raindrops

Traduction d'un article d'un blog du Scientific American Mythbusting 101: Organic Farming > Conventional Agriculture par Christie Wilcox le 18 juillet 2011

Christy Wilcox
Les idées qu'expose cette toute jeune auteur de blog ne sont pas éloignées de celles que je défends. Je sens qu'elle va, elle aussi être traitée de menteuse...
Son texte est très bien documenté, et ses références indiscutables.
Je lui ferais néanmoins un tout léger reproche : j'avoue que je n'aime pas sa tendance à la recherche du consensus mou - mais, à sa décharge, cette recherche est à la mode, et elle caractérise la jeunesse. 
Les internautes qui contestaient le danger présent dans les aliments bio pour ce qui concerne l'E. coli pourront lire avec avantage la référence N°10 qui leur fera peut-être (qui sait) changer d'avis...

Les gens croient volontiers beaucoup de choses pour lesquelles ils n'ont que peu ou pas de preuves, comme par exemple que les vikings portaient un casque à cornes ou encore qu'on peut voir la Grande Muraille de Chine depuis l'espace. Une des choses que j'aime faire sur mon blog c'est de pourchasser les mythes courants lorsqu'ils en valent la peine. Par exemple, je suis vraiment interloquée d'entendre quelqu'un dire que les requins n'ont pas le cancer (j'en parlerai une autre fois). Les messages  essayant de démystifier certaines contres-vérités qui circulent communément constitueront la série que j'appellerai "chasse aux mythes 101".

USDA Organic

Il y a dix ans, le label "certifié bio" n'existait pas aux États-Unis. Pourtant, en 2010, à peine huit ans après que les règlements de l'USDA soient officiellement entrés en vigueur, le business des aliments et des boissons "bio" a représenté 26,7 milliards de dollars. Au cours des une ou deux dernières années, le business du certifié bio a bondi à environ 52 milliards de dollars dans le monde en dépit du fait que les aliments biologiques coûtent jusqu'à trois fois plus cher que ceux produits par des méthodes conventionnelles. De plus en plus, les gens gaspillent leur argent durement gagné pour ce qu'ils croient être les meilleurs aliments disponibles. Imaginez vous les gens se disant : "vous pouvez améliorer votre alimentation tout en aidant à sauver la planète contre les dégats de l'agriculture conventionnelle" - une action complètement gagnant-gagnant. Et qui n'achèterait pas bio, quand ça sonne si bien?

La réalité, la voici : il circule beaucoup de mythes sur les aliments biologiques, et aussi beaucoup de propagande soutenant des méthodes qui sont rarement comprises. C'est un peu comme votre mère qui vous disait : "ce n'est pas parce que tout le monde saute d'un pont que vous devez le faire aussi". Maintenant, avant que je ne sois trop décriée, laissez-moi affirmer sans équivoque que je ne dis pas de l'agriculture biologique est mauvaise - loin de là. Il ya définitivement quelques bons côtés , et des avantages certains du coté des méthodes de l'agriculture biologique. Par exemple, les efforts des agriculteurs bio pour abandonner la monoculture, où une seule espèce est cultivée dans une parcelle donnée, sont fantastiques. La rotations des cultures et les plantations mixtes conviennent beaucoup mieux au sol et à l'environnement.
Mon but dans ce post n'est pas de critiquer les fermes biologiques. Au contraire, il est de détruire les mythes qui les entourent afin que chacun puisse juger de l'agriculture biologique sur la base des faits.
En particulier, il ya quatre mythes régulièrement propagés comme des vérités, et qui sont tout juste bons à me rendre folle.

Mythe N° 1 : Les fermes biologiques n'utilisent pas de pesticides

Lorsque la Soil Association, un organisme d'accréditation bio majeur au Royaume-Uni, a demandé aux consommateurs pourquoi ils achetaient des aliments biologiques, 95% d'entre eux ont déclaré que leur principale raison était d'éviter les pesticides. Comme beaucoup de gens, ils pensaient que l'agriculture biologique supposait l'utilisation de peu ou pas de pesticides. Je déteste faire éclater la bulle, mais ce n'est tout simplement pas vrai. L'agriculture biologique, tout comme d'autres formes d'agriculture, utilise toujours des pesticides et des fongicides pour empêcher les bestioles de détruire leurs cultures. Ça vous étonne?

