Les habits neufs de lEmpereur

Tout est dans l'art de présenter habilement les chiffres

D'après un article du 29 juillet 2015 sur le site Fabius Maximus par Judith Curry

En mars - avril 2012, l'Agence néerlandaise PBL Netherlands Climate Assessment Agency a réalisé une étude portant sur 6 550 scientifiques du changement climatique. L'étude a été publiée sous le nom “Scientists’ Views about Attribution of Global Warming” (Opinions des scientifiques sur les cause du Réchauffement Climatique) par Bart Verheggen et al. le 19 août 2014 dans Environmental Science and Technology (peer-reviewed).

En mars - avril 2012, l'Agence néerlandaise PBL Netherlands Climate Assessment Agency a réalisé une étude portant sur 6 550 scientifiques du changement climatique. L'étude a été publiée sous le nom “Scientists’ Views about Attribution of Global Warming” (Opinions des scientifiques sur les cause du Réchauffement Climatique) par Bart Verheggen et al. le 19 août 2014 dans Environmental Science and Technology (peer-reviewed).

En avril 2015, les même auteurs ont publié un rapport plus détaillé (utilisé dans cet article).

Ce rapport recouvre de nombreuses frontières de la science climatique. Le présent article examine l'une des questions concernant les affirmations du GIEC (Assessment Report N°5) :

Il est extrêmement probable (95+ % de chances) que plus de la moitié de l'augmentation de la moyenne des températures de surface observées de 1951 à 2010 a été causée par l'accroissement anthropogénique des concentrations en gaz à effet de serre ainsi que par d'autres forçages anthropogéniques". (Summary for Policymakers, GIEC AR5, Groupe de Travail N° 1).

Le rapport de PBL est le premier, à ma connaissance, à traiter des deux facettes de cette affirmation. La première : combien du réchauffement de surface sont-ils causés par les émissions anthropogéniques de gaz à effet de serre ? - Seulement 1 222 des scientifiques interrogés sur 1 868 (64 %) sont d'accord avec l'AR5 sur le fait que la réponse est "plus de 50 %". Si on exclut les 164 "ne sait pas" (8,8 %), on a donc 72 % des réponses d'accord avec le GIEC. Jusqu'ici, rien à redire.

Voyons maintenant la deuxième partie de l'affirmation : quelle est la probabilité de certitude de cette constatation ? Le fait que ce soit le GIEC qui donne ces réponses est une de ses plus grande force. Sur les 1 222 scientifiques interrogés par PBL, ayant répondu que la contribution anthropogénique dépassait 50 %, 797 (65 %) ont répondu que la chose était certaine à 95+ % (ce que le GIEC définit comme "virtuellement certain" ou "extrêmement probable".

PBL survey: question 1b

Ces 797 scientifiques représentent 43 % des 1 868 scientifiques interrogés (47 % en excluant le groupe "ne savent pas"). L'étude de PBL montre donc qu'il existe seulement une minorité de scientifiques du climat (mais une minorité importante) qui est d'accord avec l'affirmation du GIEC citée en début de texte (AR5).

Conclusions

Les scientifiques, comme les experts de toutes catégories déclarent souvent qu'ils "sont simplement au courant" des choses pour lesquelles il existe une recherche aux résultats incertains ou contradictoires. De très nombreux exemples montrent que leurs opinions sur le sujet sont très souvent erronées. C'est pourquoi nous croyons au pouvoir de la Science de pouvoir donner des réponses plus fiables, et en les organisations comme le GIEC pour nous aider à comprendre l'état des connaissances actuelles concernant le changement climatique. Le GIEC est une organisation politique, mais nous n'en avons pas d'autre.

Cependant, le challenge que représente le changement climatique - et les milliards qu'il représentera pour y remédier - exige que nous ayons une vue claire de ce qui est connu, et avec quel degré de certitude. Au lieu de ça, on nous a raconté des histoires sur ce que "97 % des scientifiques croyaient" allant souvent très au-delà des affirmations principales de l'AR5.

La lecture de ce dernier rapport nous suggère que même le GIEC pourrait ne pas représenter le consensus d'une façon aussi fiable que le suggéraient les rapports précédents. Seulement 64 % des climatologues sont d'accord sur le fait que plus de la moitié du réchauffement depuis 1950 est due à des facteurs anthropogéniques, mais seulement 65 % d'entre eux ont un niveau de confiance de 95+ % sur ce fait. Donc, seulement 43 % sont complètement d'accord avec les affirmations de l'AR5. Cela est important en soi, et cela nous renseigne beaucoup sur la véracité de ce que nous lisons dans les médias concernant la science climatologique.

De nombreux scientifiques nous ont alertés sur ce problème.

"Les efforts pour réduire les incertitudes en vue de prendre les décisions stratégiques les plus appropriées concernant le CO2 ont sans doute amené à attribuer aux affirmations concernant le changement climatique une confiance inconsidérée en ce qui concerne la sensibilité climatique et les projections à long terme".

— “Climate Science and the Uncertainty Monster” par Judith Curry (Prof Atmospheric Science, GA Inst Tech), Avril 2015.

Complément : existe-t-il un point de vue ou une théorie communs rassemblant la minorité ?

Le rapport de PBL montre qu'il existe plusieurs points de vue de la minorité concernant les nombreuses questions qu'il examine. L'étude ne cherche pas des modèles permettant de découvrir s'il existe une ou plusieurs théories qui s'opposent au consensus - le paradigme dominant décrit dans le livre de Thomas Khun "La structure des révolutions scientifiques". La critique améliore quelquefois les théories, mais les institutions ignorent souvent la critique. De toutes façons, les critiques n'auront probablement que peu d'effets. Mais l'évolution du climat résoudra ce genre de débat.

Les travaux de Kuhn ont démontré qu'un paradigme ne peut pas être réfuté, mais seulement remplacé (détails ici).  Tant que les sceptiques n'auront pas élaboré une théorie commune, ils resteront minoritaires dans le débat de la science climatique. Le débat sur les mesures à prendre concernant le changement climatiques ( qui sont deux choses distinctes bien que souvents confondues) fonctionne comme une cour de justice : la défense gagne le procès si elle arrive à installer un doute raisonnable concernant les menaces apportées par le changement climatique anthropogénique.

Notons que  le fait de se préparer à l'arrivée de conditions climatiques extrêmes comme il en est arrivé dans le passé nous aiderait à nous préparer et devrait logiquement recevoir le soutien des deux camps. Malheureusement, j'ai bien peur que pour de sombres raisons politiques, ni l'un ni l'autre camp n'en soutienne l'idée.

Complément N° 2 : détails

Il y a toujours des petits détails qui font que les chiffres doivent être pris au sens large. Dans l'AR4, il était affirmé que plus de la moitié du réchauffement était causé par les gaz à effet de serre et cela avec un degré de certitude de 90 % . L'AR5 affirma avec un degré de certitude de 95 % que ce sont tous les forçages anthropiques. Dans le Rapport de PBL, il s'agit des gaz à effet de serre seuls. La différence tient dans certaines subtilités détaillées sur le site "Environmental Science and Technology" sous le titre  "Aerosol Cooling Versus GHG Warming".(Refroidissement par les aérosols - refroidissement par les gaz à effet de serre).

origine : site de Jo Nova

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