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La France est le pays le plus "nucléarisé" du monde.

La décision qui a abouti à ce fait en a été prise par un homme qui se moquait éperdument d'être ou non réélu, mais qui avait, par contre, un sens aigu des intérêts des Français à long terme : le Général de Gaulle.

Je doute fort qu'une telle décision aie pu être prise par un homme politique "classique", préoccupé par sa réélection. Et nous touchons là les limites un peu floues entre la démocratie et la démagogie. 

Le Général de Gaulle était un visionnaire. Quarante ans après, tout le monde est d'accord sur ce point. Cela n'empêche pas un certain nombre d'irresponsables de remettre en question, encore aujourd'hui, la production d'énergie par la voie nucléaire. 

Ne nous leurrons pas. Un certain nombre d'intérêts puissants sont en jeu, et beaucoup d'argent aussi. Je n'ai aucune preuve de la chose, mais on peut constater que certaines organisations à orientation anti-nucléaire paraissent très riches, et dotées de moyens importants. C'est pour cette raison que je pense que certains des intérêts puissants dont je parle peuvent financer ces organisations à leur avantage : l'investissement est faible par rapport au résultat. Compte tenu des quantités en jeu, une augmentation de quelques centimes sur le prix du pétrole brut ou du gaz peut rapporter presque instantanément un nombre impressionnant de millions ou de milliards. En effet, les attaques anti-nucléaires induisent immédiatement un accroissement de la demande sur le pétrole, et donc une augmentation de son prix.

Les organisations anti-nucléaires, (ou plutôt ceux qui les manipulent) ont compris depuis longtemps que pour arriver à leur fin, il fallait manipuler l'opinion pour agir sur les politiques, puisque nous sommes, Dieu merci, en démocratie. Or, depuis quelques dizaines d'années, et ceci grâce à une situation exceptionnelle qui fait qu'en Occident, toute une génération n'a maintenant plus connu aucune guerre, la peur irrationnelle est  maintenant devenue un levier d'action sur l'opinion, d'une importance considérable. Il était donc logique que ces organisations utilisent rationnellement cette peur irrationnelle, faite d'affirmations sans justification mais qui ont toutes comme point commun d'agiter le spectre de la maladie (cancer) et de la mort insidieuse parce qu'invisible.

Face à ces affirmations, les démentis scientifiques n'ont aucune prise, et chaque déclaration "officielle" ne fait qu'accentuer la pression irrationnelle : même les "non-déclarations" sont accusées : "s'ils ne disent rien, c'est qu'ils ont quelque chose à cacher".

Ainsi, on arrive, étape après étape, à monter le peuple contre une technologie qui, si elle est correctement utilisée, pourrait contribuer significativement à son bien être.  

Arguments contre le nucléaire

Leurs arguments sont simples, et même simplistes :

  1. L'indépendance énergétique, disent-ils, n'est pas assurée, car l'uranium provient surtout du Mali. - Ce à quoi on peut facilement répondre que le nucléaire permet de stocker plusieurs années et même dizaines d'années de combustible. Je doute que l'on puisse faire ça avec toute autre forme d'énergie. Dans ces conditions, la provenance du combustible prend une importance quasi nulle. Et d'ailleurs, le minerai d'uranium existe aussi en France.
  2. Le coût du nucléaire est fortement augmenté par le coût du démantèlement des centrales - Cette affirmation représente le type même de l'argument fallacieux. Certes, on a démantelé de nombreuses installations nucléaires dans le passé, pour des raisons diverses mais l'avenir ne présentera vraisemblablement pas le même tableau. En effet, la demande en énergie est prévue de s'accroitre de 1,5 à 2 % par an pour les années à venir, ce qui correspond à une augmentation d'environ 45 % pour 2030 (source). Compte tenu de l'augmentation prévisible des coûts d'extraction des hydrocarbures fossiles, on ne voit pas très bien ce qui pousserait des exploitants à démonter une centrale nucléaire pour l'installer ailleurs, et pour construire un supermarché à la place. Quand au renouvellement, celui-ci peut très bien se faire, comme pour les centrales hydrauliques par exemple, et comme la plupart des installations industrielles, par le remplacement progressif et continu de tous les éléments de la centrale. 
  3. Le nucléaire ne représente que quelques pour-cents des systèmes d'énergie dans le monde - en conséquence, le nucléaire ne peut pas représenter une solution d'avenir. Cette critique sous-entend en fait 2 arguments :
    • Si ce pourcentage est faible, c'est parce que peu de pays dans le monde font confiance à l'énergie nucléaire.
    • L'abandon du nucléaire ne pose pas de problème majeur car son importance relative est et restera faible.
    1. Le premier argument est tout à fait recevable ; néanmoins, on peut se demander si la crainte du nucléaire est justifiée ou non. En tous cas, elle n'est pas justifiée par le rapport nombre de victimes / puissance produite. C'est même le plus faible rapport de toutes les énergies existantes. L'idée du risque présenté par le nucléaire chez les populations, relayées par les politiques, est que celui-ci est très grand 1. Cette perception est, en outre, entretenue par des groupes de pression et des associations dont les motivations restent mystérieuses, bien que les intérêts des groupes producteurs d'énergie fossile apparaissent très nettement en filigrane derrière les actions de ces groupes.
    2. Le second argument est un argument de circonstance qui peut très bien se renverser le jour où le spectre de la pénurie se fera sentir. On peut espérer qu'avant ce moment, les politiques seront assez sages pour prévoir les investissements nécessaires.
  4. On ne sait pas quoi faire des déchets radioactifs - cette idée, largement répandue, est complètement fausse. En France tous les types de déchets sont gérés selon des méthodes et des procédures précisément définies tenant compte de leurs caractéristiques particulières. Les deux tiers des déchets proviennent du programme électronucléaire. Le tiers restant provient du secteur médical, de la recherche, de l’industrie, de la Défense nationale.

