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Et des millions de consommateurs sont, en fait, grugés

L'agriculture "biologique" en français, "organic" en anglais1 est fondée sur l'hypothèse plutôt enfantine suivante : "ce qui est issu du vivant est bon pour les humains, et ce qui est issu du minéral (inorganic en anglais) est mauvais pour les humains". Cette hypothèse très primitive peut être facilement réfutée : il suffit, en effet, d'après Popper de trouver un exemple simple contredisant son énoncé pour démontrer son invalidité.

Voici deux exemples simples:

  1. l'amanite phalloïde est  clairement issue du vivant. Pourtant, sa consommation est presque à tous les coups fatale. C'est un premier exemple réfutant l'hypothèse initiale.
  2. L'iodure de sodium trouvé dans le sel marin est clairement un produit minéral. Mais si on cesse d'en consommer, on est victime de troubles tyroïdiens graves. Deuxième exemple réfutant l'hypothèse initiale.

Sur le plan scientifique, ces deux exemples devraient suffire pour montrer que l'hypothèse de base sur laquelle s'est construite l'agriculture biologique est fausse. Il ne devrait pas exister un seul scientifique adepte des critères de réfutabilité de Karl Popper qui soutienne donc l'hypothèse de base de l'agriculture biologique.  Pourtant,les innombrables exemples que nous pouvons voir tous les jours autour de nous montrent que ce n'est pas le cas : un très grand nombre de personnes croient sincèrement aux vertus de l'agriculture biologique, c'est à dire à la distinction que celle-ci fait entre les produits issus du vivant et les produits issus du minéral.

L'agriculture biologique, portée par l'élan populaire peut même se permettre de classer certains produits à l'évidence d'origine chimique, et donc a priori mauvais parmi les produits acceptés. Il faut dire que l'AB s'est trouvée piégée dans un domaine particulièrement intéressant pour les agriculteurs impliqués qui est la culture de la vigne. Pour celle-ci, en effet, on ne peut pas se passer d'un fongicide pourtant à l'évidence dangereux qu'est la bouillie bordelaise. La bouillie bordelaise est une solution dans l'eau de chaux de sulfate de cuivre (qui lui donne sa couleur bleue). On y ajoute souvent un tensioactif comme le savon de potasse (savon noir) bien bio, composé à partir d'huiles végétales bien naturelles et de potasse issue de l'électrolyse du chlorure de potassium (mais cette dernière origine est toujours occultée par le savonnier). Hélas pour la doctrine bio, le mildiou n'est traitable ni par les coccinelles, ni par les incantations. Sans bouillie bordelaise, la vigne est presque infailliblement attaquée et ruinée par ce diabolique champignon.

Ajoutons que le cuivre est un métal lourd qui s'accumule dans le sol de la vigne et finit par rendre celui-ci impropre à toute culture s'il est employé en quantité trop forte et qu'il ne disparait pas par lessivage (le cuivre fait partie des produits "éternels" : non seulement il n'y a pas de bactérie pour le détruire, mais encore il détruit lui-même de très nombreuses bactéries...). De nombreux utilisateurs de camping-cars utilisent avec succès la bouillie bordelaise en lieu et place du produit destiné à détruire les matières fécales dans les WC chimiques - preuve, s'il en est besoin, que le produit n'est pas tout à fait anodin...

Devant l'inéluctable, l'agriculture biologique a fait montre de souplesse toute commerciale, et a déclaré la bouille bordelaise comme "acceptable". Il faut savoir faire des entorses au dogme lorsque le business est menacé...

La bouillie bordelaise n'est pas le seul produit "chimique" accepté par la filière bio. Naturellement, cela n'est jamais dit, car cela pourrait porter atteinte à l'aspect virginal que ce business très profitable essaye de se donner.

