raindrops

C'était trop beau pour être vrai (longtemps)

D'après un article de  du New-York Times, le 5  janvier 2014

Des dizaines de milliers d'Espagnols victimes de la décision du nouveau gouvernement espagnol de changer les conditions (à vrai dire incroyablement favorables) dans lesquelles ils pouvaient investir dans la construction de capteurs solaires avec des garanties de rachat du courant pendant 25 ans.

Justo Rodriguez au milieu de ses "ruines" après avoir investi dans les panneaux solaires dans la ville de Águilas. 
Samuel Aranda for The New York Times

ÁGUILAS, Espagne — Il y a six ans, Justo Cruz Rodriguez qui possède une petite entreprise d'enseignes était à la recherche d'un moyen de se constituer une modeste maissûre retraite pour lui et son père.

Donc, lorsque le gouvernement a fait passer une loi offrant des conditions attractives pour l'énergie solaire en donnant sa garantie pour les prochaines 25 années, Justo a hypothéqué sa maison, celle de son père et même son atelier pour installer une demie douzaine de panneaux solaires dans le jardin de son père avec l'idée de vendre son électricité excédentaire.

"Cela semblait si sûr," disait-il "il y avait la garantie du Gouvernement".

Seulement, le Gouvernement espagnol a changé d'idée. Il prévoit maintenant de payer moins, beaucoup moins. Selon la loi qui entre en effet cette année en vigueur, le prix payé par kilowatt.heure va baisser, avec effet rétroactif. Le gouvernement a aussi prévu de faire payer une taxe aux producteurs d'électricité solaire sur l'électricité qu'ils consomment, une mesure que les producteurs en colère ont surnommé la "taxe solaire".

L'Espagne a de bonnes raisons de vouloir agir. Elle fait actuellement face à un déficit croissant (environ 40 milliards d'euros) parce que les consommateurs n'ont jamais payé le véritable prix de production de l'énergie, un problème qui s'est fortement amplifié avec la crise économique. Si rien n'est fait, le déficit continuera à croître disent les experts.

Les expertsde l'énergie européens regardent l'Espagne avec attention, en se demandant toutefois si les choses iront jusqu'à la folie. Des milliers d'investisseurs solaires, petits et grands, vont certainement être mis en situation de faillite,  avec comme motif d'inquiétude d'après les experts, le fait que la nouvelle taxe pourrait inciter les propriétaires de panneaux solaires à vendre leur électricité en dehors du réseau national existant sans aucune garantie, ce qui risquerait de réduire sa base de clientèle.

Pour les experts, ce brutal virage à 180 degrés n'est pas un bon signal donné aux futurs investisseurs.

"C'est une mauvaise chose, pour un gouvernement, de changer les termes d'un contrat existant" dit Toby Couture, consultant en énergie solaire chez E3 Analytics à Berlin, qui pense que ce gouvernement aura des problèmes quand il voudra développer des partenariats public-privé pour le financement par exemple d'usines de traitement d'eau, d'autoroutes ou de pipelines.

"Il y a des raisons au fait que nous vivions sous le régime de règles contractuelles" déclare-t-il. "Si vous changez les règles du jeu, alors, après un certain temps, vos amis ne voudront plus jouer. Le gouvernement a perdu sa crédibilité".

L'Espagne a été à la pointe du mouvement pour l'énergie solaire. Elle s'est précipitée dans le business des énergies renouvelables en convainquant des milliers d'investisseurs grands ou petits, avec ses garanties. Les experts disent qu'elle est déjà arrivée aux objectifs pour 2020 de l'Union Européenne de 20 % d'énergies renouvelables installés.

Mais les mêmes experts disent aussi que ce gouvernement n'avait jamais prévu autant d'investissements ni les moyens de les financer. Quand la crise est arrivée en 2008, et que la demande en énergie a commencé à baisser, le déficit s'est élargi encore plus rapidement.

Les ministres déclarent qu'ils n'avaient pas d'autre choix que de réduire les paiements qui devaient au départ concerner les investissements solaires, mais qui sont maintenant considérés comme excessivement généreux, spécialement depuis que le coûts des panneaux solaires a fortement chuté durant ces dernières années.

Le système de paiement du nouveau gouvernement a laissé des milliers d'investisseurs en état de choc.

Je suis en train de tout perdre dit M. Cruz, debout à coté de ses panneaux solaires qui devaient lui rendre ses vieux jours plus faciles. "Je n'aurais bientôt plus de toit, à mon âge : plus de toit".

Le gouvernement a proposé de couper aussi dans les autres secteurs énergétiques, et a commencé à réduire le déficit dans le domaine de l'énergie, ce qui signifie de demander aux Espagnols de payer plus pour l'électricité qu'ils utilisent. Mais, aucune autre mesure n'est aussi tragique que la réduction des paiements pour presque 60 000 producteurs d'énergie solaire dont 50 000 sont des petits épargnants d'après le Syndicat des Producteurs d'Energie Solaire.

"Si nous ne faisons rien, la seule alternative sera soit la banqueroute du système, soit une augmentation du prix de l'électricité de plus de 40 %pour les usagers" dit José Manuel Soria, Ministre de l'Industrie, de l'Energie et du Tourisme, qui défend les plans du gouvernement peu de temps après qu'il ont été annoncés l'été dernier.