    * Que les déchets soient stockés définitivement ou entreposés provisoirement, le principe technique qui commande à leur gestion est le même : il consiste à les confiner sous forme stable dans des structures étanches. Gérés de longue date, en France, selon ces techniques, les déchets nucléaires n'entraînent aucune nuisance significative pour les personnes ou pour l’environnement.

    * Plus de 90 % des déchets (moyenne, faible, très faible activité à vie courte) suivent des filières aboutissant à des stockages définitifs dans trois centres dédiés : La Manche, Soulaines, Morvilliers. Pour les déchets à vie longue, deux centres sont prévus : stockage en sub-surface pour les déchets de faible activité ; stockage en couche géologique profonde pour les déchets de moyenne et haute activité (stockage réversible). Selon la loi, ce stockage devrait entrer en service en 2025.

    * Les déchets de haute activité (= les cendres de combustion de l’uranium) ont un volume très réduit : moins de 3 000 m3 à l’heure actuelle (totalité produite depuis les débuts du programme nucléaire français) soit un pavillon de deux étages. Mis sous forme de blocs vitrifiés dans des conteneurs en acier, ils sont appelés à être stockés dans des « alvéoles » ou casemates aménagées à l’intérieur d’une couche géologique stable et imperméable à 400 ou 500 mètres de profondeur. Un consensus international existe pour établir que ce stockage géologique permettra d’isoler les déchets de la biosphère le temps que leur radioactivité ait diminué à un niveau négligeable. Tous les scénarios, y compris les hypothèses les plus pessimistes, montrent qu’un tel stockage offre la garantie très solide que ces déchets n’occasionneront à nos descendants aucune nuisance inacceptable.

  5. Les ressources en matière fissiles seront épuisées en quelques dizaines d'années - Ici encore, il est très étonnant que l'argument puisse être développé. 

    * Les ressources mondiales en uranium sont suffisamment abondantes pour permettre un développement durable du nucléaire s’évaluant en siècles. Ceux qui annoncent un épuisement prochain des réserves d’uranium n’ont manifestement pas pris la peine de s’informer sur la question.

    * La prospection est strictement réglée par la demande. On ne voit pas en effet, pourquoi on rechercherait aujourd'hui de nouveaux sites pour extraire du minerai qu'on ne pourrait pas vendre. Les ressources sont donc très loin d'être connues, et il est prétentieux de vouloir les estimer.

    * Les ressources identifiées sont de 6,3 millions de tonnes (in : «Uranium 2009, ressources, production, demande», par l’OCDE- AEN et l’AIEA). Cela représente une durabilité de plus de 100 ans au rythme actuel de consommation du parc nucléaire mondial.

    * Il faut ajouter à ce chiffre les ressources non encore identifiées mais dont les prospections démontrent l’existence et dont la mise à jour ne fait guère de doute : elles sont évaluées à 10,3 millions de tonnes. Le total de ces deux catégories de ressources, soit 16,6 millions de tonnes d’uranium, peut assurer une durée de fonctionnement du parc nucléaire mondial de l’ordre de 250 ans.