Moi aussi, j'ai été étonnée quand j'ai appris ça d'un garçon avec qui je sortais. Sa famille possède une ferme dans une région rurale de l'Ohio. Il maugréait contre la façon dont on félicite des fermes biologiques locales d'être si soucieuses de l'environnement, alors qu'elles pulvérisent régulièrement leurs cultures avec des pesticides, et alors que sa ferme familiale n'avait pas pu obtenir le label "sans pesticide" (ils n'ont pas été  classés bio parce qu'ils utilisaient un herbicide non-bio une fois par an). Je ne l'ai pas cru au début, et j'ai fait des recherches : il s'avère que plus de 20 produits chimiques sont couramment utilisés dans la culture et la transformation des cultures biologiques et sont approuvés par les normes biologiques américaines.
De plus, curieusement, le volume réel des pesticides utilisés dans les fermes biologiques n'est pas enregistré par le gouvernement. Pour quelle raison le gouvernement ne suit-il pas la consommation des pesticides biologiques et l'utilisation de fongicides ? c'est une question diablement intéressante, surtout si on considère que de nombreux pesticides organiques qui sont également utilisés par les agriculteurs conventionnels sont utilisés de manière plus intensive que les synthétiques en raison de leur plus faible efficacité. Selon le Centre national pour l'alimentation et la politique agricole, les deux premiers fongicides organiques, à base de cuivre et de soufre, ont été utilisés à un taux de respectivement 4 et 34 livres par acre en 19711. En revanche, les fongicides synthétiques requièrent un taux de seulement 1,6 lb par acre, soit moins de la moitié des quantités utilisées par les alternatives biologiques.

La vérité, c'est que l'agriculture industrielle reste de l'agriculture industrielle, qu'elle soit bio ou conventionnelle. Beaucoup de grandes fermes biologiques utilisent généreusement des pesticides . Elles sont bio par certification, mais vous ne le saurez jamais en regardant leurs pratiques agricoles. Comme Michael Pollan, auteur best-seller et bio convaincu l'a déclaré dans une interview dans "Organic Gardening (Jardinage Biologique)" :

"Ils sont biologiques par la lettre, mais pas par l'esprit ... si les consommateurs les plus bio allaient dans ces endroits, ils sentiraient qu'ils se sont faits arnaquer."

Qu'est-ce, alors, qui rend l'agriculture biologique différente ? Ce n'est pas l'usage des pesticides, c'est l'origine des pesticides utilisés. Les pesticides organiques sont ceux qui sont dérivés de sources naturelles et qui sont peu ou pas traités avant leur utilisation. C'est ce qui fait leur différence par rapport aux pesticides actuellement utilisés par l'agriculture conventionnelle, qui sont eux, généralement synthétiques. Il a été supposé pendant des années que les pesticides qui sont produits naturellement (dans certaines plantes, par exemple) sont quelque part mieux pour nous et pour l'environnement que ceux qui ont été créés par l'homme. Cependant, au fur et à mesure que de la recherche est aussi effectuée sur ces produits, on découvre que ce n'est tout simplement pas vrai. De nombreux pesticides naturels ont été trouvés plus ou moins potentiellement dangereux pour la santé 2.

Prenons l'exemple de la roténone. La roténone a été largement utilisée aux Etats-Unis pendant des décennies 3 . En raison de son origine naturelle puisqu'elle se trouve dans les racines et les tiges d'un petit nombre de plantes tropicales, elle était considérée comme "sans danger" et "bio". Cependant, des recherches ont montré que la roténone était hautement dangereuse car elle tuait en attaquant les mitochondries qui sont les génératrices d'énergie de toutes les cellules vivantes. Ces recherches ont montré que l'exposition à la roténone provoquait chez les rats, l'apparition de symptômes identiques à ceux de la maladie de Parkinson et était potentiellement mortelle pour de nombreuses espèces, y compris les humains. L'utilisation de la roténone comme pesticide a été interdite en 2005 pour ces raisons sanitaires, mais, et c'est assez choquant, elle continue à être répandues dans nos eaux tous les ans par les pêcheries comme piscicide pour éliminer les espèces de poissons indésirables.