Les plans du gouvernement ont suscité des mouvements de colère dans le secteur de l'énergie. Les producteurs d'énergie solaire trouvent anormal d'avoir été seuls pointés du doigt, et disent que des économies substantielles pourraient être faites en impliquant les autres producteurs d'électricité. Les autres producteurs d'électricité ne sont pas aimés en Espagne.

Ceux-là disent d'ailleurs que les engagements offerts par le gouvernement étaient tellement avantageux que personne ne pensait qu'ils pourraient être tenus. "Les investisseurs étaient essentiellement des spéculateurs"  a déclaré Eduardo Montes, président de l'Association Espagnole de l'Industrie Electrique qui représente les producteurs d'électricité traditionnelle. "Il n'était pas raisonnable d'espérer que les choses resteraient en l'état".

D'après la nouvelle législation, au lieu d'une rémunération par kilowatt.heure, le gouvernement offre une rémunération du capital investi de 7,5 %. Le problème, d'après les experts, c'est que la base de calcul de l'investissement n'est pas claire, et que la formule semble pénaliser ceux qui ont payé le plus pour acheter leur équipement, contracté dee lourds emprunts, ou encore ceux qui payent les taux d'intérêt les plus élevés. Le Syndicat des Producteurs d'Energie estime à 30 à 50 % la perte pour les producteurs.

Certains investisseurs ont déjà porté l'affaire devant la justice. Leurs avocats affirment que la loi initiale garantissait le paiement de 0,58 € pour chaque kilowatt.heure produit pendant les 25 premières années, ainsi qu'une garantie d'au moins 80 % de ce paiement pour les années suivantes. Il était aussi clairement précisé que tout changement ne pourra affecter que les installation nouvelles.

"La loi a été élaborée de façon très sûre déclare Piet Holtrop, un avocat Barcelonais représentant environ 1 200 investisseurs allant de l'investisseur unique comme M. Cruz jusqu' aux conseils municipaux de petites villes. "Les gens qui ont investi ont réfléchi. Ce n'était seulement de mettre de l'argent dans quelque chose. C'était un investissement sûr".

Plusieurs gros investisseurs ont décidé de porter l'affaire devant l'organisme de la Banque Mondiale, International Center for Settlement of Investment Disputes.

Les membres du gouvernement ont refusé de répondre aux questions sur ce sujet. Il sont largement critiqués pour avoir mis en oeuvre leur plan sans consulter aucune des parties impliquées et pour avoir changé d'avis sur plusieurs points au cours des derniers mois.

"Le gouvernement a rendu la situation encore plus mauvaise en poursuivant une stratégie sans consultation ni transparence mais au contraire pleine de confusion et d'incertitudes" déclare David Robinson, économiste à Madrid spécialiste de politique énergétique auparavant chercheur au Oxford Institute for Energy Studies.

Mais, avec une solide majorité au Parlement, le gouvernement n'a pas eu de problème pour faire passer sa dernière proposition le mois dernier, bien que de nombreux détails ne seront clairs qu'après la publication de la loi.

Certains investisseurs ont déclaré qu'il répondront au plan gouvernemental en devenant producteurs indépendants. Diego Nicolas qui possède un garage de réparation de véhicules à Murcie, et qui a installé des panneaux solaires sur le toit de son garage l'an dernier a déclaré vouloir investir dans quelques éoliennes ainsi que dans un générateur pour devenir auto-suffisant.

"Je serai ainsi complètement indépendant, et plus la victime de leurs combines financières" espère-t-il.

Malheureusement, cette option n'est pas valable pour M. Cruz, dont l'activité a beaucoup souffert de la crise. Après que le gouvernement ait réduit ses revenus provenant de ses panneaux en réduisant le prix payé au kilowatt.heure, il a voulu renégocier les termes de son emprunt. Il a fini avec un taux d'intérêt supérieur, et un délai de paiement prolongé. Il a déjà renoncé à son rêve de faire payer sa retraite par ses panneaux solaires...

"Je n'ai pas le droit d'aller voir la banque et de dire 'j'arrête de vous payer' " dit-il. "Le gouvernement, lui, fait ce qu'il veut. Ce n'est pas juste".

 

Décidément, lorsque des solutions écologiques sont prises à grande échelle, cela se termine invariablement en catastrophe financière. Entre les pauvres gens bernés qui ont perdu leur toit comme M. Cruz et les conseils municipaux acculés à la ruine, le rêve de l'énergie renouvelable pas chère s'écroule lamentablement. Diego Nicolas à Murcie sera obligé de faire tourner son générateur (diesel) toutes les nuits sans vent, et les consommateurs espagnols verront leur facture énergétique exploser. Mais le problème le plus grave, c'est que malgré ces catastrophes en chaîne, notre gouvernement poussé par quelques agitateurs inconscients s'obstine dans une "transition énergétique" sans consistance réelle, en voulant apporter des solutions techniques toutes aussi vides de sens les unes que les autres à un problème qui n'existe pas.

12 janvier 2014