    * Utilisées dans les réacteurs de 4ème génération - réacteurs surgénérateurs à neutrons rapides qui auront un rendement environ 60 fois plus élevé que les réacteurs actuels de 2ème et 3ème génération - les ressources mondiales d’uranium aujourd’hui identifiées pourront alimenter le parc nucléaire mondial pendant des millénaires.

  6. Le nucléaire est très dangereux - C'est l'argument principal qui porte sur les personnes d'autant plus qu'elles sont moins documentées sur le sujet. En réalité, et malgré les accidents connus, le nucléaire est le système de production d'énergie qui a fait le moins de victimes par unité d'énergie produite depuis qu'il existe. Cette évidence, que ses ennemis cherchent à cacher absolument en développant une atmosphère de peur autour du nucléaire fait qu'on devrait opter sans hésiter pour cette forme d'énergie. Évidemment, la sécurité peut et doit être améliorée autant que possible, mais en dépit de toutes les allégations qui fleurissent à l'occasion d'accidents comme celui de Fukushima. elle est déjà extraordinairement développée sur la quasi totalité des sites de production.
  7. Le fossile peut rester encore très longtemps apte à résoudre le problème énergétique - Cet argument, qui pouvait sembler de peu de poids il y a quelques années apparaît aujourd'hui comme sérieux avec le développement des forages horizontaux et du gaz de schiste. Les manifestations "spontanées" et l'opposition "unanime" des écolos aux permis de prospection du gaz de schiste montrent très bien qu'ils ont senti le danger énorme : pas du tout le danger de pollution, de fuite de gaz ou de consommation d'eau. Non, le danger est bien plus sérieux. Si le gaz de schiste est aussi abondant qu'on le dit, le spectre de la pénurie des fossiles disparaît, et avec lui les espoirs d'économies d'énergie, de moulins à vent (éoliennes) tournant harmonieusement dans le scintillement des panneaux solaires pour alimenter (frugalement) une population faite de jeunes gens nourris au bio et pleins de santé etc... 

    Le graphique de l'évolution de la production de gaz jusqu'en 2030 alimente avec raison l'inquiétude des opposants au gaz de schiste :

EvolutionGazUSA

En vert : gaz conventionnel. En orange : gaz de schiste (milliards de pieds cubiques/jour)

(source : BP Energy Outlook 2030)

Ils ont donc mis immédiatement en place sous la conduite de leurs leaders charismatiques habituels les mesures qui s'imposaient sous la forme d'ASP (Affolement Systématique des Populations) qui ont maintenant largement fait leurs preuves (réchauffement climatique, vache folle, OGM, H1N1, nucléaire, bisphénol A, etc...)

Cela dit, le fossile ne saurait évidemment être éternel. Les conditions d'exploitation étant statistiquement, de plus en plus difficile, il arrivera forcément un jour où d'autres formes d'énergie prendront le relais. Cette transition sera progressive, en dépit des adeptes du "peak oil" qui rêvent d'un beau matin où le robinet du pétrole serait tari. Ce beau matin n'existera jamais, mais l'utilisation des énergies fossiles perdra progressivement de son importance. Il est probable que seuls les transports continueront à utiliser des carburants liquides qui seront, soit extrait du pétrole restant, soit synthétisés à partir du charbon, puis du calcaire. Cependant, cette solution suppose une source d'énergie (thermique) comme le nucléaire.

Les solutions proposées par les opposants au nucléaire

Il reste que l'énergie fossile ne sera pas éternelle. D'aucun pensent même que l'utilisation de cette énergie est nuisible pour la température de la planète qui serait, selon eux, à un niveau idéal en tous les points du Globe, niveau auquel il importe absolument de ne pas toucher sous peine des pires châtiments qu'on pourrait penser divins tellement ils sont prévus porteurs d'épouvante.