Le point que je veux clarifier ici, c'est que le fait d'être naturelle pour une chose ne la rend pas nécessairement non toxique ou sans danger. De nombreuses bactéries, champignons et plantes produisent des poisons, des toxines et des substances chimiques que vous ne voudriez certainement pas pulvériser sur votre nourriture.

Seulement l'année dernière , près de la moitié des pesticides qui sont actuellement approuvés pour une utilisation en agriculture biologique en Europe ont été recalés aux tests d'évaluation de sécurité de l'Union européenne requis par la loi 5. Parmi les produits chimiques recalés figurait la roténone, qui n'avait pas encore été interdite en Europe. Par ailleurs, un peu plus de 1 % des produits alimentaires biologiques produits en 2007 et testé par l'Autorité européenne de sécurité alimentaire se sont révélés contenir des niveaux de pesticides dépassant le niveau maximum légal - et il s'agissait de pesticides qui ne sont pas bio 6. De même, lorsque Consumer Reports (association anglaise de consommateurs NDLT) a acheté un millier de livres de tomates, pêches, poivrons verts et pommes dans cinq villes et les a testés pour rechercher plus de 300 pesticides de synthèse, on a trouvé des traces de ces pesticides dans 25 % des aliments étiquetés biologiques, et entre tous les aliments biologiques et non biologiques testés, un seul échantillon de chaque dépassait la limite européenne 8.

Les pesticides bio ne sont non seulement pas sûrs, mais ils pourraient effectivement être pires que ceux utilisées par l'industrie agricole conventionnelle. Des scientifiques canadiens ont comparé des pesticides bio et synthétiques "à risque réduit" pour le contrôle d'un ravageur problématique, le puceron du soja. Ils ont constaté que non seulement les pesticides de synthèse étaient plus efficaces en termes de contrôle du ravageur, mais encore que les pesticides biologiques étaient plus écologiquement dangereux, en provoquant, entre autres une mortalité plus élevée chez des espèces non ciblées, comme les predateurs du puceron 9. Bien sûr, certains pesticides bio peuvent s'en tirer mieux que ceux-ci dans des tests comparatifs, mais des études comme celle-ci révèlent que l'hypothèse prétendant que le naturel est meilleur pour l'environnement pourrait être très dangereuse.

Même si les aliments biologiques que vous mangez sont issus d'une ferme qui utilise peu ou pas de pesticides du tout, il y a un autre problème : se débarrasser des pesticides ne signifie pas que la nourriture ne contient rien de nuisible. Entre 1990 et 2001, plus de 10.000 personnes sont tombées malades à cause de produits alimentaires contaminés par des pathogènes comme E. coli, et beaucoup d'entre eux proviennent d'aliments biologiques. La raison en est que les aliments biologiques ont tendance à contenir des éléments pathogènes potentiels à des niveaux élevés. Une étude, par exemple, a trouvé l'E. coli dans les produits de près de 10% des échantillons de fermes biologiques, mais seulement dans 2% des fermes conventionnelles 10.  La même étude a également trouvé des Salmonella dans les échantillons provenant de fermes biologiques, mais à un faible taux de prévalence. La raison de la forte prévalence des agents pathogènes est probablement dû à l'utilisation de fumier, au lieu d'engrais artificiels, car de nombreux agents pathogènes sont transmis par contamination fécale. Les exploitations conventionnelles ont souvent également recours au fumier, mais elles utilisent l'irradiation et une gamme complète d'agents anti-microbiens non biologiques. Sans ces agents, les aliments biologiques courent un risque plus élevé de contenir quelque chose qui va rendre une personne malade.