L'opposition " naturel/synthétique" fondatrice de l'agriculture biologique autorisait au départ et par définition nimporte quel agent pesticide du moment qu'il était naturel. Partant de ce principe, et faisant fi d'un autre principe dit "de précaution", l'agriculture biologiqueadonc utilisé pendant un certain temps des produits "naturels" qui pouvaient être dangereux, voire très dangereux jusqu'au moment où l'on s'est aperçu, accidents à l'appui, que le produit avait des effets toxiques avérés... Ce n'est qu'a ce moment que le produit a été interdit plus ou moins rapidement d'ailleurs par la législation bio. Cela a été le cas pour de nombreux produits : la roténone a ainsi été interdite définitivement en Europe et aux Etats-Unis, de même que l'huile de neem ou encore la nicotine. Ces trois produits "naturels" se sont révélés être de dangereux poisons aux effets néfastes. L'agriculture conventionelle, elle, utilise depuis très longtemps une méthode de sélection des produits différente s'appuyant sur une démarche purement scientifique dont l'objet est la protection de l'agriculteur et du consommateur. Si l'efficacité du produit de synthèse est reconnue et que tous les tests correspondant aux critères de sécurité donnent des résultats acceptables, le produit définitif fait l'objet d'un dossier d'AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) qui est soumis aux autorités compétentes. Le cycle complet, de la définition de la cible à la mise sur le marché peut atteindre, voire dépasser les dix ans. Les brevets éventuels sont donc exploitables sur une période relativement courte voisine d'une dizaine d'années, en fonction de la législation des différents pays sur la durée légale des brevets. Compte tenu des difficultés de synthèse à résoudre et du nombre élevé des tests, les sommes engagées dans cette mise au point sont considérables, ce qui explique que seules les grandes entreprises internationales sont aujourd'hui capables d'assurer la mise au point de nouveaux produits de synthèse. 

Voilà donc comment s'est 'établie réellement la distinction entre les deux démarches, bio d'un coté et scientifique de l'autre. Du coté scientifique, on a recherché pendant longtemps les risques potentiels en laboratoire et on à mis le produit sur le marché dans des conditions de sécurité connues.  Du coté bio on a posé à priori que le naturel n'était pas dangereux et on a expérimenté en vrai grandeur sur l'humain. Quitte à retirer les produits s'il y a eu trop de morts...

Il est vrai qu''aujourd'hui, l'agriculture biologique est plus sévèrement contrôlée. Les pesticides "naturels" théoriquement seuls autorisés sont listés dans un document européen qui fait loi.

La comparaison des deux méthodes de sélection est, à l'évidence en faveur de la méthode scientifique, et donc les produits "de synthèse" utilisés par l'agriculture conventionnelle.. Pourtant, un nombre de plus en plus grand de personnes pensent que les aliments issus de l'agriculture biologique sont préférables pour leur santé.

Des mesures imbéciles comme le "Grenelle de l'environnement", mis en pratique par des politiques aussi ambitieux qu'incompétents aboutissent à forcer la restauration collective sous leur contrôle à utiliser des aliments issus de l'agriculture biologique ce qui conduit à majorer significativement le coût de la nourriture quand cela n'aboutit  pas à mettre en jeu la santé des enfants des cantines comme ce fut le cas à Marseille il y a quelques temps.

Le travail de milliers de scientifiques honnêtes qui a permis de faire reculer considérablement la faim dans le monde est mis à mal par letravail de sape de quelques kmers verts bénéficiant de la bienveillance de médias appâtés par l'espérance de faire de l'audience et profitant de la réceptivité particulière des consommateurs naïfs et prêts à croire n'importe quelle ânerie prononcée doctement par des "experts" autoproclamés sans jamais se soucier de respecter une éthique quelconque. (J'appelle "respecter une éthique" le fait, pour un commentateur, de veiller à ce que ses propos ne portent pas un préjudice infondé à des personnes ou des groupes de personnes comme des sociétés commerciales).

Exemples caricaturaux : Marie-Monique Robin et sa croisade stupide contre la firme Monsanto qui a réussi a monter contre cette société une partie de la population, avec l'aide du non moins fumiste José Bové qui s'est d'ailleurs curieusement calmé lorsqu'il s'est mis à bénéficier d'un salaire de député européen, et qui adoptera sans doute désormais un comportement et un discours conforme à une stratégie consistant essentiellement à conserver ce traitement...


(1) L'achat "bio" est un achat à motivation négative : cette d'acheter un produit sans produit "chimique" Cette motivation peut-être extrèmement forte chez certains consommateurs littéralement téléguidés par une propagande de plusieurs dizaines d'années.

(2) un motif (chimique) est une association d'atomes liées entre eux pour former une structuredonnée précise, un motif.