Les opposants au nucléaire pensent pouvoir résoudre les problèmes énergétiques futurs :

  • En faisant des économies d'énergie
  • En utilisant d'autres formes d'énergie : les énergies dites renouvelables

Cependant :

  • Les économies d'énergie sont un doux rêve qui se heurte à la dure réalité. Les résultats présentés triomphalement en France par l'ADEME pour les dernières années écoulées sont plutôt dus à la crise économique, et servent surtout à justifier l'existence de cet organisme. On y parle de pour-cents, ce qui est plutôt du domaine de l'épaisseur du trait, et peut être annulé par un seul hiver froid. Je ne connais pas son budget exact, mais je suis à peu près persuadé que la suppression de l'ADEME amènerait des économies au moins aussi substantielles que celles que cet organisme annonce pour ce qui est des économies d'énergies...
  • Les énergies dites renouvelables que l'on devrait plutôt appeler intermittentes et même aléatoires en ce qui concerne le solaire et les moulins à vent (éoliennes) ne sont malheureusement pas du tout à même de répondre à la demande de 9 ou 10 milliards de terriens qui atteindront rapidement ou sont déjà à un niveau de vie (et donc un besoin en énergie) comparable ou supérieur au nôtre. C'est une évidence technique strictement incontournable et il n'est pas raisonnable de penser que la possibilité de remplacement des énergies conventionnelles par les énergies intermittentes puisse réellement changer un jour la donne.

Les énergies renouvelables n'existent aujourd'hui que parce qu'elles font l'objet d'incitations fiscales importantes. Cependant, les incitations fiscales constituent une erreur économique grave. Leur but théorique est triple :

  • Les énergies renouvelables ne produisent, en théorie pas de CO2. (Mais nous verrons plus bas que celà est complètement faux). 
  • Une partie du montant du crédit d'impôt doit profiter à la collectivité en lui évitant d'acheter à l'extérieur de l'énergie (pétrole) ce qui est dit déséquilibrer dangereusement la balance commerciale nationale.
  • Une autre partie est destinée à financer la recherche sur l'amélioration des sytème de production d'énergie intermittente.

En réalité, le raisonnement qui considère la balance commerciale nationale est un raisonnement qui suppose que le gouvernement a la maîtrise complète de la valeur de sa monnaie. Ce qui était valable avant l'euro n'existe plus aujourd'hui, mais certains politiques l'ont encore dans la tête. Les euros qui sont dépensés à l'extérieur de la zone euro pour acheter de l'énergie sont des euros qui reviendront mécaniquement dans la zone euro pour y acheter d'autres biens. Au niveau de la zone euro, la balance commerciale est donc forcément équilibrée, et il n'y a pas lieu de considérer des équilibres théoriques à un niveau inférieur.

Par ailleurs, le financement de la recherche sur les équipements de production des énergies aléatoires se retrouve essentiellement par le biais des subventions au vendeur des machines de production d'énergie. Ces vendeurs ne sont, en général, pas français. En outre, le problème à résoudre est, comme nous allons le voir plus bas, le problème du stockage de l'énergie, et non pas le problème de sa production. Autant on pourrait imaginer théoriquement de financer à perte de la recherche sur le stockage de l'énergie comme les batteries, autant il est improductif d'enrichir les fabricants étrangers de machines de production d'énergie.

Les pays qui favorisent les énergies aléatoires (éolien et solaire) s'appauvrissent.  Ce fait a coûté sa position de gouverneur de la Californie à Arnold Schwarzenegger. En effet, les incitations fiscales qui encouragent la fabrication et l'utilisation d'énergie éolienne ou photovoltaïque reviennent, au niveau d'un pays, à payer fort cher une énergie qui pourrait coûter beaucoup moins en utilisant des sources comme l'uranium. Ces incitations reviennent donc à dépenser plus pour obtenir le même résultat, et donc à appauvrir relativement le pays, c'est à dire l'ensemble de la population, en commençant par les plus humbles c'est à dire ceux pour qui la facture énergétique représente un pourcentage plus important de leur budget.

Les renouvelables conduisent à la production de beaucoup de CO2

Les énergies intermittentes ne produisent pas l'énergie qui correspond à la demande, mais produisent en fonction de ce que leur source (soleil, vent) leur délivre. Pour arriver à satisfaire la demande, elles ont donc besoin d'un système de stockage d'énergie car elles ne sont pas forcément produite au moment où elles sont consommées. Les pics de consommation en France, par exemple, se situent dans les mois d'hiver vers 19 -20 h. Ce n'est pas précisément l'heure de pointe de la production d'énergie solaire...Ce système de stockage d'énergie peut être remplacé par un backup, c'est à dire un système de production d'énergie supplétif qui prend le relais de la production lorsque celle-ci s'interrompt (lorsqu'il n'y a plus de vent pour les éoliennes, et lorsqu'arrive la nuit ou un ciel nuageux pour le solaire). Ce backup doit être très souple c'est à dire que sa production doit pouvoir être modulée en temps réel en fonction de la demande. Le seul système actuel assez souple pour remplir cette fonction, ce sont les centrales thermiques au gaz. Ce système de backup est d'autant plus nécessaire que les énergies intermittentes représentent un plus grand pourcentage dans le mix énergétique d'un pays. En extrapolant leur développement actuel, on se rend ainsi compte qu'il se trouvera forcément accompagné d'un développement parallèle de centrales backup utilisant l'énergie fossile. Il apparaît donc :