En fin de compte, cela dépend complètement de ce que sont vraiment les méthodes utilisées par les producteurs agricoles. Les fermes biologiques et conventionnelles peuvent varier considérablement à cet égard. Certaines fermes conventionnelles peuvent ne pas utiliser de pesticide. Certaines fermes biologiques peuvent en pulvériser leurs cultures deux fois par mois. Bien sûr, certaines fermes conventionnelles peuvent pulvériser tout aussi souvent, sinon plus, et certaines fermes biologiques peuvent ne pas utiliser de pesticide elles non plus. Pour vraiment savoir où vous  en êtes, le mieux est de connaître les sources, et une excellente façon de le faire est d'acheter localement. Parlez à la personne derrière le comptoir, et demandez lui effectivement quelles sont leurs méthodes sont si vous voulez être sûr de ce que vous mangez.

Mythe N° 2 : la nourriture bio est plus saine

Certaines personnes croient qu'en n'utilisant pas de produits chimiques synthétiques ni d'organismes génétiquement modifiés, l'agriculture biologique produit des aliments plus nutritifs. Cependant, la science n'a simplement pas pu trouver la moindre preuve que les aliments biologiques étaient plus sains que les aliments non-bio - et cela, malgré que les scientifiques aient fait des comparaisons depuis plus de 50 ans.

Tout récemment, un projet de recherche indépendant au Royaume-Uni a systématiquement passé en revue 162 articles parus sur la  comparaison des cultures biologiques et des cultures conventionnelles dans des revues à comité de lecture entre 1958 et 2008 11. Ces articles recensaient un total de 3 558 comparaisons du contenu en nutriments et autres substances dans les aliments bio et les aliments conventionnels. Aucune preuve de différence dans le contenu de plus de 15 nutriments différents, y compris la vitamine C, le ?-carotène, et le calcium n'a été mise en évidence. Il y avait néanmoins quelques différences : les cultures traditionnelles avaient des niveaux d'azote plus élevée, tandis que les cultures organiques avaient un niveau de phosphore et d'acidité  plus élevé - aucun facteur n'affectant la qualité nutritionnelle. Une analyse ultérieure d'études similaires sur les produits d'élevage comme la viande, les produits laitiers et les œufs a également constaté peu de différences dans le contenu nutritionnel. Les aliments biologiques, cependant, contiennent des graisses à des niveaux plus élevés,  notamment en graisses trans. Donc, s'il faut relever une différence, les produits d'élevage biologiques se sont révélés être plutôt plus mauvais pour les consommateurs (quoique, pour être juste, pas beaucoup plus).

"Ce sont d'excellentes nouvelles pour les consommateurs. Cela prouve que les 98% des aliments que nous consommons, et qui sont  produits par une agriculture technologiquement avancé, sont tout aussi nutritifs que les moins de 2% issus de ce qui est communément appelé le «marché bio» ", a déclaré Fredhelm Schmider, le directeur général de l'Association Européenne de Protection des Cultures dans un communiqué de presse concernant ces informations 12.

Joseph D. Rosen, professeur émérite de toxicologie alimentaire à l'université Rutgers, est encore plus net : "Tous les consommateurs qui achètent des aliments biologiques parce qu'ils pensent qu'il contiennent plus de nutriments sains que les aliments conventionnels gaspillent leur argent", écrit-il dans un examen exhaustif des revendications nutritionnelles du bio 13.

Les partisans convaincus du bio soutiennent également que les aliments biologiques sont meilleurs au goût. Dans le même sondage où 95% des consommateurs de produits biologiques au Royaume-Uni ont déclaré qu'ils achètent des produits biologiques pour éviter les pesticides, plus des deux tiers des interviewés ont déclaré que les produits bio et les viandes bio avaient meilleur goût que les produits conventionnels. Mais lorsque les chercheurs ont effectivement testé les qualités gustatives des produits, ils ont constaté que les gens ne pouvaient pas faire la différence entre les deux dans des dégustations à l'aveugle 14, 18.

Ainsi donc, pour résumer, les produits biologiques ne sont pas meilleurs pour nous, et nous ne savons pas faire la différence entre eux et les produits conventionnels. Il peut néanmoins y avoir de bonnes choses concernant l'agriculture bio, dont l’accroissement de la biodiversité et l'abandon de la monoculture. Mais la production d'une nourriture plus saine et plus goûteuse ne fait pas partie de ces choses.

