Les habits neufs de lEmpereur

Connaissez-vous l’acharnement climatique ?

On parle souvent d’acharnement thérapeutique lorsqu'une équipe médicale tente de maintenir  artificiellement en vie une personne qui, de toute évidence est condamnée.

Nous assistons, semble-t-il actuellement à un comportement similaire de la part de scientifiques qui ont consacré une partie importante de leur carrière à essayer de convaincre le plus possible de personnes de l’imminence d’un danger très grand si elles ne modifient pas leur comportement : je veux parler du réchauffement climatique, et auxquels les faits donnent progressivement et inéluctablement tort.

Devant la tendance de plus en plus plate et de plus en plus longue des moyennes des températures mondiales, tendance confirmée par tous les grands organismes chargés de traiter les données des stations météos du monde entier ou encore des satellites, la plupart des scientifiques qui se sont engagés dans cette voie font actuellement profil bas et attendent sans s’exprimer, certains avec une grande inquiétude, d’autres avec le fol espoir que les choses s’arrangeront pour eux, et que les températures finiront par remonter.

Hélas, les années passent, et le verdict se rapproche : malgré la folle croissance de la teneur en CO2 de l’atmosphère, la loi sortie des modèles climatiques semble de plus en plus piétinée : le réchauffement climatique est en panne…

Le graphique suivant est très représentatif de la situation :

CMIP5 global LT vs UAH and RSS
Graphique 1

Les courbes en trait fin diversement colorées représentent les prévisions des modèles climatiques. La courbe noire représente la moyenne de ces prévisions. Les courbes rouges et bleu du bas représentent les données obtenues par les mesures satellitaires : la différence entre les prévisions et la réalité atteint en 2012, plus d’un demi-degré C.

Certains, pourtant, ne désespèrent pas et s’évertuent à faire dire aux données ce qu’elles ne veulent plus dire. Parmi ces desperados, un scientifique allemand, Stefan Rahmstorf, qui a toujours été en pointe dans les annonces catastrophiques, se distingue, en trouvant des explications très ingénieuses à cette tendance désespérante. Stefan Rahmstorf pousse l’ingéniosité jusqu’à faire correspondre l’évolution des températures avec celle des modèles en inventant des influences jusqu’ici déclarées comme négligeables, mangeant à cette occasion, le chapeau de certains de ses pairs du GIEC.

Comme un bon dessin vaut mieux qu’un long discours, Stefan Rahmstorf dans une de ses dernières publications1, a carrément inventé des températures imaginaires qui existeraient si les influences en question n’existaient pas, un peu comme si on traçait, pour un malade, la température corporelle qu’il devrait avoir s’il n’était pas malade.

Ce genre de publication se situe clairement à la limite dépassée de l’honnêteté, car un tel graphique sera utilisé à coup sûr sans les mises en gardes nécessaires par des gens peu scrupuleux qui veulent démontrer que les températures n’ont pas cessé de monter.

Voici le graphique en question :

Rahmstorf
Graphique 2

Remarquons le soin apporté par l'auteur pour dissimuler par un choix de couleur adéquat la courbe des températures réelles.

Une simple modification dans les couleurs rétablit en partie la vérité :

courbe couleur
Graphique 3

Voyons maintenant ces fameuses influences qui modifieraient tellement ces températures.

  Elles sont au nombre de trois. Ce sont :

  • L’ENSO (El Niño Southern Oscillation)
  • L’irradiance solaire
  • Les forçages volcaniques

Leurs influences relatives sont données dans le graphique suivant en provenance du papier de Stefan Rahmstorf :

Influences
Graphique 4

L’objectif final de Stefan Rahmstorf est de trouver une façon de modifier la partie droite de la courbe des températures (en bleu dans le graphique 2), afin qu’elle apparaisse prolonger la partie gauche, nettement montante.

Pour cela, il faut éliminer les 2 pics, l’un positif en 1997-98, l’autre négatif en 2007-08 d’une part, et trouver un artifice qui confère une apparence montante globale à la partie droite de la courbe.

L’influence qui éliminera les 2 pics gênants, ce sera l’ENSO. En effet, 1998 correspond à un phénomène El Niño de grande amplitude. 2007-08 au contraire correspond à un évènement La Niña, égalementde grande amplitude. Or, ces phénomènes correspondent également à des modifications de SST de l’Atlantique sud assez grandes pour influencer la moyenne mondiale. Il suffit donc d’inventer un coefficient correcteur fondé sur un des indices ENSO qui est défini entre autres par les températures. Le MEI (Multivariate ENSO Index) fera très bien l’affaire puisque c’est un indice prenant en compte deux indices de température : les SST locales et les températures de surface locale. Il n’y a rien de tel qu’un indice de ce type pour effacer les évolutions de température : il suffit de les faire agir à contre-sens de la tendance que l’on veut « raboter ».

On peut vérifier qu’effectivement, les MEI correspondant aux 2 pics cités plus haut sont parfaitement adaptés à l’usage défini :

El Nino La Nina

Graphique 5

Graphique 6

Les deux autres influences ont, elles aussi, leur importance :

L’irradiance solaire, (TSI) considérée avec dédain par le GIEC vient à point pour donner à la partie gauche de la courbes de température un léger coup de pouce vers le haut (voir graphique 4).

Enfin, les forçages volcaniques (AOD) sont une influence utilisée, elle aussi avec à-propos : en effet, il n’y a pas eu d’éruption dans la période correspondant à la partie droite de la courbe de températures, tandis que la partie gauche peut utiliser opportunément les deux éruptions ayant eu lieu dans la période correspondant à la partie gauche de la courbe (El Chicon en 1982 et Pinatubo en 1992), effaçant ainsi les pics qui correspondent à l’irradiance solaire.

Il reste maintenant à introduire ces influences diverses mais astucieusement choisies dans une formule qui permettra de « calculer » les valeurs qu’auraient dû prendre les températures si ces influences n’avaient pas été présentes.

Vous pouvez retrouver le détail du calcul de Stefan Rahmstorf dans le texte de son papier (peer-reviewed).

Evidemment, ces manipulations ne tiennent pas compte (et pour cause) d'autres publications concernant ces fameuses influences. Par exemple, celle de Guilyardi et al (2009) Understanding El Niño in Ocean-Atmosphere General Circulation Models: progress and challenges qui notent:

Because ENSO is the dominant mode of climate variability at interannual time scales, the lack of consistency in the model predictions of the response of ENSO to global warming currently limits our confidence in using these predictions to address adaptive societal concerns, such as regional impacts or extremes (Joseph and Nigam 2006; Power et al. 2006).

On reste confondu devant cette véritable manipulation de chiffres. N’oublions pas, en effet, que Stefan Rahmstorf est membre influent du GIEC, bien qu’il ait été contesté2 par certains de ses pairs, et qu'il n'en est pas à son premier "cherry picking"3.


(1) On trouvera une excellente analyse du papier de Rahmsorf et Foster dans : Mythbusting Rahmstorf and Foster dont le présent article s'est fortement inspiré.

(2) Eduardo Zorita calls for barring Phil Jones, Michael Mann, and Stefan Rahmstorf from further IPCC participation.

(3) The Games Climate Scientists Play

25 octobre 2013