  • que ces énergies dites renouvelables ne sont, en fait pas si renouvelables que ça, puisqu'elles ne peuvent pas fonctionner sans fossile...2
  • qu'elles ne peuvent fonctionner qu'en association avec le nucléaire si on veut assurer une production d'énergie sans production de CO2.

Les systèmes de stockage de l'énergie

Si on veut supprimer le backup,  il faut utiliser un système de stockage de l'énergie.  Les différents systèmes de stockage industriels connus (mais pas nécessairement opérationnels) sont les suivants :

  • Chimique (Hydrogène, Hydrocarbures)
  • Electrochimique (Batteries)
  • Electrique (Condensateurs et supercondensateurs, SMES (Stockage magnétique supraconducteur) 
  • Mecanique (air comprimé, volant d'inertie, stockage hydroélectrique, ressort)
  • Thermique (systèmes à base d'eau, sels fondus, géothermie, étang solaire, eutectiques)

Notons que pour tous les systèmes de production d'énergie, le stockage d'énergie et le backup on une fonction strictement équivalente. La réserve de fuel lourd ou de charbon d'une centrale thermique joue le même rôle que les batteries d'une éolienne ou que la centrale au gaz qui prend le relais de l'éolienne lorsqu'il n'y a pas de vent. On peut donc considérer comme "énergétiquement identiques" les stockages et les backups que nous appellerons du nom générique de "backups".

A l'heure actuelle, seuls les stockages hydrauliques et les accumulateurs électriques au sodium / soufre permettent un stockage d'énergie de grande ampleur. 

  • Le stockage hydraulique consiste à créer un lac artificiel situé en altitude dans lequel on pompe de l'eau lorsque la production énergétique est supérieure à la demande. Cette eau peu être ensuite turbinée et produire rapidement de l'énergie au moment des pointes de consommation. Ce type de stockage est malheureusement restreint à quelques sites qui sont en général éloignés des zones de production ou de consommation d'énergie. Il ne peut donc qu'apporter une solution marginale au problème du stockage de l'énergie.
  • Les accumulateurs au sodium / soufre sont des accumulateurs qui contiennent du sodium fondu et du soufre également fondu. Ils fonctionnent à une température relativement élevée (250 - 300 °C). Cette température peut normalement être auto-entretenue par le fonctionnement de l'accumulateur. Leur masse est importante (plusieurs dizaines de tonnes) et leur capacité unitaire de 5 à 10 Mégawatt.heures.
    Ce sont les seuls accumulateurs qui ont permis, au jour d'aujourd'hui de stocker des quantité d'électricité et qui peuvent laisser envisager une application vraiment industrielle.
    Le caractère corrosif et dangereux du sodium ne permet pas d'utiliser ce type de batterie autrement qu'en mode statique. Cependant, leur capacité et surtout leur fiabilité dans le temps sont encore notoirement insuffisantes pour pouvoir envisager un vrai développement industriel.
En raison de l'absence actuelle de système de stockage d'énergie de capacité suffisante, le backup est la seule méthode permettant aux énergies renouvelables de fonctionner. Les périodes de non-fonctionnement de l'éolien et su solaire sont de l'ordre de 70 à 80 % du temps. C'est énorme. Pendant tout ce temps, un backup est nécessaire. On peut donc dire qu'en régime permanent, et tant qu'il n'y aura pas de système de stockage d'électricité de capacité convenable, 1 kW de puissance "renouvelable" installée nécessite l'existence d'une puissance équivalente en "non-renouvelable" au gaz. (A part quelques rares cas comme au Danemark où la puissance voisine installée en Norvège en hydraulique est suffisante pour compenser, au moins partiellement, les fantaisies du vent).

