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Posée ainsi, la question semble particulièrement provocante : les raisons arrivent aussitôt en masse : parce que les ressources naturelles sont limitées, parce que les économies, c'est la sagesse, parce que les hommes subiraient un traumatisme terrible si ces ressources venaient un jour à manquer, parce qu'il faut penser à nos petits-enfants...

Oui, mais, si ces ressources sont limitées, quelle que soit la vitesse à laquelle on les consomme, il arrivera forcément un jour où elles seront épuisées. En outre, le réflexe qui consiste à économiser est un réflexe de salarié pour qui il est entendu qu'il recevra toujours un salaire. Or, ce n'est pas le cas si ces ressources sont détruites par la consommation. Enfin, si ce ne sont pas nos petits enfants qui souffrent un jour de notre prodigalité actuelle, ce seront leurs enfants, ou les enfants de leurs enfants.

Cruel dilemme.

Si on pousse le raisonnement jusqu'à l'absurde, il faudrait interdire purement et simplement de consommer, même aux plus pauvres des Africains. Ce qui semble démontrer, (par l'absurde), que le réflexe limiteur de consommation n'est finalement pas si logique, ni juste : (pourquoi privilégier nos descendants immédiats et pas leurs descendants ?).

Et si le raisonnement qui parait si plein de bon sens était faux dès son énoncé ?

Voyons donc les faits. Il faut tout d'abord définir ce que l'on entend par "ressource naturelle".

Les ressources sont des produits qui nous sont nécessaires pour fabriquer les objets dont nous nous servons : le fer et le carbone par exemple nous servent à fabriquer l'acier, qui reste le constituant principal d'une voiture, mais aussi constituant des ossatures des tours, des rails de chemin de fer, des poutres des immeubles, etc... Un examen minutieux de ces ressources montre que celles-ci se décomposent finalement en trois groupes chimiquement distincts :

  • les éléments simples qui se subdivisent eux même en deux groupes qui se distinguent par leurs propriétés chimiques et physiques : les métaux et les métalloïdes. Le fer, l'aluminium, le titane, le mercure sont des métaux. Le soufre, le carbone, l'oxygène, l'azote sont des métalloïdes. (L'hydrogène est un métalloïde à basse pression / température. Il devient un métal à la pression / température régnant au cœur d'une étoile comme le soleil).
  • les composés chimiques qui sont des combinaisons d'éléments simples. L'eau, le CO2, le calcaire (carbonate de calcium), le gypse (sulfate de calcium) sont des composés chimiques.
  • les produits issus du vivant qui sont des produits provenant de la chimie organique du vivant, caractérisée par des réactions très généralement catalysées et se produisant à la température ambiante. Cette dernière caractéristique semble finalement différencier les produits naturels des produits artificiels ou synthétiques qui utilisent eux très généralement la chaleur pour provoquer ou activer les réactions. Le pétrole brut est évidemment à classer parmi les produits issus du vivant.
Les ressources naturelles sont-elles vraiment limitées ? Prenons un exemple : le métal argent a de nombreuses utilisations, de la photographie à l'industrie électrique, en passant par la dentisterie. Aujourd'hui, on considère que les réserves minières sont de 27 ans. Que se passera-t-il donc en 2033 ?

Eh bien, probablement rien, et ce pour plusieurs raisons. D'une part, on peut constater que les réserves (exprimées en années) n'ont pas diminué au cours des 30 dernières années, car (comme pour le pétrole) elles ont été augmentées par la découverte de nouveaux gisements ; de plus, la consommation a beaucoup diminué en raison du passage de la photo argentique au numérique. Mieux : le recyclage des radios médicales fournit une source de plus en plus importante d'argent métal. Enfin, en poussant la logique plus loin, pas un atome d'argent n'a réellement disparu de la surface de la terre : l'argent « consommé » a simplement été dispersé dans le milieu environnant (la surface du globe).

Rien n'interdit de penser qu'il sera possible, le jour où les gisements se feront plus rares, de récupérer l'argent préalablement consommé (c'est à dire dispersé). Pour cela, il faudra modifier les procédés actuels afin que tous les produits finis contenant de l'argent et arrivés en fin de vie soient détectés, triés et traités afin d'en extraire l'argent. C'est difficile, très loin de ce que l'on appelle actuellement recyclage, et cela réclame une refonte complète de tous nos procédés. Mais cela est techniquement possible, et donc accessible au génie humain. Il est donc concevable que cela se fera un jour. L'argent métal ne disparaîtra donc jamais.

Dans son cycle actuel, l'argent passe donc d'un état semi-concentré sous forme de sulfure dans le filon minier où il est exploité, à l'état concentré sous forme métallique dans les photos, les couverts ou les bijoux, puis dans un état dispersé dans la décharge ou dans les cendres d'incinération des déchets. Ce dernier état rend la récupération de l'argent particulièrement difficile et donc chère, et l'on peut penser que dans l'avenir des circuits de récupération véritable se mettent progressivement en place pour régénérer l'ensemble des éléments chimiques qui ont été utilisés et qui seront prêts à resservir dans un cycle de plus en plus perfectionné qui consommera de moins en moins de matière véritablement première.
L'exemple de l'argent n'est pas isolé. Il est plutôt représentatif du cas général : ce qu'on appelle la "consommation" d'un produit consiste, très généralement, à le mettre à la poubelle ce qui revient non pas à faire disparaître  ce produit, mais bien plutôt à le faire déposer dans les décharges en compagnie de nombreux autres produits  soit sous sa forme initiale, soit sous une forme plus ou moins transformée, par exemple par l'incinération ce qui revient finalement à le disperser dans le milieu environnant. Mais les pénuries futures éventuelles pourront être rendues impossibles par une récupération perfectionnée de tous les éléments rares.
Contrairement à une idée très répandue, comme les produits ne disparaissent jamais de la surface de la Terre, sauf (très) rares exceptions (les constituants d'un objet envoyé hors de l'attraction terrestre par un lanceur très puissant), Il suffit d'organiser convenablement la régénération des éléments pour que le problème de la disparition de certains éléments soit définitivement résolu. Cette régénération est certes difficile, mais pas impossible. Elle nécessite probablement beaucoup d'énergie. Elle sera certainement mise un jour en place pour chacun des éléments qui deviendront rares.
Le fait d'économiser les produits n'est donc pas la solution pour éviter la pénurie. Celle-ci arrivera, plus ou moins vite, mais inexorablement. La bonne solution sera la régénération. Cette régénération sera rendue possible par la mise en oeuvre de centrales nucléaires de quatrième (ou plus) génération, qui résoudra le problème de la consommation importante d'énergie.
Force est de constater que la mode n'est pas aujourd'hui à prendre le seul chemin de sauvetage visible. Il faudra probablement arriver à une situation de crise pour que l'opinion publique se retourne vers ce qu'elle rejette aujourd'hui : l'énergie nucléaire. 
Le gouvernement de notre pays devrait prévoir l'arrivée de ces problèmes pour mettre éventuellement en place les solutions adéquates ou la recherche conduisant à ces solutions. Hélas, au lieu de le faire, nos politiques se gargarisent de solutions inadaptées, inefficaces et simplifiées à l'extrème dont le but n'est pas la résolution réfléchie de problèmes, mais bien la satisfaction de dogmes bricolés par des écolos ignares. Le recyclage des plastiques en est un exemple parmis des dizaines d'autres.

 27 mai 2014