Les habits neufs de lEmpereur

Article extrait du registre universel mondial d'histoire accessible à tous les humains - mis à jour en temps réel - année 2180

La politique énergétique des nations dites développées au début du vingt et unième siècle a été fortement influencée par des idées prônées par des partis politiques dits "verts" ou encore "écologistes" ou encore environnementalistes" . A cette époque, les humains impliqués dans les systèmes politiques étaient entièrement accaparés par le désir de rester au pouvoir, c'est à dire de pouvoir continuer à posséder le droit d'imposer leurs vues aux autres citoyens, éventuellement d'ailleurs par la force.  Ce droit exorbitant était le résultat du système politique en vigueur à cette époque.

Ce système était lui-même la conséquence des troubles qui avaient agité en permanence l'espèce humaine sur la planète pendant des millénaires. La raison principale de ces troubles était la recherche et l'acquisition permanente par tous les moyens pour une très grande majorité d'humains, des richesses nécessaires d'abord à leur survie, ensuite à leur condition sociale, c'est à dire au niveau que chaque individu estimait devoir occuper par rapport aux autres individus.

La situation a graduellement changé lorsque l'accès à des sources sûres et bon marché d'énergie a été garanti pour un nombre croissant d'individus pour arriver, au début du 23ème siècle, à s'étendre à tous les individus qui acceptaient les règles de conduite du système universel et qui s'engageaient individuellement à les respecter.

Au vingtième et au vingt et unième siècle, les décisions à long terme ne préoccupaient pas du tout les hommes et les femmes politiques. En outre, ces humains n'étaient en général , pas compétents dans les domaines scientifiques et techniques qui s'étaient progressivement complexifiés du fait de l'évolution de plus en plus rapide de la science et de la technologie. Ils étaient donc sous l'influence quasi absolue de conseillers qui, eux-mêmes, n'étaient en général arrivés à leur poste que parce qu'ils avaient su naviguer intelligemment dans le système, et pas du tout parce qu'ils jouissaient d'une expertise et d'une indépendance reconnues  (la désignation de conseillers experts et indépendants par le système universel de valeur n'a commencé qu'au début du vingt troisième siècle). Les conseillers des humains politiques étaient en général eux-mêmes des sympathisants ou adhérents du parti politique de la personne dont ils étaient les mentors.

Les grandes décisions d'orientation, qui concernaient tous les citoyens, étaient donc en définitive prise par une toute petite minorité d'individus dont les motivations étaient essentiellement de garder au parti politique auquel ils appartenaient l'influence nécessaire au maintient au pouvoir de ceux qui y étaient.

Cette situation a eu des conséquences importantes qui ont retardé pendant longtemps la stabilité et la prospérité qui étaient nécessaires pour la mise en place du système universel actuel. En effet, le maintient au pouvoir des hommes et des femmes politiques consistait à s'assurer des suffrages des électeurs (l'ensemble des citoyens d'une région donnée). Pour cela, il fallait donner l'impression que le parti politique était en mesure de faire se réaliser les rêves des électeurs.

La réalisation de cet objectif par les partis politiques affiliés aux partis cités en début de chapitre a été grandement facilité, vers la fin du vingtième siècle et au début du vingt et unième par l'utilisation d'un procédé fort astucieux : au lieu de s'efforcer de comprendre les rêves des électeurs, les personnes politiques ont compris qu'il était bien plus profitable de provoquer ces rêves. C'est donc ce que les partis politiques déjà cités ont réalisé avec un certain succès. Sous l'effet de vastes campagnes de propagande massivement menées au niveau mondial au moyen de tous les médias, les rêves des citoyens ont été orientés pour refléter les ambitions de ces partis ce qui a finalement amené au pouvoir dans les différentes régions du monde suffisamment de personnes pour orienter durablement les politiques et en particulier les politiques de l'énergie.

Au début du vingt et unième siècle, et pour les raisons indiquées, une partie importante des citoyens des pays riches étaient ainsi persuadée qu'il était important de consommer le moins d'énergie possible, non seulement pour faire des économies sur ce poste obligatoire, ce qui permet de dépenser ses ressources sur des postes choisis, ce qui est logique, mais encore pour des raisons plus oniriques et plus logiques du tout comme de "participer au sauvetage de la planète".