Il est donc paradoxal de voir les gouvernements s'attacher à favoriser la recherche et au développement des énergies renouvelables (sous entendu les procédés de production d'énergie par des cellules photovoltaïques ou par des éoliennes) alors que, comme on vient de le voir, le problème à résoudre se situe carrément ailleurs, dans le stockage de l'énergie.
Il est également étrange de voir se développer des plans de mise en service d'unités de production d'énergie renouvelable oubliant carrément que ces unités doivent obligatoirement être accompagnées de leur backup.

Les énergies ne valent que ce que vaut leur backup

La fiabilité d'un système de production d'énergie est une caractéristique primordiale, parce que in fine, elle conditionne la sécurité et donc le risque lié au système1. L'ensemble des considérations ci-dessus nous amène à l'idée que que les systèmes de production d'énergie sont d'autant plus fiables que le système de stockage d'énergie ou le backup qui leur est associé est plus performant. 

On a pris l'habitude, aidé en cela par les concurrents du nucléaire et par l'intermédiaire des associations anti-nucléaires  de considérer que le risque associé à un mode de production d'énergie était le risque d'accident lié à ce mode de production d'énergie. En réalité, il y a un risque beaucoup plus grand, parce qu' inéluctable dans certaines circonstances : c'est tout simplement le risque de non fonctionnement par manque de matière première. Imaginons en effet la catastrophe représentée par une salle d'opération, ou un four industriel chargé de tonnes de métal liquide venant à manquer de courant. Comme on l'a vu plus haut, les système de production d'énergie aléatoires comme les éoliennes ou les cellules photovoltaïques doivent être doublés par des systèmes non aléatoires capables de prendre instantanément le relais.

Un système de production d'énergie ne vaut donc finalement que ce que vaut son backup (ou son système de stockage), puisque l'un de ces 2 systèmes est utilisé obligatoirement périodiquement. En application de ce principe, une centrale thermique fonctionnant au gaz ne peut être considérée comme fiable que si elle est associée à un stockage (par exemple souterrain) de gaz. Imaginons ce que devriendraient les centrales thermiques européennes fonctionnant au gaz si, pour une raison ou pour une autre, la ligne d'approvisionnement en provenance de Russie venait à être interrompue pour des raisons matérielles (séisme, attentat) ou politiques (chantage). Les centrales de production d'énergie, contrairement à l'opinion généralement admise ne sont donc pas plus fiables que le stockage qui leur est dédié. Et compte tenu de la très faible densité du gaz naturel, les stockages devraient être gigantesques pour assurer une continuité du service qui peut atteindre plusieurs mois, voire plusieurs années. Faute de stockage suffisant, les centrales au gaz, et toute la chaîne de renouvelables qui peut être greffée dessus ne sont donc pas sûres du tout.
Il serait tout à fait inconséquent pour les pays non producteurs de gaz de bâtir un système de production d'énergie fondé sur des renouvelables et un backup au gaz, et on peut considérer à coup sûr qu'un tel pays s'exposerait un jour ou l'autre, à une crise énergétique grave.

A l'opposé, et en raison de la très grande densité d'énergie du combustible, une centrale nucléaire et, encore plus un surgénérateur peut fonctionner pendant de longues années en autonomie totale si l'opérateur a pris la précaution de stocker suffisamment de combustible, ce qui fait que  - paradoxalement - la sécurité est beaucoup mieux assurée par ce mode de production d'énergie que par tout autre. Il est étonnant aussi que les écologistes, grands manieurs du principe de précaution élargi à toutes les sources de danger potentielles, n'aient pas encore pris conscience de cet état de fait.

Le nucléaire : seul procédé capable d'assurer une production de masse 

L'idée de "sortir du nucléaire" est une illustration parfaite de la politique de l'autruche. Cette idée, motivée (et même surmotivée) par une peur irraisonnée de tout ce qui est radioactif, se fonde essentiellement sur une observation et sur un espoir. L'observation est juste, mais l'espoir est totalement vain.

  • L'observation est qu'actuellement dans le monde, la production d'énergie par la voie nucléaire ne représente qu'un pourcentage faible (de l'ordre de 7 %) de la totalité de l'énergie produite. On pourrait donc penser que l'élimination totale de ce mode de production d'énergie ne viendrait pas fondamentalement perturber les grands équilibres énergétiques.
  • L'espoir est que la consommation énergétique du monde restera ce qu'elle est à l'heure actuelle et que les économies d'énergie permettront de compenser la demande supplémentaire provoquée par les nouveaux habitants de la Terre. Il est évident que cet espoir est vain. Les habitants des pays en voie de développement aspirent à un niveau de vie comparable au nôtre, et l'atteindront. A ce sujet, il est intéressant de lire les publications du Club de Rome datant des années 1970, et de s'apercevoir que celui-ci est complètement passé à coté du développement asiatique... Pendant un temps, la tendance écologique s'est réjouie du rapport édité par le GIEC, qui annonçait que près de 80 % des ressources énergétiques pourraient être constituées en 2050 par les énergies renouvelables... Les trompettes de la renommée, un temps embouchées à l'occasion de cette annonce se sont rapidement calmées lorsqu'on a rendu public le fait que les "spécialistes" du GIEC étaient tout simplement des responsables de Greenpeace...!

