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Pour avoir trop exagéré les conséquences négatives de cette technique et occulté les avantages du gaz de schiste

La fracturation hydraulique ("fracking" en anglais US) est une technique utilisée pour récupérer le gaz naturel à partir de formations schisteuses (le gaz de schiste). Elle est sous le feu des organisations écologistes depuis une dizaine d'années. Elle a été accusée de contaminer l'eau de boisson, de polluer l'air, de provoquer des tremblements de terre, des coupures d'eau, le réchauffement climatique, des émissions radioactives et même le cancer... Il apparait pourtant que les écolos ont perdu la bataille.

Matt Rourke, AP
Crédit photo : Matt Rourke, AP

Les groupes écolos ont pratiquement toujours été farouchement opposés à la fracturation hydraulique. Greenpeace et le Sierra Club militent en faveur d'une interdiction totale, les autres organisations exigent un contrôle strict du procédé. D'après le site web du Sierra Club, "La fracturation hydraulique est un procédé violent qui chasse le gaz contenu dans les formations schisteuses. Le procédé est connu pour contaminer l'eau de boisson, polluer l'air et causer des tremblements de terre. Si les foreurs ne peuvent pas extraire le gaz naturel sans détruire les paysages et mettre en danger la vie des familles, alors, nous ne devons pas forer pour trouver du gaz naturel".

Cependant, la défense de cette cause présente des points faibles. La fracturation des schistes se fait typiquement au-delà d'une profondeur de 5000 pieds (1 500 m) et une épaisseur de roche de plusieurs milliers de pieds sépare la zone fracturée des eaux potables situées, elles près de la surface. Les puits de fracturation, lorsqu'ils sont exécutés correctement, sont revêtus de plusieurs couches d'acier et de ciment qui préviennent les fuites d'eau ou de gaz naturel vers le réseau d'eau potable. Environ un million de ces puits ont été fracturés hydrauliquement au cours des soixantes dernières années sans un cas de contamination des eaux. Au cours d'une audition au Congrès en 2011, l'administratrice de l'Agence pour la Protection de l'Environnement (EPA) Lisa Jackson a confirmé : "Je ne suis informée d'aucun cas prouvé dans lequel la fracturation hydraulique aurait contaminé l'eau de boisson. Des enquêtes sont toujours en cours".

Les tremblements de terres causés par la fracturation hydraulique apparaissent comme de faible intensité. D'ailleurs, seulement une poignée de microséismes ont été reliés à de la fracturation. Aucun n'a causé de dommage, et la plupart ont été trop faibles pour être ressentis. Il n'y a non plus aucune preuve qui montrerait que la fracturation hydraulique causerait plus de dommages concernant la pollution de l'air, des émissions radioactives ou des cancers que l'agriculture, l'exploitation minière ou d'autres procédés industriels courants. 

Brûler du gaz naturel émet du dioxyde de carbone comme n'importe quelle autre combustion. Les activistes du climat s'opposent au gaz naturel parce que c'est un combustible fossile générateur de réchauffement climatique, et donc s'opposent à la fracturation hydraulique. Seulement, la combustion du gaz émet moitié moins de dioxyde de carbone que la combustion du charbon. La majorité de la diminution des émissions américaines de gaz carbonique au cours de ces dix dernières années est due à la conversion des centrales thermiques du charbon vers le gaz naturel, et non de la croissances des énergies renouvelables.

Tous les arguments concernant la pollution de l'eau de boisson, les séismes, la consommation excessive d'eau, la radioactivité ou les cancers sont en réalité un rideau de fumée destiné à protéger les énergies renouvelables qui sont la vache sacrée du mouvement environnemental. Le gaz de schiste par fracturation hydraulique constitue une menace directe contre le solaire et l'éolien.

Les centrales thermiques alimentées au gaz naturel sont rapidement commutables entre elles et produisent de l'énergie bon marché. En comparaison, le solaire et l'éolien produisent de l'électricité deux ou trois fois plus chère, se trouvent plombées par leur intermittence et sont incapables de répondre à la variation de la demande. Avec des centaines d'années de réserves de gaz naturel produisible par fracturation hydraulique et forages horizontaux, pourquoi construire de nouvells éoliennes ?