Mythe N° 3 : L'agriculture bio est meilleure pour l'environnement

C'est celui qui me dérange le plus des 3 mythes précédents, car je suis écologue de formation.
Les gens semblent croire qu'ils font au monde une faveur en mangeant bio. Cela n'est simplement pas exact - ou du moins, la question n'est pas nettement tranchée.

Oui, les pratiques agricoles biologiques utilisent moins de pesticides synthétiques qui ont été trouvés néfastes pour l'environnement. Mais les élevages industriels organiques utilisent leur propre barrières chimiques qui sont elles aussi néfastes pour l'environnement  et refusent d'accepter des technologies qui pourraient réduire ou éliminer l'utilisation de ces produits.

Prenez, par exemple, l'opposition catégorique de l'agriculture biologique contre les organismes génétiquement modifiés (OGM).

Les OGM ont le pouvoir d’accroître les rendements, d'augmenter la valeur nutritive, et plus généralement d'améliorer les pratiques agricoles tout en réduisant l'utilisation des produits chimique de synthèse - ce qui est exactement ce que l'agriculture biologique cherche à faire.

A l'heure où nous parlons, il existe des patates douces conçues pour être résistantes à un virus qui détruit chaque année les récoltes en Afrique, ce qui pourrait permettre de nourrir des millions de personnes dans certains des pays les plus pauvres du monde 15.

Des scientifiques ont créé des carottes riches en calcium pour combattre l'ostéoporose, ainsi que des tomates riches en antioxydants.

Savoir ce que nous pouvons éliminer d'une plante est presque aussi important que de savoir ce que nous pouvons y incorporer ; ainsi, des pommes de terre sont en cours de modification afin qu'elles ne produisent plus de fortes concentrations de glycoalcaloïdes toxiques, et des noix sont conçues pour ne plus contenir de protéines provoquant des réactions allergiques chez la plupart des gens.

Peut-être encore plus étonnamment, des bananes sont conçues pour produire des vaccins contre l'hépatite B, permettant une vaccination qui, autrement, serait trop coûteuse ou trop difficile à mettre en oeuvre.
Les avantages que ces plantes pourrait fournir aux êtres humains partout sur la planète sont astronomiques.

Pourtant, les partisans du bio refusent de donner même une chance aux OGM, à un point que cela devient de l'hypocrisie. Par exemple, les agriculteurs biologiques appliquent la toxine Bacillus thuringiensis (Bt)  (une petite protéine insecticide provenant des bactéries du sol) sans vergogne sur leurs cultures chaque année, comme ils l'ont fait depuis des décennies. C'est l'un des pesticides les plus utilisés par les agriculteurs bio. Pourtant, quand le génie génétique est utilisé pour placer le gène codant de la toxine Bt dans le génome d'une plante, les plantes OGM résultantes sont décriées par les personnes qui pulvérisent généreusement exactement la même toxine que le gène codé sur exactement les mêmes espèces de plante. Écologiquement, l'OGM est une bien meilleure solution, car elle réduit la quantité de toxine utilisée et répandue dans le paysage environnant et les voies navigables.

D'autres OGM ont des objectifs similaires, comme de faire les plantes alimentaires résistant aux inondations permettant ainsi de remplacer l'utilisation d'herbicides par des inondations volontaires comme moyen d'éliminer les mauvaises herbes. Si l'objectif est vraiment de protéger l'environnement, pourquoi ne pas intégrer les nouvelles technologies qui nous aident à le faire?

Mais la vraie raison pour laquelle l'agriculture biologique n'est pas plus verte que l'agriculture conventionnelle, c'est que si elle peut apporter un mieux pour les environnements locaux et sur une petite échelle, les exploitations biologiques ont un rendement nettement plus faible par unité de surface. Les fermes biologiques produisent environ 80% de ce que produisent les exploitations conventionnelles 16 (certaines études donnent même un chiffre inférieur à 50 %  des exploitations conventionnelles !).