Le succès de ces campagnes de propagande amena donc à des prises de position, puis des décisions, planétaires : L'émission de gaz carbonique fut considéré progressivement comme une action nocive puis criminelle. Cette évolution psychologique apparaît aujourd'hui d'autant plus curieuse que les conséquences supposées des émissions de gaz carbonique comme l'augmentation des températures n'étaient en réalité pas du tout conformes aux modèles informatiques sensés les représenter. La pression médiatique était cependant si forte que cette évidence n'était pas prise en compte et même carrément niée. En conséquence, dans un certain nombre de pays riches, on vit apparaître et se développer des programmes étranges destinés par exemple à se prémunir contre la disparition, pourtant fort lointaine, des hydrocarbures fossiles. Des pays très avancés dans l'industrie nucléaire comme la France, au lieu de mettre en pratique cet avantage déterminant et se lancer dans l'exportation d'énergie, se mirent au contraire à développer des sources d'énergie très chères et peu efficaces à cause de leur caractère définitivement intermittent comme l'éolien ou le solaire. Le caractère autodestructeur de ces actions, aussi bizarre que cela peut apparaître aujourd'hui, n'était pas du tout perçu à cette époque, ce qui montre bien le pouvoir des médias sur les comportements des humains au vingt-et unième siècle.

Des programmes étranges firent leur apparition, reflétant évidemment les objectifs des partis verts : la transition énergétique appellée même quelquefois transition écologique fut un programme politique très à la mode qui associait le développement de programmes de production d'énergie électrique au moyen d'éoliennes, simples dérivés des moulins à vents longtemps utilisés pour la production de farine de blé avant le développement de l'industrie, ou encore de cellules photoélectriques montées en série, qui produisaient bien de l'électricité, mais uniquement lorsque le vent soufflait avec une force étroitement comprise entre un minimum et un maximum pour les éoliennes ou lorsque que le soleil brillait pour les cellules photoélectriques, c'est à dire le jour et avec un ciel sans nuage.  Cette production aléatoire d'électricité pouvait apparaître utile à condition qu'elle restât un simple appoint à une production stable, vaste et modifiable selon la demande. Évidemment, son caractère non fiable parce que complètement aléatoire est finalement apparu au grand jour lorsque certains pays qui voulaient se montrer encore plus vertueux que les autres ont multiplié le développement de ces moyens de production d'énergie au delà du raisonnable, et qu'ils ont du faire face à des blackouts énergétiques dont la durée de quelques heures au début a rapidement atteint plusieurs jours. Les troubles graves qui ont suivi ont conduit au remplacement, quelquefois brutaux, des politiques qui gouvernaient ces pays.

Il faut préciser que le programme politique qu'on avait appelé transition énergétique comportait des parties très insolites : il associait par exemple très curieusement deux objectifs bien distincts mais totalement étrangers l'un de l'autre et même contradictoires : d'une part, ce programme préconisait l'installation rapide des deux moyens de production électrique aléatoire déjà cités, au nom de la lutte contre les émissions de CO2. Mais d'autre part, le programme prévoyait l'abandon du seul procédé capable de produire de l'énergie à un coût raisonnable sans émettre de CO2 : l'énergie nucléaire. Cet aspect contradictoire aurait pourtant dû alerter les citoyens sur le caractère très artificiel de cette transition.

Le programme de la transition énergétique comportait une autre anomalie de taille : l'obsession des économies d'énergies était devenue telle que le programme faisait passer cette contrainte avant toutes les autres. Si l'on met à part l'aspect carrément outrageant pour certaines générations futures de ce type de mesure, générations situées après celles qui consommeront les dernières ressources, la priorité donnée à l'économie par rapport à la recherche de solutions nouvelles montrait clairement que les promoteurs de ces mesures ne croyaient pas au génie humain qui avait pourtant toujours réussi à résoudre les problèmes techniques même les plus difficiles.

