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C'était le titre d'un article du Courrier International (N°879, du 6 au 12 septembre 2007) qui relevait, à l'époque,  l'équivoque du "bio" : six ans après, la très grande majorité des consommateurs "bio" achètent toujours "bio" parce qu'ils pensent que c'est meilleur pour leur santé.

Et l'immense majorité des publicités pour les produits bio insiste sur cet aspect, surfant sur le risque de rentrer dans la catégorie des publicités mensongères, mais comptant sur la bienveillance des autorités de contrôle qui ne sauraient s'engager dans des discussions où elles n'auraient pas l'aval des consommateurs  .

Pourtant, ce n'est pas vrai. Le "bio" a été conçu pour améliorer l'environnement. Pas la santé des gens. Les produits bio, non seulement ne sont pas toujours meilleurs que les produits conventionnels (dont ils se rapprochent d'ailleurs de plus en plus), mais ils peuvent souvent être beaucoup moins sains.

L'absence de pesticides de synthèse dans les produits bio , mythe soigneusement entretenu par les partisans de ce type d'agriculture, est une fable.

La bouillie bordelaise, largement utilisée en agriculture "biologique" contre le mildiou pour la vigne et pour les arbres fruitiers est un mélange de sulfate de cuivre et de chaux. Ces 2 produits ne sont pas fournis miraculeusement par une plante surnaturelle de la région bordelaise, mais bien par une belle et bonne chimie : pour le sulfate de cuivre, on attaque le cuivre métal par de l'acide sulfurique (pas très bio ça). pour la chaux, on l'obtient en calcinant le calcaire aux environ de 1000°C (pas bio du tout ça).

Quant à l'extrait de pyrèthre, autorisé lui aussi comme insecticide bio, il contient un mélange de pyréthrines  dérivés de l'acide chrysanthémique tout a fait accessible par synthèse chimique totale. Le décis, par exemple, est un dérivé de l'acide chrysanthémique obtenu par une synthèse considérée comme un chef d'oeuvre du genre. La distinction entre le produit "naturel (autorisé) et le produit synthétique (interdit en bio) est, dans ce cas précis assez mystérieuse pour ne pas dire quasi-religieuse.

Plus grave : l'interdiction du recours aux fongicides fait naître un risque réel de développement de champignons produisant, dans certaines conditions de température et d'humidité des mycotoxines redoutables : les aflatoxines, par exemple, sont des agents carcinogènes capables de déclencher des cancers du foie rapidement mortels. Les alcaloïdes de l'ergot de seigle ont été un temps célèbres pour avoir provoqué les décès de Pont St Esprit. C'étaient aussi les responsables du "Mal des Ardents" au Moyen-Âge. Les ocratoxines sont des mycotoxines redoutées par les viticulteurs 'bio".

La flavescence dorée est une maladie de la vigne à l'origine de pertes de récolte importantes, aux conséquences parfois irrémédiables pour la pérennité du vignoble.

Flavescence dorée 3
vigne atteinte par la flavescence dorée

L'agent responsable est un phytoplasme : il s'agit d'un micro-organisme proche d'une petite bactérie dépourvue de paroi cellulaire et localisé dans le liber de la plante. Il se multiplie dans la vigne. Il circule dans la souche et s'y conserve à vie.

L'agent vecteur de cette maladie de la vigne est un petit insecte bien connu et redouté des viticulteurs, la cicadelle.

La lutte contre la flavescence dorée consiste à éliminer la cicadelle au moyen d'un traitement chimique, et à arracher et brûler systématiquement les pieds atteints. Il n'y a pas d'autre traitement connu.  En raison des graves conséquences sur le vignoble et de la présence de la cicadelle dans de nombreux départements français, cette lutte est réglementée et obligatoire. Les traitements (trois dans l'année) se font en synchronisme dans tous les lieux du vignoble susceptible d'abriter cet insecte, y compris dans les vignes abandonnées. Une parcelle contenant plus de 20 % de pieds atteints doit être entièrement arrachée. 

Pour les vignobles en agriculture biologique, le traitement fait perdre le classement "biologique".

On voit bien, dans ce cas, les limites (et les dangers) de cette agriculture : certains viticulteurs "bio" refusent le traitement, et leurs parcelles deviennent des foyers qui transmettent la maladie. Heureusement que leur nombre reste encore limité, car sinon, notre pays courrait le risque de voir se reproduire la catastrophe du phylloxéra.

Que ce soit pour la bouillie bordelaise ou pour les pyréthrines, il fallait pourtant bien trouver une solution plus ou moins bâtarde, sinon l'agriculture bio était condamnée dès le départ, à cause de son rendement rendu très aléatoire par les parasites éliminés par ces 2 produits. Mais , que reste-t-il de l'idée générale de départ qui consistait à n'utiliser pour les produits bio que des pesticide naturels ?

Plus grand chose. 

 

 

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Note du 21 février 2014

A propos de la cicadelle, un viticulteur bio de Bourgogne doit passer en jugement lundi prochain 24 février 2014 pour avoir refusé de traiter ses vignes contre la cicadelle. Je ne m'arrêterai pas aux motifs invoqués, mais plutôt à la pétition lancée en faveur de cet agriculteur ainsi qu'aux réactions indignées de milliers de gens naturellement pro-bios qui défendent ce viticulteur au nom du respect de l'agriculture ancestrale et contre cet "empoisonnement" que constitue le traitement. Heureusement que ces personnes ne vivaient pas lorsqu'on a réussi à éradiquer la variole par la vaccination... On est, en effet, frappé par l'assurance absolue de ces personnes sous influence bobo dont l'ignorance complète du sujet agricole n'a d'égale que la virulence de leurs propos. J'en viens, pour ma part, à être inquiet pour certaines conséquences de la démocratie...

Note du 22 septembre 2016

Je rentre de Bourgogne où la vendange des blancs est commencée. D'après les viticulteurs que j'ai rencontrés, et par suite des conditions météorologiques du premier semestre, la récolte "bio" en Bourgogne sera pratiquement nulle ou très faible cette année à cause du mildiou. Dans le cas contraire, il vaudra mieux faire des analyses soignées du vin "bio" bourguignon : des surprises sont en effet à caindre...

21 février 2014