qu'il peut faire de grandes choses” Continue-t-il en essayant de lancer une parole historique (mais ça n’a pas marché).

Résumons-nous.Aucun accord sérieux n’a été atteint au Bourget, à la COP21. On a simplement constaté  que les pays du monde étaient seulement d'accord pour que les autres pays fassent des efforts suffisants pour conduire à limiter le réchauffement climatique global en 2100 à 2 degrés. Malgré cette évidence, deux professionnels de la politique voudraient faire croire au monde entier qu’ils ont réussi UN ACCORD HISTORIQUE. De qui se moque-ton ?

Le texte (en français) de l'accord.