Par ailleurs, ce programme comportait toute une série de contraintes réglementaires qui trouvaient leur justification dans la diminution des émissions de CO2 mais qui ont abouti, fort logiquement, à une récession économique grave. En effet, outre leurs conséquences directes sur les coûts, ces contraintes aboutirent au fait que les petites entreprises qui ne possédaient pas les services indispensables d'interprétations des règles nouvelles qui leur étaient imposées souffrirent beaucoup, et certaines disparurent ce qui entraîna un chômage de masse dans les pays à forte tendance bureaucratique qui avaient été particulièrement attentifs à créer des règles administratives de plus en plus étroites dans le but non avoué de maintenir une activité bureaucratique importante. Le problème ne put être résolu que lorsque l'on comprit enfin que la simplification administrative ne consistait pas à créer de nouvelles règles, mais à en supprimer. Dans ce domaine, également, la puissance bureaucratique s'opposa pendant très longtemps à la simplification réelle.

En outre, la justification de l'abandon du nucléaire, autre élément du programme de transition énergétique avait consisté, dans un premier temps, à développer chez les citoyens une peur panique de tout ce qui concernait l'énergie nucléaire. Cette peur était facile à entretenir dans la mesure où les rayonnements issus des matières radioactives sont par nature invisibles et qu'on peut donc leur attribuer des effets néfastes imaginaires très exagérés. Par ailleurs, plusieurs accidents dans des centrales nucléaires mal conçues avaient été montés en épingle. Les politiques en charge des pays concernés avaient fait prendre des mesures tout à fait disproportionnées par rapport aux dangers réellement courus par la population, pour se protéger de l'accusation de négligence. Cette propagande antinucléaire systématique et ces précautions démesurées ont finalement atteint au moins partiellement le but recherché par les partis politiques verts, et certains pays ont commencé à démonter leurs centrales nucléaires sous la poussée de l'opinion publique : le paradoxe est arrivé à son comble lorsque les blackouts énergétiques ont commencé : ces pays détruisaient petit à petit les seuls systèmes qui, bien que pouvant être qualifiés de très rudimentaires à l'époque étaient capables de résoudre la grave crise énergétique qui s'annonçait.

Enfin, bien que la circulation automobile ne représentât pas un poste très important d'émissions de CO2, les véhicules automobiles à combustion interne furent la cible privilégiée des partis politiques dits verts parce que ces partis, indépendamment de leur engagement dans la lutte contre les émissions de CO2, considéraient que les véhicules individuels représentés par les véhicules à combustion interne étaient l'image de l'individualisme qui s'opposait à leur vision collective de l'humanité, et qu'il fallait donc tout faire pour les éliminer. Des règles spécifiques furent donc édictées contre ces véhicules. Pour les remplacer dans leurs usages quasiment universels, les véhicules à moteur électrique furent fortement favorisés, certains politiques au pouvoir allèrent même jusqu'à prendre en charge en grande partie le prix d'achat de ces véhicules en se servant de l'argent collecté par ailleurs par la force auprès de certains citoyens. Ces deux pratiques évidemment condamnables (fausser l'établissement libre du prix et voler certains citoyens) persistèrent encore longtemps pendant le vingt et unième siècle. Il faut cependant préciser que ce type de comportement avait été de pratique courante pour les hommes ou les femmes politiques au pouvoir pendant des milliers d'années précédentes et se trouvait en quelque sorte justifié par les luttes permanentes qui opposaient les humains entre eux, que ce soit individuellement ou en groupes.

Au delà des programmes de transition qui concernaient essentiellement la politique interne des pays, la fin du vingtième siècle et la première moitié du vingt et unième siècle virent aussi apparaître et se développer à outrance une pléthore de conférences internationales au cours desquelles on vit discuter côte à côte des politiques qui comptaient sur l'aura internationale de ces manifestations pour redorer leur blason personnel ou encore pour se tailler à bon compte une stature internationale, et des représentants d'associations toutes plus ou moins impliquées dans ce qui s'appelait alors la "lutte contre le changement climatique". L'intitulé de ce mouvement, très ambitieux, montre aujourd'hui qu'il se fondait essentiellement sur une doxa, plutôt que sur des bases scientifiques bien définies, vérifiées par des observations incontestables et admises par tous. Les discussions engagées au cours de ces conférences se terminaient généralement par un fiasco complet car elles se fondaient sur des propositions totalement irréalistes. A cette époque, en effet, les personnes qui se faisaient appeler "négociateurs" pour les pays riches voulaient convaincre les pays pauvres de ne pas s'engager dans la consommation accélérée de carburants fossiles afin d'éviter d'augmenter la teneur en CO2 de l'atmosphère terrestre, ce qui signifiait clairement pour ces derniers de ne jamais pouvoir accéder au niveau de vie des pays riches et était donc parfaitement inacceptable. A ces propositions, les pays pauvres répondaient par une demande aux pays riches de fonds gigantesques permettant, sur la base d'un calcul de coin de table, de remplacer l'utilisation des carburants fossiles par les moyens décrits dans les programmes de transition énergétique. Or, cette transition apparaissait finalement dans les pays riches qui l'avaient tentée comme assez utopique car ayant négligé la prise en compte de problèmes importants. Aussi, sa mise en place hypothétique dans les pays pauvres était considérée, avec raison, comme parfaitement irréalisable. L'expérimentation en Europe de la transition énergétique avait montré qu'il n'était pas possible de produire plus de 50 % de l'électricité d'un pays par des moyens dits "renouvelables", sans faire appel à des centrales électriques dites de "backup" chargées de prendre le relais des moyens "renouvelables" défaillants par absence de vent ou de soleil. Cela montrait sans aucune ambiguité que la production d'électricité à 100 % renouvelable n'était simplement pas possible et les représentants des pays pauvres étaient irrités (avec raison) des propositions irréalistes des pays riches.