L'opposition à la fracturation a été forte dans certaines régions bien définies dans le monde. Interdictions ou moratoires sont en place en Bulgarie, en France, en Allemagne, et en Afrique du Sud 1. Des manifestants ont bloqué des opérations de fracturation en Angleterre et en Pologne. Certains contés et certaines communautés ont imposé des interdictions locales. L'Etat de New-York a établi un moratoire sur la fracturation en 2008 et a repoussé l'autorisation de la fracturation pendant plus de cinq ans. Ironiquement, la consommation de gaz naturel est maintenant la première des sources d'énergie de New York, et elle est en croissance.

En dépit de cette opposition, il est maintenant évident que les groupes environnementaux ont définitivement perdu la bataille contre la fracturation. En 2012, 40 % de la production US de gaz naturel était du gaz de schiste utilisant la technique de fracturation, contre moins de 1 % en 2000. Les projections prévoient que le gaz de schiste dépassera les 50 % de la production en 2040. La production US de pétrole brut 2 profite aussi de la technique avec le pétrole de schiste en progression de plus de 50 % depuis 2005.

En Europe, les soucis concernant la dépendance à l'égard de la Russie ont déclenché une volte-face des gouvernements vis-à-vis de l'opposition à la fracturation 3. L'Allemagne prépare un compromis destiné à autoriser la fracturation pour le gaz et le pétrole et à lever l'interdiction. Et le gouvernement de Grande-Bretagne propose des mesures destinées à rendre plus simple les règles concernant la fracturation.

L'administration Obama, en dépit de sa campagne de combat cotre le changement climatique encourage la fracturation hydraulique et l'exportation de gaz naturel liquéfié. Les vautours du climat comme le Sénateur du Colorado Mark Udall encouragent eux aussi l'expansion du gaz naturel au grand dam des verts. Le Gouverneur de Californie Jerry Brown insiste pour que des actions soient entreprises contre le changement climatique mais ne s'est pas opposé à la fracturation hydraulique.

Aujourd'hui, la fracturation hydraulique est pratiquée dans 21 Etats. Plusieurs autres Etats sont en train de développer des règles pour sa pratique. Malgré un certain nombre d'interdictions locales, la fracturation est maintenant considérée comme un procédé industriel sur tout le territoire national. L'huile et le gaz de schiste sont là pour être exploités. Le peu d'arguments qui restent contre la pratique de la fracturation sont complètement submergés par l'irrésistible aubaine que représente l'énergie à bas coup.

Steve Goreham, l'auteur de cet article, est Executive Director de la Climate Science Coalition of America et auteur du livre book The Mad, Mad, Mad World of Climatism: Mankind and Climate Change Mania. (Le monde fou, fou, fou du climatisme : la manie du changement climatique et le genre humain).

En ce qui concerne la France, la bataille n'est pas encore gagnée pour la raison qu'elle n'a pas vraiment eu lieu : le Gouvernement Sarkosy a refusé l'octroi de forages de reconnaissance et a interdit l'usage de la fracturation hydraulique, précédant les manifestants dans leur désirs. La raison très probable est la protection du nucléaire. Tant que celui-ci n'est pas contesté, le gaz et l'huile de schiste peuvent rester en place en attendant leur heure et ne valent pas un échauffourée contre des manifestants surexcités par la propagande intensive probablement orchestrée par la Russie comme l'a fait savoir récemment l'OTAN. Il n'est pas impossible que cette situation demeure jusqu'au jour où le prix du gaz atteindra un prix suffisant pour convaincre les plus acharnés. Mais il peut passer beaucoup d'eau sous les ponts avant que cette situation ne s'installe. En tous cas, le graphique historique du prix du gaz ci-contre indique plutôt une tendance à la baisse à long terme... malgré les souhaits évidents quoique non avoués de la plupart des médias français.

Les publicités offrant une garantie de prix sur deux ou trois ans ne paraissent pas aussi attrayantes lorsque l'on développe le graphique historique des prix...


(1) Dans ces pays, on connaissait avant la chute du Mur une forte implantation locale de partis communistes aux ordres de Moscou (NDLT)).

(2) Remarquons que les adeptes du peak-oil, pour ne pas perdre la face, continuent à distinguer soigneusement le pétrole conventionnel du pétrole non conventionnel, comme s'il s'agissait de deux produits distincts...

(3) Voir en France la grande scène de l'opposition périodiquement présentée par M. Montebourg... (NDLT)