D'après le BP Energy Outlook 2030, les besoins en énergie per capita vont augmenter de 0,7 % par an jusqu'en 2030. Si l'on prolonge cette augmentation jusqu'à 2050, date à laquelle  l'ONU annonce 9 à 10 milliards d'habitants, on obtient presque un doublement de la demande mondiale, selon le graphique suivant :

Evolut conso energie primaire

Si on examine maintenant la répartition des consommations d'énergie mondiale par source :

conso energie primaire 2010

on s'aperçoit avec une certaine stupeur que les énergies renouvelables sensées prendre le relais des énergies fossiles et qui remplissent les journaux de leurs performances inégalées... n'ont réellement satisfait en 2010 qu'environ 1 % de la demande mondiale... 

 Les coûts de production d'énergie sont favorables au nucléaire

Un des nombreux avantages du nucléaire, avantage dont les Français bénéficient très clairement depuis la mise en service des centrales nucléaires actuelles, c'est le coût de production de l'électricité produite. Le coût effectif de production d'énergie fait l'objet d'interminables discussion sur le Web. Les partisans des énergies renouvelables sont en général des spécialistes pour trouver que la production d'électricité au moyen de cellules photovoltaïques ou de vent est comparable - sinon moins chère - que la production nucléaire, au point que l'on se demande vraiment à quoi servent les très fortes incitations fiscales dont bénéficient ces techniques...

cout de production electric

D'après ce tableau, tiré d'un rapport du DOE américain, et considérant les coûts prévisionnels pour 2016 utilisant les technologies les plus modernes, la réalité semble être que c'est la production hydraulique qui est, en moyenne, la plus avantageuse, suivie de près par le gaz, puis par le nucléaire (en dépit des dépenses pour assurer une sécurité de plus en plus absolue). Les coûts de démantèlement, souvent cités par les écolos pour grever fortement le coût du nucléaire ne représentent, en fait, qu'une petite partie du coût total. De plus, le démantèlement ne se justifie que si la centrale nucléaire est transformée en hôpital ou en école, ce qui n'est guère réaliste : on construira plutôt une nouvelle centrale à l'emplacement de la précédente.

Le charbon est légèrement plus cher, car on doit adjoindre une unité de séquestration du CO2 à la centrale. Le prix du gaz naturel a chuté fortement en 2011 (de 6,5 à moins de 4 $ le million de Btu) si bien qu'à l'heure actuelle, ce qui explique les prix extrèmement bas constatés. Ici aussi, l'adjonction d'une unité de séquestration augmente assez fortement le coût final.

L'éolien terrestre (inshore) se situe, d'après ce tableau, à un bon niveau. Notons cependant que cette information est assez contradictoire avec les dernières informations qui faisaient état d'une industrie éolienne en phase terminale.

Notons également que ce tableau ne fait pas apparaître le coût environnemental, cher aux écologistes, mais difficile à appréhender, qui concerne l'impact de la production d'énergie sur l'environnement :

  • réchauffement des cours d'eau pour le nucléaire, (mais aussi pour toutes les autres centrales thermiques, au gaz, au fuel ou au charbon) qui peut nuire à la faune et à la flore en aval, qui oblige à installer les centrales au bord de la mer ou d'un fleuve au débit suffisant.
  • destruction de l'environnement naturel dans le cas de l'hydraulique par la construction des barrages et des lacs artificiels, et dans le cas de l'éolien et du solaire par l'occupation de surface au sol démesurées si on souhaite une puissance unitaire importante.
  • nuisances sonores dans le cas de l'éolien si le nombre des éoliennes est trop important. Les éoliennes peuvent aussi provoquer la mort de nombreux oiseaux si leur nombre devient trop important. Enfin, la surface occupée par les éoliennes est démesurée par rapport à la puissance fournie.
  • production de déchets dangereux dans le cas du nucléaire classique (3ème génération) et pour l'élimination des panneaux solaires en fin de vie.