Actuellement, environ 800 millions de personnes souffrent de la faim et la malnutrition, et environ 16 millions vont en mourir 17.Si nous devions passer à une agriculture entièrement biologique, le nombre de personnes qui en souffriraient atteindrait le chiffre de de 1,3 milliard, en supposant d'utiliser la même quantité de surface cultivée qu'aujourd'hui. Malheureusement, ce qui est beaucoup plus probable est que le passage à l'agriculture biologique se traduirait par la création forcée de nouvelles fermes provocant la destruction d'habitats naturels intacts aujourd'hui, ainsi que celle d'habitats peu sauvages actuellement occupés par de nombreuses espèces menacées ou en danger d'extinction.

Nous avons déjà dédié plus de 35% de la surface de la terre libre de glace pour l'agriculture, une zone 60 fois plus grande que la superficie combinée de toutes les villes du monde et des banlieues. Depuis le dernier âge glaciaire, rien n'a été plus perturbateur pour l'écosystème de la planète et ses habitants que l'agriculture. Qu'est-ce qui va arriver à ce qui reste des habitats de notre planète si nous devons faucher 20% de plus du monde terrestre libre de glace pour accueillir des méthodes biologiques ?

La triste vérité est que tant que l'agriculture biologique ne pourra pas rivaliser avec le rendement de l'agriculture conventionnelle, son coût écologique restera dévastateur en raison de son besoin d'espace . Si mauvais que soient les pesticides et les fertilisants de l'agriculture conventionnelle qui polluent les voies d'eau du monde, c'est encore une situation écologique bien meilleure que la destruction de ces habitats clés. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a aucun espoir pour l'agriculture biologique ; une meilleure technologie pourrait éliminer l'écart de productivité, permettant à des méthodes organiques de produire parallèlement à l'agriculture conventionnelle. Si cela se produit, alors l'agriculture biologique deviendra beaucoup plus écologiquement durable. À petite échelle, en particulier dans les zones où on produit déjà des surplus alimentaires, l'agriculture biologique pourrait être bénéfique, mais supposer que c'est la fin de toute l'agriculture durable est une erreur.

Mythe N° 4 : C'est tout ou rien

L'objectif de ce texte n'est pas de critiquer l'agriculture biologique, c'est simplement de souligner que ce n'est pas aussi noir ou blanc qu'il n'y paraît. L'agriculture biologique possède de nombreux atouts potentiels, et peut même peut-être être la meilleure façon d'aller vers le long terme, mais cela dépendra vraiment de la technologie et ce que nous découvrirons et apprendrons dans le futur. Tant que l'agriculture biologique ne pourra pas rivaliser en termes de volume avec les méthodes classiques, elle ne peut pas être considérée comme une option viable pour la majorité du monde. Du point de vue nutritionnel, les aliments biologiques doivent être considérés plus comme un nom de marque ou un produit de luxe. C'est merveilleux si vous pouvez vous permettre de payer le prix fort et que c'est votre choix, mais ce n'est pas une panacée. Vous améliorerez votre apport nutritionnel beaucoup plus en mangeant une plus grande quantité de fruits et de légumes qu'en mangeant bio au lieu de manger des produits classiques.

Ce qui me dérange le plus, cependant, c'est que les deux côtés du débat sur le bio dépensent des millions dans la presse et la publicité pour attaquer l'autre bord au lieu de chercher des points d'accord. Les partisans du bio tendent à diaboliser les nouvelles technologies, tandis que les partisans de l'agriculture conventionnelle insistent sur le fait que les produits chimiques et la production massive de monocultures sont les seules solutions. Cela me semble absurde et choquant.  "Synthétique" ne signifie pas nécessairement "mauvais pour l'environnement". Il suffit de regarder les avancées technologiques dans la création de produits biodégradables ; parfois, nous pouvons utiliser nos connaissances et notre intelligence pour créer des choses qui sont à la fois utile, bon marché et écologiquement responsable, aussi folle que cette idée puisse paraître.