Heureusement pour les habitants de la planète, les hydrocarbures fossiles existaient toujours, même si leur extraction était devenue plus difficile et exigeait beaucoup plus de technologie qu'aux temps où il suffisait de forer un trou dans le sol à une certaine profondeur pour voir jaillir le pétrole qu'on a même qualifié à cette époque d'or noir. De plus, les sombres prophéties de certains scientifiques ne se réalisèrent pas : l'augmentation de la teneur en gaz carbonique de l'atmosphère terrestre était de plus en plus grande au fur et à mesure que les pays pauvres se développaient. Mais la croissance de la température, si elle restait réelle, était sans rapport avec ce qui avait été prévu et apparut avec de plus en plus d'évidence comme résultant du prolongement d'une tendance naturelle qui avait commencé bien avant l'âge de l'industrie. Les hydrocarbures fossiles ont finalement contribué à sauver une deuxième fois les habitants de la planète en leur apportant la solution au problème qu'ils avaient eux-même inventé : la production de CO2 n'est plus apparu comme un problème et les mêmes scientifiques qui prédisaient les pires catastrophes si on continuait à émettre ce gaz dans l'atmosphère se reconvertirent pour prêcher les avantages évidents de l'augmentation de sa concentration dans l'atmosphère : on expliqua de nouveau que la construction du squelette carboné des êtres vivants utilisait le CO2 de l'air et que celle-ci était évidemment favorisée si la concentration de ce gaz qualifié quelques années avant de satanique, augmentait...

Parti politique  Les partis politiques étaient des "réunions d'hommes qui professent la même doctrine politique" selon Benjamin Constant. Ces réunions cherchaient à influencer une politique gouvernementale, en nommant ses propres candidats et en tentant d'obtenir des mandats politiques. Les partis politiques ont progressivement disparu dans les différents pays avec la mise en place du système universel.

Suffrage. Avant l'époque de l'informatique (et aussi pendant un certain temps au début de cette époque) les citoyens étaient de temps en temps consultés pour désigner leurs représentants, ces derniers appartenant presque toujours aux partis politiques. On appelait "suffrage" ou "vote" ce mode de désignation.

Écologique. A la fin du vingtième siècle, un parti politique français dont l'argumentaire développait des idées consistant à protéger l'environnement ce qui était positif mais qui proposaient pour cela des solutions considérées aujourd'hui comme inacceptables ont choisi très bizarrement le mot "écologiste" pour se désigner eux-mêmes. Cette bizarrerie n'a pas d'équivalent dans l'histoire des partis politiques. Le qualificatif "écologique" resta pendant quelques dizaines d'années pour désigner un produit, une idée ou une action consistant à protéger (au moins dans l'intention) l'environnement.

Blackout énergétique. Phénomène qui se produit lorsque la demande en électricité dépasse l'offre. On assiste alors à des coupures d'électricité en cascade, et les systèmes n'arrivent plus à se reconnecter. La reconnection n'est possible que si la production d'électricité redevient supérieure à la consommation. Ce phénomène se produit lorsque un anticyclone (zone de pression élevée) s'établit au-dessus des terres, les vents cessant alors complètement pendant des périodes pouvant atteindre plusieurs semaines.