Le nucléaire se développe à un rythme régulier depuis sa création

Contrairement à ce qu'on peut lire souvent, le développement du nucléaire dans le monde suit un rythme régulier, ce qui est ressort clairement du graphique suivant :

Electricité monde

432 centrales sont actuellement en service dans le monde, et 65 sont en construction, ce qui est l'indice d'une activité en plein développement.


Pays

En fonctionnement
en construction

Nombre

Puissance électrique nette
(MW)

Nombre

Puissance électrique nette
(MW)

Argentine

2

935

1

692

Arménie

1

375

-

-

Belgique

7

5 927

-

-

Brésil

2

1 884

1

          1 245

Bulgarie

2

1 906

2

          1 906

Canada

18

12,569

-

-

Chine
14
11 058
27
27 230
Taiwan
6
4 982
2
2 600

Tchéquie

6

3 678

-

-

Finlande

4

2 716

1

1 600

France

58

63 130

1

1 600

Allemagne

9

12 068

-

-

Hongrie

4

1 889

-

-

Inde

20

4 391

5

3 564

Iran

-

-

1

915

Japon

50

44,215

2

2 650

Rép. de Corée

21

18 698

5

5 560

Mexique

2

1 300

-

-

Pays-Bas

1

482

-

-

Pakistan

3

725

1

315

Roumanie

2

1,300

-

-

Russie 

32

22,693

11

9 153

Slovaquie 

4

1 816

2

782

Slovenie

1

688

-

-

Afrique du Sud

2

1 800

-

-

Espagne

8

7 567

-

-

Suède

10

9 298

-

-

Suisse

5

3 263

-

-

Ukraine

15

13 107

2

1 900

Royaume-uni 

19

10 137

-

-

USA

104

101 240

1

          1 165

Total

432

365 837

65

62 862

La part du nucléaire dans le mix énergétique mondial reste cependant faible (5 %). Cela est dû en partie au degré de technicité nécessaire à un pays qui veut se doter d'un tel outil, associé à une certaine réticence des pays détenteurs de la technologie à céder celle-ci dans un environnement politique instable. Mais cela est surtout dû à la méfiance du public envers cette activité, méfiance savamment entretenue par de puissants organismes vendant des technologies directement concurrentes (les énergies fossiles), par l'intermédiaire d'organisations habilement manipulées qui tirent l'essentiel de leurs revenus de ces organismes. Il est de notoriété publique que le mouvement anti-nucléaire mondial est né sous l'impulsion du régime soviétique qui a alimenté largement en subsides les organisations  anti-nucléaires de l'Ouest. Après la chute du communisme russe, les intérêts en jeu se sont trouvés modifiés, mais les acteurs sont restés en place et il n'est pas étonnant qu'une entité comme Gazprom s'oppose par tous les moyens, au développement du nucléaire en Europe qui représente autant de part de marché en moins pour le gaz russe.

Il serait important que les organisations comprennent, si possible, les vrais intérêts qui sont en jeu. Il serait aussi important que les politiques essaient de regarder à plus long terme que la date des prochaines élections. Le nucléaire est en effet, à moyen et à long terme la seule forme de production d'énergie capable d'assurer les besoins et le confort légitime des 9 ou 10 milliards d'habitants de notre planète prévus pour les années 2050.

 

(1) Les risques faibles et les risques forts sont incorrectement perçus par la population : les faibles risques (<1/10 000) sont surévalués de 10 à 15 fois, alors que les risques forts (>0,98 -0,99) sont sous-estimés (Gérald Bronner et Etienne Géhin "L'inquiétant principe de précaution" PUF - ISBN : 978-2-13-057166-7)

(2) L'argument que les écolos opposent en général à ce raisonnement, c'est "qu'il y a toujours du vent quelque part". Certes, mais ce quelque part peut se trouver fort loin, et pas forcément en quantité suffisante. C'est le cas lorsqu'on se trouve, par exemple, en situation d'anticyclone stable. Les éoliennes anglaises étaient, par exemple, toutes à l'arrêt, et ce pendant plusieurs semaines lors de l'épisode de froid intense de l'hiver 2010. Dans un pays de la grandeur de la france, les phénomènes météorologiques sont très généralement identiques du Nord au Sud.

Références

http://www.phyast.pitt.edu/~blc/book/index.html

31 octobre 2014