Je crois aussi fermement que l'augmentation de l'usage de produits chimiques pour augmenter encore la déjà forte surexploitation de la terre par la monoculture  ne mènera jamais à aucune amélioration écologique. Dans mon esprit, l'avenir idéal va fusionner les méthodes conventionnelles et biologiques, ainsi que l'utilisation d'OGM et /ou d'autres nouvelles technologies pour réduire l'utilisation des pesticides tout en augmentant la biodisponibilité des sols, le rendement des récoltes, la qualité nutritionnelle et la biodiversité dans les terres agricoles. La nouvelle technologie n'est pas l'ennemie de l'agriculture biologique, elle devrait être sa meilleure alliée.

En ce qui me concerne, le plus grand mythe quand il s'agit de l'agriculture biologique, c'est que vous avez à choisir son camp. Devinez quoi? Vous n'avez pas à le faire. Vous pouvez apprécier les bons côtés de la rotation des cultures et la façon dont les OGM pourraient améliorer la production et la nutrition. Vous, le consommateur avisé et intelligent, vous n'avez pas à acheter la propagande d'un coté ou de l'autre et à vous polariser vers l'un des cotés. Vous pouvez, au contraire,vous situer quelque part sur la ligne, et encourager les deux extrêmes à écouter et travailler ensemble pour améliorer nos ressources alimentaires mondiales et à agir de manière durable.

*** Oh, à propos,l'usage de la roténone a été ré-approuvé pour 2010  Voyez vous-mêmes.


  1. National Center for Food and Agricultural Policy, National Pesticide Use Database. accessible sur http://www.ncfap.org (Viewed 19 Nov, 2009).
  2. Gold, L., Slone, T., Stern, B., Manley, N., & Ames, B. (1992). Rodent carcinogens: setting priorities Science, 258 (5080), 261-265 DOI: 10.1126/science.1411524
  3. Rotenone: Resource Guide for Organic and Disease Management. Cornell University. accessible sur : www.nysaes.cornell.edu/pp/resourceguide/mfs/11rotenone.php (Viewed 19 Nov, 2009).
  4. Caboni, P., Sherer, T., Zhang, N., Taylor, G., Na, H., Greenamyre, J., & Casida, J. (2004). Rotenone, Deguelin, Their Metabolites, and the Rat Model of Parkinson’s Disease Chemical Research in Toxicology, 17 (11), 1540-1548 DOI:10.1021/tx049867r
  5. EFSA 2009. Pesticides used in organic farming: some pass and some fail safety authorization. European Food Safety Authority (EFSA). Available from: www.ecpa.eu (Viewed 19 Nov, 2009).
  6. Reasoned opinion of EFSA prepared by the Pesticides Unit (PRAPeR) on the 2007 Annual Report on Pesticide Residues. EFSA Scientific Report (2009) 305, 1-106
  7. Consumer Reports 1998. Organic produce. Consumer Reports 63(1), 12-18.
  8. FDA Center for Food Safety and Applied Nutrition (2000). Pesticide Program: Residue Monitoring 1999. accessible sur : http://vm.cfsan.fda.gov (Viewed 19 Nov, 2009)
  9. Bahlai, C., Xue, Y., McCreary, C., Schaafsma, A., & Hallett, R. (2010). Choosing Organic Pesticides over Synthetic Pesticides May Not Effectively Mitigate Environmental Risk in Soybeans PLoS ONE, 5 (6) DOI:10.1371/journal.pone.0011250
  10. Mukherjee A, Speh D, Dyck E, & Diez-Gonzalez F (2004). Preharvest evaluation of coliforms, Escherichia coli, Salmonella, and Escherichia coli O157:H7 in organic and conventional produce grown by Minnesota farmers. Journal of food protection, 67 (5), 894-900 PMID: 15151224
  11. Dangour, A., Lock, K., Hayter, A., Aikenhead, A., Allen, E., & Uauy, R. (2010). Nutrition-related health effects of organic foods: a systematic review American Journal of Clinical Nutrition, 92 (1), 203-210 DOI: 10.3945/ajcn.2010.29269
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  13. Rosen, J. (2010). A Review of the Nutrition Claims Made by Proponents of Organic Food Comprehensive Reviews in Food Science and Food Safety, 9 (3), 270-277 DOI: 10.1111/j.1541-4337.2010.00108.x
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  15. Qaim, M. The Economic Effects of Genetically Modified Orphan
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